Genève

06 octobre 2019 21:33; Act: 06.10.2019 21:33 Print

La police fait fermer un restaurant pour rébellion

par Maria Pineiro - Les forces de l'ordre accusent un responsable et des clients de s'être opposés à une intervention. Leur version est contestée.

L'intervention de police a déclenché des protestations véhémentes.
Une faute?

Depuis le soir du 26 septembre, le Diamant noir, café restaurant de spécialités africaines, à Chantepoulet, ne reçoit plus de clients. Il a été fermé par les forces de l'ordre. Une décision qui a été confirmée par la Police du commerce et de lutte contre le travail au noir (PCTN) jusqu'au 8 octobre. En cause, une intervention de police dans l'établissement et l'interpellation mouvementée d'un client. Le soir même, le commissaire responsable a posé des scellés sur les portes du troquet pour «cause de perturbation grave et flagrante de l'ordre public».

Dans le rapport que nous avons pu consulter, il est indiqué que «l'ensemble des clients présents à l'intérieur se sont ligués contre les forces de l'ordre» afin de permettre la fuite de suspects. «Le gérant de l'établissement (directeur associé, ndlr) s'est fortement opposé à l'intervention de la police.»

Interpellation agitée

Une version que contestent A.B., le directeur associé, ainsi que Me Nadia Clérigo Correia, l'avocate du propriétaire, par ailleurs connu sur la place pour gérer d'autres bars ayant pignon sur rue. «J'ai demandé aux agents s'ils avaient le droit de contrôler ainsi mes clients sans s'annoncer d'abord à moi? affirme A. B. Je ne me suis pas interposé physiquement, j'ai uniquement filmé l'intervention.»

Nous avons visionné les images de vidéosurveillance, sans le son, ainsi que celles d'un client. On y voit quatre personnes entrer dans le restaurant, se diriger vers une table pour prendre langue avec quatre hommes africains. Quelques minutes plus tard, le responsable de l'établissement, lui aussi d'origine africaine, apparaît. Une discussion dont la teneur ne nous est pas connue commence, sans qu'il soit possible de discerner un geste de violence.

Un certain désordre

L'intervention de police se poursuit par une fouille. Des clients s'en mêlent verbalement, manifestement avec une certaine véhémence, mais sans violence. Un des suspects tente de s'enfuir, il est ceinturé par les agents et plaqué au sol. Ses trois compagnons de tablée se lèvent et s'en vont. Des clients filment la scène. Le responsable agit de même, de plus près. Sur l'autre film, on voit une femme, vraisemblablement la cuisinière de l'établissement, crier au racisme tout en filmant et s'approchant de l'intervention. Elle est repoussée par un agent. Une autre femme agrippe l'épaule d'un pandore. Elle est également écartée. Les images que nous avons vues ne semblent pas montrer de gens s'opposant violemment ou empêchant activement la police de procéder à l'interpellation de l'homme, qui lui, se débat. Il ne semble pas non plus qu'il y ait un mouvement ordonné contre les agents. Par contre, il règne effectivement une fébrilité et un désordre certains. Une policière sera blessée dans l'intervention par l'homme ceinturé.

«Il y a un gouffre entre le rapport et ces images, réagit Me Clérigo Correia. Par ailleurs, les agents ne semblent pas se légitimer, ni porter de brassards qui indiqueraient clairement leur fonction. Nous allons évidemment contester cette fermeture. Ce d'autant plus qu'aucun stupéfiant n'a été trouvé dans l'établissement lors de l'interpellation.»