Forum mondial sur les réfugiés (GE)

17 décembre 2019 11:47; Act: 17.12.2019 18:06 Print

«Personne ne semble désireux de nous aider»

Lors de l'ouverture du Forum mondial sur les réfugiés mardi à Genève, le président turc Erdogan a déploré l'aide insuffisante des pays européens face au défi migratoire.

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan, très attendu à Genève, a critiqué le manque d'aide européenne au début du premier Forum mondial des réfugiés. En écho, les appels aux pays riches à en faire davantage ont été nombreux mardi. Ignazio Cassis a demandé des «actes».

Arrivé avec 45 minutes de retard, le président turc, dont le pays accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde, a rejoint les cinq autres Etats qui ont porté ce premier sommet, prévu un an après le Pacte mondial des réfugiés. «Personne ne semble désireux de nous aider», a affirmé Recep Tayyip Erdogan qui a ciblé ceux qui se préoccupent davantage du «pétrole» dans le nord de la Syrie.

Comme attendu, la charge la plus claire est pour les Européens, après ses menaces ces derniers mois de revenir sur l'accord migratoire avec eux et de laisser passer les réfugiés vers ce continent. «Nous n'avons reçu que deux milliards d'euros» de leur part pour aider les réfugiés syriens, deux tiers ce que l'Union européenne (UE) avait promis, insiste le président turc. Selon lui, son pays rassemble 5 millions de réfugiés, dont plus de 3,5 millions de ce pays.

Recep Tayyip Erdogan cible l'attitude face aux «zones de sécurité» établies dans le nord de la Syrie après l'offensive turque contre les milices kurdes. «Les pays plus prospères semblent louer notre projet, nous font des sourires mais lorsque nous demandons de l'aide, nous ne la recevons pas». En revanche, le président turc a promis que tout rapatriement en Syrie de réfugiés devait être volontaire.

Le Pacte mondial «doit nous permettre de mieux répondre» aux besoins des réfugiés comme des populations d'accueil, a affirmé Ignazio Cassis en ouvrant la réunion. Mais la réunion de mardi et mercredi doit donner lieu à des «actes».

Actions lancées par le secteur privé

Le Forum rassemble plus de 2000 représentants des gouvernements, du secteur privé ou des ONG qui doivent discuter de la protection, de l'éducation, de l'accès à l'emploi ou encore des infrastructures. Le Pacte mondial prévoit surtout de mettre les réfugiés eux-mêmes au centre de la prise de décision sur les questions qui les affectent. Environ 80 d'entre eux sont présents à Genève.

Dès la semaine dernière, des dizaines de fédérations sportives ont promis d'améliorer l'accès et les conditions pour les réfugiés. Lundi, à la veille de l?ouverture officielle du Forum, 30 grandes entreprises ont annoncé une contribution de 250 millions de dollars.

Mais mardi, la réunion a plutôt donné lieu à quelques assauts politiques. Le Premier ministre pakistanais a appelé à résoudre la crise au Cachemire indien, dont l'autonomie a été révoquée par New Delhi, sous peine de voir une nouvelle «crise des réfugiés» ou même une guerre entre deux Etats nucléaires. Imran Khan reproche aussi à l'Inde de refuser la citoyenneté aux musulmans dans l'Etat d'Assam.

Une politique similaire, selon lui, à celle de la Birmanie avant le «nettoyage ethnique» des Rohingyas qui ont dû fuir vers le Bangladesh. Avec quatre millions de réfugiés, «notre pays ne pourrait accueillir davantage de réfugiés», dit-il.

Plus largement, le niveau de déplacements forcés dans le monde a atteint des records avec 71 millions de personnes affectées, dont près de 26 millions de réfugiés. Les pays riches ont été invités par le secrétaire général de l'ONU, mais aussi par le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, à davantage d'efforts.

Engagements par la Suisse

«La communauté internationale doit en faire beaucoup plus pour assumer collectivement cette responsabilité», a affirmé Antonio Guterres. Les pays riches n'accueillent qu'environ 20% des réfugiés. Les autres Etats «doivent être davantage soutenus», insiste le secrétaire général.

Le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés Filippo Grandi déplore que la générosité de certains pays soit effacée par «la panique fabriquée» sur les réfugiés par certains autres. La Suisse est elle venue au sommet avec le paquet dévoilé tout au long de l'année.

Elle va accueillir 1600 réfugiés en 2020 et 2021 pour soulager certains pays. Jusqu'en 2022, elle va débloquer un financement de 125 millions de francs pour le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), avec lequel elle co-organise ce premier sommet mondial.

D'autres mesures portent sur l'accès à l'éducation. L'écosystème de la Genève internationale doit encore être davantage exploité pour les réfugiés, ajoute aussi la Suisse.

(nxp/ats)