agriculture branchée

19 août 2008 07:23; Act: 19.08.2008 09:44 Print

Trente ans de «Jardins de Cocagne» et pas une ride

Recevoir régulièrement des fruits et légumes de saison, garder un lien avec la terre: l'agriculture contractuelle de proximité séduit de plus en plus.

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Pionnière en Suisse, la coopérative genevoise Les Jardins de Cocagne fête ses 30 ans le 30 août.

Cette alternative à la grande distribution a été lancée en 1978 aux portes de Genève par des consommateurs citadins. Aujourd'hui, une centaine de candidats à la livraison d'un panier hebdomadaire sont sur liste d'attente, selon Claude Mudry, l'un des jardiniers des Jardins de Cocagne et président de la Fédération romande de l'agriculture contractuelle de proximité (ACP).

«On n'arrive plus à prendre tout le monde depuis 2005.» La coopérative maraîchère pourrait produire davantage, mais cela impliquerait un changement de fonctionnement, relève M. Mudry. Les 400 familles membres représentent un millier de personnes.

L'ACP lie par contrat des consommateurs et des producteurs d'une région définie. Le soutien à l'agriculture locale, une nourriture de qualité sans dumping de prix, le développement durable sont au centre de cette philosophie. Son maître-mot: la souveraineté alimentaire.

«Manger local»

«Je souhaitais surtout consommer des produits cultivés près de chez moi. Je trouve totalement absurde le va-et-vient des produits d'un bout à l'autre de la Suisse et du continent», confirme Chantal, affiliée aux Jardins du Flon qui ont démarré à Lausanne en 2007. C'est aussi l'assurance de manger des aliments «extra frais» et «véritablement de saison».

De plus, «je voulais pouvoir payer directement au paysan le fruit de son travail». Autre point positif: pas besoin de voiture, indispensable dans le cas de la vente directe à la ferme.

Les adhérents reçoivent, à un rythme qui varie en fonction des structures, un panier pouvant contenir fruits, légumes, céréales, produits laitiers, viande et même vin et huile. Inconvénients: des modalités financières - sous forme de forfaits annuels à payer à l'avance en principe - et des horaires de dépôt relativement rigides, sans compter un possible décalage entre l'offre et les besoins.

(Re)découvertes

C'est alors l'occasion d'ouvrir ses horizons. Chantal a découvert le topinambour et les nashis. «Je suis moins friande des panais et des colraves, mais la formule a l'avantage de nous obliger à varier un peu nos menus. Et sur place, on arrive parfois à échanger des panais contre des topinambours.»

Les membres doivent parfois mettre la main à la pâte. Les coopérateurs des Jardins de Cocagne consacrent ainsi trois ou quatre demi-journées par an à sarcler. Les non faites leur sont facturées. A Notre panier bio, à Pringy (FR), ceux qui le souhaitent peuvent accomplir trois demi-jours.

Née au Japon dans les années 60, l'ACP n'a décollé ici qu'après l'an 2000. La Suisse romande compte désormais une vingtaine de projets, dont sept à Genève et cinq dans le canton de Vaud. Le nombre des membres oscille entre 20 et 1300. Au total, 3400 foyers bénéficient de ce mode de distribution participatif, d'après la Fédération.

Perspectives réjouissantes

Les promoteurs de l'ACP sont convaincus qu'il ne s'agit pas que d'une mode, car l'intérêt dépasse aujourd'hui le cercle restreint des initiés. Claude Mudry constate en outre une plus grande fidélité: le taux de roulement parmi les familles des Jardins de Cocagne est maintenant inférieur à 10 %, contre 15 à 20 % auparavant.

Aux considérations d'agriculture biologique ou intégrée initiales se mêlent dorénavant d'autres dimensions comme la prise de conscience écologique et la récente crise alimentaire mondiale, renchérit Gerhard Hasinger, de Notre panier bio. Avec les remous autour des OGM ou de la grippe aviaire, les consommateurs sont plus sensibles à la sécurité alimentaire.

L'expansion du projet fribourgeois illustre cette tendance. De 50 paniers livrés une fois par mois en début 2007, on a passé à 350. La barre de 400 devrait être franchie en fin d'année.

Le système permet aussi aux producteurs de tirer leur épingle du jeu, rappelle Claude Mudry. Il en va parfois de leur survie.

(ats)