Risque d'effondrement à Genève

04 octobre 2019 08:36; Act: 04.10.2019 11:02 Print

«On ne déménage pas, on s'enfuit»

par Maria Pineiro - Au lendemain de l'annonce d'un risque d'écroulement de leur immeuble, les habitants, incrédules, s'interrogent.

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«Je n'ai pas dormi de la nuit», déclare Palmiro, habitant du 89 rue de la Servette. Comme d'autres locataires de cette adresse, ainsi que des numéros 91 et 93 de la même rue, il a appris hier soir que son immeuble, à cause d'un défaut structurel d'origine, pouvait s'écrouler. «On a été convoqués à une réunion d'information. On nous a dit qu'on pouvait aller à l'hôtel dès le lendemain. Je prépare mes cartons, explique Stéphanie, visiblement atteinte par la nouvelle. Cela fait quarante ans que j'habite ici, c'est un choc. Cette nuit, il n'y avait plus grand monde dans le bâtiment.»

D'autres, absents mercredi soir, ont appris la nouvelle par les journaux. Emiliano, un vieux monsieur, hausse les épaules. «J'attends ma fille qui rentre ce soir d'Espagne. Pour la suite, je ne sais pas. Peut-être que je trouverai une place en EMS.» Les habitants sont pour la plupart incrédules. «Je n'ai pas peur, affirme Laurent. Mais c'est étrange, que malgré les travaux de surélévation, personne ne se soit rendu compte du problème avant.»

Un étonnement partagé par d'autres, croisés sur place et qui fait le lit de théories complotistes. Les locataires doivent quitter les lieux d’ici mercredi prochain. Ils seront relogés par le propriétaire, dans une premier temps à l'hôtel, puis au sein de son parc immobilier. Néanmoins, ils craignent que trouver un nouvel appartement prenne du temps et que le loyer soit forcément plus élevé. «On nous a dit qu'on ne pourrait plus revenir chez nous», glisse un femme. D'autres, imaginent que toute cette affaire n'est qu'un prétexte pour évacuer les locataires actuels, procéder à des rénovations lourdes, puis augmenter les loyers pour de nouveaux habitants.

Un délai jusqu'à mercredi

Plus bas dans les étages, c'est le branle-bas de combat. Les indépendants, les cabinets et les entreprises s'organisent. «Nous devons quitter les lieux d'ici à mercredi prochain», précise Raphaël. Au pied de l'escalier, un homme remplit un caddie. J'aide ma femme à vider son cabinet. «On ne déménage pas, on s'enfuit.»

Dans la rue, au pied de l'immeuble, les commerces ont déjà fermé d'autres font les cartons. Le kiosque propose ses glaces à 50%, la Migros a installé des panneaux indiquant une fermeture pour des raisons techniques, sans donner de date d'ouverture. Les gens s'arrêtent, regardent, s'interrogent, puis repartent en quête d'une autre solution. A l'heure de dîner, les clients distraits butent sur les portes closes du McDonald's, malgré les panneaux qui indiquent la fermeture du lieu. «C'est fermé», lance une jeune femme à son amie. Vent de panique. «Qu'est-ce qu'on fait? Viens, on va aux Charmilles. Je te prends sur ma trott'.»