Genève

21 mai 2019 17:23; Act: 22.05.2019 10:37 Print

Faire tester la drogue lundi et éviter le drame samedi

par David Ramseyer - Une structure permanente offre aux consommateurs occasionnels d'analyser leurs doses. But: limiter le danger lié aux stupéfiants.

L'antenne Nuit blanche? mène des opérations de réduction des risques liés aux consommation de substances psychoactives lors de soirées ou de manifestations. Elle sera notamment présente lors de la Geneva Pride, le 6 juillet prochain.
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«Le message de base est clair: toute consommation de drogue comporte un risque. Notre rôle, c'est réduire ce risque», énonce Roxane Morger Mégevand, coordinatrice du projet Drug checking de l'antenne Nuit blanche?. Le 3 juin, elle ouvrira une permanence dans le quartier des Grottes, qui permettra aux consommateurs occasionnels de faire analyser leurs produits stupéfiants, de manière anonyme et gratuitement. C'est une première en Suisse romande, alors que ce genre de structure fixe existe depuis une vingtaine d'années à Berne et à Zurich.

Drogues frelatées

Il s'agit de «rendre le risque visible», en détectant les produits de coupe ou la concentration de stupéfiants dans une dose. «Une des substances qui circule en ce moment sur le marché, c'est de l'ecstasy surdosée, deux fois plus puissante que ce que l'on trouvait il y a quelques années», illustre Roxane. Son collègue David Perrin pointe aussi du doigt de la «cocaïne coupée avec des médicaments qui sont eux-mêmes potentiellement dangereux pour la santé».

Nuit blanche? a déjà effectué des drug checking lors de soirées à l’extérieur. La mise sur pied d'une permanence vise à toucher une population plus large, soit des consommateurs qui ne sortent pas forcément dans ces lieux. «On cible des gens qui ont acheté des substances psychoactives en vue du weekend, par exemple, précise Stéphane Moelo, chargé des interventions sur le terrain. En parallèle, nous mèneront des entretiens individuels avec eux, pour les orienter et les conseiller». En clair, le public cible est constitué de personnes qui prennent des drogues festives; pas des toxicomanes lourds et dépendants. D'autres structures d'aide existent déjà pour cette population.

Faire un état des lieux

Les 500 tests de drogue prévus chaque année seront effectués au Centre universitaire romand de médecine légale, aux HUG. Les résultats seront donnés oralement au consommateur, trois à quatre jours plus tard. Là encore, un encadrement préventif est prévu. Financé par le Canton à hauteur de 150'000 fr. annuels environ, et appuyé par l'Office fédéral de la santé publique, le projet sera réévalué dans deux ans. Il permettra aussi de constituer un monitoring du marché de la drogue pour les autorités politiques et sanitaires, ainsi que pour la police.

A quelques jours de l'ouverture, Roxane est optimiste: «Cela répond à un besoin exprimé par les consommateurs sur le terrain. En Suisse allemande, on a constaté que les structures fixes ont modifié la consommation des gens; ils prennent davantage en compte les risques encourus.»