Genève

03 avril 2019 17:50; Act: 03.04.2019 21:16 Print

Verdict confirmé pour l'assassin de Semhar

En appel, la justice a à nouveau condamné à 20 ans de prison et à l'internement l'homme qui avait contraint sexuellement et tué une jeune fille, en 2012.

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Le verdict est tombé ce mercredi soir. Le chauffeur de taxi éthiopien âgé de 43 ans, accusé d'avoir contraint sexuellement et tué Semhar, âgée de 12 ans, a été reconnu coupable par la Chambre pénale d'appel et de révision de Genève. Il était aussi poursuivi pour trois autres viols sur des ex-compagnes. Il niait tous les faits reprochés. L'homme a été condamné à une peine de 20 ans de prison pour assassinat, contrainte sexuelles et viols, assortie d'une mesure d'internement - soit exactement la même décision qu'en première instance, il y a deux mois.

Une «atrocité»

Dans une salle d'audience comble - et très digne, à l'image de la maman de la victime - la Cour a martelé que les indices à charge contre le quadragénaire étaient «multiples et sérieux». Certes, la préméditation de l'agression sexuelle et de l’homicide de Semhar n'a pas été établie. «Il a cédé à une pulsion et a étranglé la jeune fille pour l'empêcher de le dénoncer», a souligné la présidente de la Chambre. Reste que l'assassin, «sans scrupule, froid, déterminé, d'un égoïsme absolu et dans le déni» perpétuel de ses actes, a commis «une atrocité. Sa responsabilité est entière».

Défenseur notamment de la mère, Me Robert Assaël a fait part de son émotion et de son soulagement, une fois le verdict rendu. «Comme avocat, j'ai été en quelque sorte la voix de Semhar; et ce soir, Semhar a été entendue. La Cour a écarté les mensonges incessants du prévenu et a rendu un jugement solide». L'homme de loi insiste sur la mesure d'internement: «Elle est importante, car tant que l'on considérera que le condamné reste dangereux, il ne sortira pas, même après 20 ans».

«Le doute existe»

La défense du chauffeur de taxi fera recours du jugement auprès du Tribunal fédéral. Déçu, Me Vincent Spira estime que «l'émotion a prévalu» dans ce verdict. «Nous espérions que le regard de la justice respecterait davantage la présomption d’innocence, mais elle n'a pas soustrait mon client à son statut de coupable idéal». Pour l'autre défenseure de l'assassin, Me Yaël Hayat, «le doute existe toujours». Selon elle, la Cour a fait preuve de subjectivité.

En appel, le Ministère public avait maintenu sa position. Pour le procureur Joël Schwarzentrub, un faisceau d'indices accablaient le prévenu. Son ADN a été retrouvé dans le slip de la jeune fille. Il a changé de version et menti à plusieurs reprises. Le quadragénaire a aussi eu de la peine à expliquer la présence de son taxi près de l'immeuble où habitait Semhar, le jour des faits. Selon le procureur, l'accusé est un sadique sexuel psychopathe, qui a fait subir les pires tourments à trois de ses ex-compagnes. Le représentant du Ministère public avait réclamé une peine de prison à perpétuité, ainsi qu'une mesure d'internement.

De son côté, la défense avait plaidé l'acquittement, ou tout du moins une peine n'excédant pas les 20 ans de prison, si un verdict de culpabilité devait être prononcé. Pour l'avocate du prévenu Me Yaël Hayat, l'enquête n'a pas été complète: les habits de l'accusé n'ont pas été analysés, pas plus qu'une tache ressemblant à du sang, retrouvée dans le taxi. Pour l'avocate, mieux vaut un coupable dehors qu'un innocent condamné. Son confrère Me Vincent Spira a estimé que, si l'accusé est bien l'auteur du crime, il ne l'a pas prémédité. «Il a perdu les pédales», a-t-il plaidé. Un comportement qui ne vaut pas la perpétuité requise.

Les faits

Les faits s'étaient produits un soir d'août 2012 dans le quartier de la Tambourine, à Carouge. La jeune fille de 12 ans avait été abusée sexuellement puis étranglée. Son corps avait été retrouvé sous le lit où dormait sa maman, avec qui le prévenu entretenait à l'époque une liaison secrète. Il est aussi accusé d'avoir violé, abusé, brutalisé et séquestré trois compagnes avec qui il avait vécu, tour à tour, entre 2004 et 2012. Ces femmes étaient toutes des réfugiées au statut précaire, originaires d'Ethiopie ou d'Erythrée.

Le procès en appel avait été interrompu le 29 janvier, après deux jours d'audience. Une des juges assesseures s'était assoupie. Elle avait ensuite démissionné.

Développement suit.

(dra/leo)