Emploi

22 février 2011 16:32; Act: 22.02.2011 18:27 Print

Virée avant l'heure via internet

par Raphaël Leroy - L’employée d’un fleuriste genevois a vu son poste remis au concours alors qu’elle n’était pas encore licenciée. Une pratique cynique mais tout à fait légale.

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Clarisse est en colère. Secrétaire d’un magasin néerlandais de fleurs implanté à Genève, elle repère vendredi dernier une offre d’emploi parue sur un site internet. L’annonce la laisse littéralement scotchée sur sa chaise. Son propre poste est remis au concours pour le mois de mars… Alors qu’elle n’a ni été avertie, ni même reçu des menaces de licenciement.

Le choc

«J’ai pris un coup au moral, explique-t-elle. C’est vrai que mes relations avec ma hiérarchie s’étaient tendues depuis quelques jours. J’ai vu mon chef bidouiller sur son ordinateur le jour où l’annonce a été postée. J’aurais cependant aimé qu’il ait le tact de m’en parler.»

Clarisse attend alors lundi pour évoquer le sujet avec son boss. Mais avant de se rendre au travail, elle reçoit un SMS cinglant: «Pas besoin de venir. Voir mail. Merci.»

Son patron l’informe par courrier électronique qu’une lettre de résiliation de contrat l’attend à la poste et qu’elle n’a plus besoin de venir travailler. «J’imaginais qu’il allait me garder au moins jusqu’à ce que quelqu’un réponde à l’annonce, indique Clarisse. J’ai été engagée début janvier, je pense qu’il ne m’a pas laissé le temps de faire mes preuves.» Joint par téléphone, le fleuriste n’a pas souhaité s’exprimer.

Une pratique légale

«Cette histoire est inédite mais reste malheureusement tout à fait légale, s’indigne Joël Varone du syndicat Unia. Le droit suisse estime qu’il y a un rapport d’égalité entre employeur et employé. De la même manière qu’un travailleur peut poster son CV en ligne alors qu’il est toujours en fonction, un patron peut chercher un nouveau salarié pour un poste existant.» Selon la Communauté genevoise d’action syndicale, plus de 100 appels par an lui parviennent pour signaler ce genre de cas, ce qui est conséquent.

«Il y a un manque d’humanité dans tout ça, conclue Clarisse. Mon employeur ne se rend pas compte de ce qu’il m’a fait endurer.» Marquée par cette histoire, la jeune femme cherche à présent à tourner la page.