Affaire Semhar (GE)

22 juin 2018 12:01; Act: 22.06.2018 16:54 Print

Internement et 20 ans de prison pour l'assassin

par Maria Pineiro - Le Tribunal criminel a condamné le chauffeur de taxi à 20 ans de prison et à une mesure d'internement.

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La cour a reconnu la culpabilité du chauffeur de taxi suspecté depuis le début de l'enquête. (Photo: Keystone/Magali Girardin)

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«Assassin, assassin!» Vendredi, le Tribunal criminel de Genève a déclaré K. coupable de l’assassinat de Semhar 12 ans, tuée le 23 août 2012 au soir chez elle, dans le quartier de la Tambourine, à Carouge. Les juges ont également retenu la contrainte sexuelle et des actes d’ordre sexuel sur enfants dans cette affaire ainsi que des viols, violences et séquestrations contre plusieurs anciennes compagnes. K., chauffeur de taxi Ethiopien de 42 ans, a été condamné à 20 ans de prison, dont 6 déjà purgés, et à une mesure d’internement. Il est reparti du Tribunal pour la prison sous les huées de la communauté érythréenne, venue nombreuse assister au verdict. Une cinquantaine de personnes s’étaient réunies avant l’audience devant le Palais de justice.

Faisceau d'indices convergents

«Il y a un faisceau d’indices convergents qui permet d’écarter tout doute raisonnable quant à l’implication de K. dans l’assassinat de Semhar», a affirmé la présidente du Tribunal criminel. L’incohérence des explications de l’assassin qui a toujours nié être l’auteur des faits a été relevée. Le tachygraphe de son taxi et le bornage de son natel indiquaient sa présence près de l’appartement de la victime à l’heure probable du crime. Il n’a pas réussi à convaincre la cour qu’il avait rendez-vous avec elle pour un cours de conduite et l’avait attendue dans son taxi.

Le Tribunal a relevé que le 23 août, il a amené la mère de Semhar, avec qui il entretenait une relation, à l’hôpital pour le petit frère. Puis, il est parti à la Tambourine. Durant la demi-heure pendant laquelle le taxi est resté sur place et son natel muet, contrairement à ses habitudes, il a eu le temps de déflorer Semhar, vraisemblablement avec un objet, et de l’étrangler jusqu’à ce qu’elle meure. Ensuite, il a invité la famille au restaurant, une première, puis a fait en sorte que la soirée se prolonge au maximum. Enfin, il se serait montré peu inquiet concernant la disparition de Semhar et n’aurait que mollement participé aux recherches. Le corps avait été retrouvé le jour suivant, caché sous le lit de la mère.

«Sanglots dans la salle»

L’énoncé des faits et le détail des traces ADN de K. retrouvées dans des endroits particulièrement compromettants comme le cou, les ongles et le centre du slip de le jeune fille ont déclenché une intense émotion dans le public. La mère de Semhar et d’autres femmes n’ont pu retenir leurs sanglots. La présidente a poursuivi, insistant sur le mobile particulièrement «égoïste» de K. qui a agit pour «assouvir ses pulsions sexuelles». Elle a relevé que la faute commise est «extrêmement lourde» et mis en exergue «le manque de collaboration totale» du condamné dans l’enquête ainsi que son «absence d’empathie».

Les avocats de K. vont faire appel. «On condamne un innocent par défaut. Ce jugement bafoue la présomption d’innocence», a jugé Me Vincent Spira, qui avait demandé l’acquittement. Sa consœur Yaël Hayat considère que tant l’enquête que le procès ont «visé à apaiser l’émotion suscitée par cette mort horrible». Pour Robert Assaël, avocat de la famille de la victime, «l’internement signifie que, pour le Tribunal, le prévenu est dangereux pour la société». L’homme de loi estime qu’ «enfin, justice a été rendue à Sehmar. Sa petite voix a été entendue.»

Après l’annonce du verdict, une centaine de personnes ont participé à une marche blanche afin de se recueillir sur la tombe de la jeune fille.