Genève

09 octobre 2018 14:28; Act: 11.10.2018 11:34 Print

Le visage des victimes du drame des Tattes arrêté

par Jérôme Faas - Le jeune homme a été placé aux arrêts en attendant son expulsion. Son avocat aimerait que l'Etat lui avance des indemnités.

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Près de quatre ans se sont écoulés depuis l'incendie des Tattes. Dans la nuit du 16 au 17 novembre 2014, le feu avait ravagé ce centre de requérants d'asile situé à Vernier, faisant un mort et quarante blessés. Plusieurs d'entre eux comptent toujours sur une éventuelle indemnisation de l'Etat, si la responsabilité de ce dernier venait à être établie. Mais la procédure promet de s'éterniser, et les expulsions tombent. Ayop Aziz, l'une des victimes qui avait donné un visage aux sinistrés, a ainsi été placé lundi soir en rétention administrative à la maison d'arrêt de Favra. Le Tribunal administratif de première instance statuera jeudi sur une détention de six mois, destinée à préparer son expulsion vers le Nigéria (alors qu'Ayop Aziz se dit tchadien). Sa demande d'asile a en effet été rejetée par Berne.

Son avocat, Me Pierre Bayenet, juge la situation gravissime sur le plan social. «Mon client a la force physique et l'intelligence nécessaires pour travailler, mais souffre de très forts maux de tête à la suite de sa fracture du crâne survenue en 2014. Il ne peut pas assumer une activité régulière. S'il est renvoyé au Nigéria, il n'aura pas les moyens de travailler et restera sans aucun revenu.»

Ayop Aziz se trouve dans une zone grise problématique, explique Me Bayenet. Il n'est pas assez gravement blessé pour que la Suisse lui délivre un permis humanitaire, mais trop touché pour obtenir une occupation salariée. Son salut pourrait venir d'indemnités étatiques, si la responsabilité de Genève dans l'incendie était établie. Mais si rien ne permet d'affirmer qu'une telle issue surviendra, il est d'ores et déjà sûr que rien ne bougera avant plusieurs mois, voire années.

La procédure pénale est dorénavant entre les mains de la procureure Anne-Laure Huber. Y sont prévenus deux agents de sécurité, suspectés d'avoir réagi de travers la nuit des faits. Leur font face plusieurs plaignants: quatorze requérants, l'Hospice général et l'Etat. «L'instruction est à bout touchant», indique Henri Della Casa, porte-parole du Ministère public. Mais ce n'est pas le procès pénal qui établira une éventuelle responsabilité de l'Etat (d'une part, il est ici plaignant, d'autre part, il ne peut être attaqué au pénal - seuls ses agents peuvent l'être). La question des indemnités ne pourra donc être tranchée que dans un second temps, via une procédure civile. Autrement dit dans longtemps.

«Ce que je souhaite, ce que j'espère obtenir, c'est que dans l'intervalle, l'Etat avance une partie des indemnités aux victimes afin qu'elles puissent partir. Et que d'ici là, le canton sursoie aux expulsions.» Car selon lui, quelques dizaines de milliers de francs suffiraient à Ayop Aziz, par exemple, pour pouvoir imaginer une vie en Afrique, pour l'heure rigoureusement impossible.