Genève

24 juin 2014 20:28; Act: 25.06.2014 07:48 Print

Un père donne deux gifles à son ado, il est acquitté

par Jérôme Faas - Le Service de protection des mineurs avait dénoncé le paternel à bout. Le Tribunal de police a manqué d’éléments pour le condamner.

storybild

Le Tribunal de police a acquitté ce mardi un père poursuivi pour lésions corporelles simples. Il avait giflé sa fille il y a trois ans. (Photo: Keystone)

Une faute?

Les services sociaux «n’ont écouté ni les parents, ni les médecins, mais seulement une enfant de 14 ans.» Me Barbara Lardi Pfister résume ainsi l’affaire qui a amené, ce mardi, un père de famille italien devant le Tribunal de police. En avril 2011, il avait donné une paire de gifles à sa fille en pleine crise d’adolescence. Une dénonciation du Service de protection des mineurs (SPMi) au Parquet a suivi. Prévenu de lésions corporelles simples, il a été acquitté. Lui et sa femme regrettent néanmoins «une machinerie» qui a «détruit» leur famille.

Rupture scolaire, fugue, violence et insultes

A l’époque, la jeune fille est en rupture scolaire. Fugue, insultes, violence. «Elle n’acceptait aucune limite», résume le père. Après un mois à l’hôpital, son retour à domicile se solde par un fiasco. Elle est alors placée, à la demande du couple, dans un foyer de la Fondation officielle de la jeunesse. Père et mère décident enfin de l’inscrire dans un internat à la Roche-sur-Foron (F), «afin de lui offrir un avenir scolaire et de l’éloigner de ses fréquentations».

«Tu n'es pas obligée d'accepter le choix de tes parents»

Un rendez-vous avec le responsable des inscriptions est fixé. «La veille, devant nous, l’éducatrice a dit à notre fille : «Tu n’es pas obligée d’accepter le choix de tes parents». Tout est dit. Ca nous a tué, cette phrase», s’émeut la maman après l’audience. «Ce n’est pas ça, un accompagnement, alors que nous cherchions à aider notre fille.»

Le trajet et l’entretien se passent très mal. L’adolescente ne veut pas du projet parental. Injures, coups de pied. Au retour, elle frappe sa mère au visage. C’en est trop pour son père, qui gifle l’insolente. «Je voulais juste la calmer.»

3000 francs d'amende avec sursis

L’affaire remonte au Service de protection des mineurs, auprès duquel la famille est signalée depuis janvier 2011. Il dénonce les faits au Ministère public, faisant état de saignement à la bouche, de tuméfactions et de deux bosses sur la tête. Le papa est condamné en 2012 pour lésions corporelles simples par ordonnance pénale. Il écope de 30 jours-amende à 100 francs avec sursis, peine à laquelle il s’oppose.

Aucun constat médical

«Des clichés pris le lendemain démontrent que sa fille n’a pas eu de lésions. Les faits ne sont attestés par aucun constat médical. L’inspectrice en charge de l’affaire a demandé à entendre la jeune fille comme prévenue pour avoir induit la justice en erreur. Enfin, l’éducatrice du foyer, entendue par la police, n’a pas parlé de blessures», plaide Me Lardi Pfister.

La présidente du Tribunal décide d'acquitter le prévenu: aucun élément ne prouve les lésions corporelles simples, poursuivies d'office si infligées par les parents. Quant à la voie de fait, n’ayant ni été réitérée ni donné lieu à une plainte de la victime, elle n’est pas poursuivie. «A titre personnel, je m’excuse. Je trouve que cette procédure a duré beaucoup trop longtemps. Vous allez pouvoir continuer votre vie d’avant.»

«Le SPMi a pris les choses trop à la légère»

Les parents, en larmes, tombent dans les bras l’un de l’autre. Peu avant, le père témoignait de son amertume. « Le SPMi a pris les choses trop à la légère. Le stage que ma fille fait maintenant dans une crèche, c’est grâce à nous. Que nous a apporté le SPMi? Rien. Je peine à comprendre le système. Je me suis retrouvé dans cette avalanche, je n’ai compris ni le début ni le déroulement et, à la fin, je me suis retrouvé ici.»