Genève

13 octobre 2019 21:21; Act: 13.10.2019 22:06 Print

La police abandonne la traductrice en pleine nuit

par Maria Pineiro - Malgré la promesse que des agents la ramèneraient chez elle après son travail, une interprète a dû faire une partie du trajet seule, dans le noir.

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L'interprète a été laissée seule à 3h45 du matin à la frontière. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

Une faute?

Tant d’indélicatesse a estomaqué Ana*. Mercredi soir, cette interprète habituée à travailler pour la police a accepté une mission à Genève, au poste de la Servette. Mais une fois sa tâche achevée, à 3h45 du matin, au lieu de la ramener chez elle en France voisine, comme d’ordinaire, les agents l’ont lâchée dans le noir à la frontière. Et vogue la galère!

Ana habite à Saint-Julien-en-Genevois (F), mais la chose n’avait jamais posé problème. «Quand je finis aux petites heures du matin, une patrouille me raccompagne jusque chez moi.
Ce, d'autant plus que la commune éteint l’éclairage public dès 2 h du matin.» Quand elle a été contactée, elle s’est d'ailleurs assurée qu’il en irait ainsi.

A l’aller, une voiture l’a prise à la frontière. «C’est à deux kilomètres de chez moi, à vingt minutes à pied. Avant l’extinction des feux, cela ne me pose pas de problème.» Mais au retour, au milieu de la nuit, elle vacille quand les policiers lui indiquent qu'ils la laisseront à la frontière. «J'ai insisté, je leur ai dit qu'on m'avait garanti de me déposer chez moi, qu'il était tard. Et que, faute de lumière, le trajet me faisait peur. Rien n'y a fait, les deux jeunes agents m'ont dit qu'il ne pouvait rien m'arriver et m'ont proposé de prendre un Uber», s'exclame Ana. Elle dit avoir effectivement angoissé durant tout son trajet à pied et s'insurge de l'attitude des gendarmes. Elle ne comprend pas pourquoi il n'était pas possible de procéder comme à chaque fois qu'elle travaille tard le soir.

Vendredi, la police plaidait la maladresse. «Il nous arrive de ramener des personnes chez elles. Ces missions dites de courtoisie sont encouragées, indique Alexandre Brahier, porte-parole. Quand le trajet se fait jusqu’en France, il est signalé au Centre de coopération policière et douanière. Les agents, ce soir-là, étaient jeunes. Ils n’ont pas osé faire la demande. Il y a sans doute eu une incompréhension, mais pas de faute. Il aurait en effet été souhaitable, vu les circonstances, de raccompagner cette dame.»

*prénom d'emprunt