Genève

09 janvier 2019 19:46; Act: 10.01.2019 15:19 Print

Trafic d'héroïne: lourdes peines requises

par Léonard Boissonnas - De 9 à 15 ans de prison ont été réclamés contre les trois accusés jugés depuis lundi pour un trafic de drogue entre le Pakistan et l'Europe.

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Les accusés comparaissent devant le Tribunal criminel du canton de Genève. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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Des faits d'une «rare gravité». C'est ce qu'a reproché mercredi, lors de son réquisitoire, le Ministère public genevois (MP) aux trois prévenus, accusés d'avoir participé à un trafic d’héroïne blanche portant sur plus de 32 kilos.

Une des saisies les plus importantes de Suisse

Le procureur Frédéric Scheidegger a rappelé la «valeur exceptionnelle» de la poudre interceptée. «C’est probablement l’une des saisies les plus importantes réalisées en Suisse», a-t-il souligné. Une fois coupée et revendue, la drogue aurait pu rapporter quelque 21 millions de francs, a estimé le représentant du MP. Selon lui, il s'agit d'un réseau de «professionnels» qui ont «une pratique» de ce type de transports: «Pour passer une telle quantité, il faut l'avoir rôdé», a-t-il argumenté.

Le MP a requis 15 ans de prison contre le prévenu principal, un Pakistanais de 48 ans vivant au Portugal, pour avoir co-organisé deux transports de drogue, l'un intercepté à l'aéroport de Zurich et l'autre à Cointrin, à l'automne 2014. Des peines de 9 et 12 ans respectivement ont été demandées pour son épouse, une Brésilienne de 32 ans, et son complice présumé, un Portugais de 58 ans, pour leur implication dans le convoi saisi lors d'un transit à Genève.

Manque de preuves irréfutables

De leurs côtés, les avocats de la défense ont notamment pointé le manque de preuves irréfutables dans le dossier. Pour Me Giovanni Curcio, qui représente la prévenue, on ne peut reprocher à sa cliente autre chose que le transport intercepté au bout du lac. Elle n'a agi qu'à une seule reprise et son rôle s'est limité à celui de «mule», de «pion sacrifiable». Son affiliation à un réseau n'est pas prouvée, a insisté l'homme de loi. Relevant le repentir sincère de sa cliente et son comportement exemplaire en prison, il a réclamé la clémence, soit une peine n’excédant pas les quatre ans passés en détention préventive, ainsi que sa remise en liberté immédiate.

Les défenseurs des deux autres prévenus ont demandé leur acquittement au motif que le doute doit profiter à l'accusé. L'avocate du quinquagénaire, Me Daniela Linhares, a souligné que «rien ni personne» ne dit que son client était impliqué dans un trafic. Ses liens avec l'accusée n'ont pu être établis formellement, a-t-elle ajouté. «On ne peut pas condamner sur des suppositions». Outre la remise en liberté immédiate de son client, l'avocate a demandé une somme de plus de 306'000 francs d'indemnisation pour les jours passés en prison.

Pour le défenseur du prévenu principal, Me Amin Ben Khalifa, le MP «a failli à apporter la preuve concrète de son implication». «On parle d'un réseau de trafiquants, mais, dans le dossier, on n'a aucun schéma», a-t-il déclaré. Le rang qu'était censé occuper l'accusé dans une supposée organisation n'a pas pu être davantage établi. L'avocat a réclamé la remise en liberté de son client, ainsi que des indemnités à hauteur de près de 200'000 francs.

Le verdict sera prononcé vendredi après-midi.