Audit sur les frais des élus (GE)

01 novembre 2018 17:12; Act: 01.11.2018 17:12 Print

«La question d'une enquête pénale se pose»

Les partis représentés au Conseil municipal de la Ville réagissent au rapport de la Cour des comptes sur les dépenses professionnelles de l'exécutif.

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Plusieurs politiciens critiquent durement le Conseil administratif, photographié ce jeudi au Palais Eynard (de g. à dr., Rémy Pagani, Guillaume Barazzone, Sami kanaan, Sandrine Salerno, Esther Alder). (Photo: Keystone)

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Le rapport de la Cour des comptes, qui tance très sévèrement le Conseil administratif de la Ville, ne laisse pas insensible les partis politiques. Les juges ont estimé que la gestion des frais professionnels des élus n'était ni réglementée, ni transparente, ni exemplaire, ni respectueuse des deniers publics. Florilège de réactions, certaines scandalisées, d'autres plus compréhensives.

Eric Bertinat, président de l'UDC Ville de Genève:
«C'est scandaleux et inadmissible! Le dégât d'image est énorme et irrattrapable. Je suis extrêmement choqué d'apprendre que malgré des salaires confortables, nos élus, et particulièrement M. Barazzone, se permettent de faire des dépenses somptuaires sur les deniers publics. Guillaume Barazzone a remboursé sous la pression, il n'y a là rien de spontané. J'espère que le Ministère public va se saisir de ce rapport. Le cas échéant, nous demanderons sa démission. Cette affaire n'est de loin pas terminée, nous allons demander la transparence totale.»

Vincent Maitre, président du PDC cantonal:
«Ce rapport montre que la Cour des comptes a fait son travail et l'a bien fait. Le résultat est inquiétant, car il démontre des défaillances graves du système de contrôle interne. Guillaume Barazzone est le seul à avoir admis ses erreurs et à avoir fait amende honorable. Il s'est acquitté de sa dette en remboursant chaque centime. A un an des élections fédérales, je m'attends à des réactions excessives, comme des demandes de démission. Mais sa faute ne saurait occulter son bilan remarquable.»

Maria Perez, conseillère municipale, Ensemble à Gauche:
«Je suis choquée et aussi effarée par les tentatives du Conseil administratif d'échapper à l'enquête de la Cour du comptes. Celle-ci a souligné le manque de cadre lié aux frais des magistrats. Cheffe des finances, Sandrine Salerno aurait dû s'occuper de cela. Ils ont tous profité de la situation. Je retiens notamment les dépenses somptuaires de Guillaume Barazzone, qui s'ajoutent aux questions relatives à son voyage à Abu Dhabi. Ce n'est pas un problème de sommes dépensées, mais une question de principes. Cela salit la fonction, les institutions et la Ville, ça décrédibilise le politique et trahit la confiance des citoyens. Les membres du Conseil administratif ont perdu pied. Je me demande aujourd'hui si il y des suites pénales à donner à cette affaire.»

Didier Bonny, coprésident des Verts de la Ville:
«Pour avoir vécu l'époque André Hediger (ndlr: conseiller administratif PdT de 1987 à 2007), on observe quand même un héritage du passé, une manière de faire à la bonne franquette, où on paie des verres. Aujourd'hui, ce n'est plus possible. On attend des élus qu'ils soient exemplaires, irréprochables. C'est très bien que la Cour des comptes ait mis son nez là-dedans. Plutôt qu'un scandale, il s'agit d'un changement d'époque dont cet audit est le marqueur.»

Ana Roch, présidente du MCG cantonal:
«Vu les indemnités que les conseillers administratifs de la Ville perçoivent, c'est d'autant plus choquant qu'ils engagent des frais supplémentaires. Les montants sont choquants, astronomiques. Ensuite, il y a des élus de gauche, des Verts, d'Ensemble à Gauche, qui sont épinglés. Utiliser les taxis, avoir une place de parking privé lorsqu'on demande aux gens de renoncer à leur voiture, cela contrevient aux valeurs qu'ils affichent, c'est juste scandaleux. L'audit soulève aussi un manque de surveillance. Plusieurs des frais sont injustifiables. Ils doivent tout rembourser. Cela dit, je serais curieuse de voir ce qu'un tel audit donnerait dans d'autres communes.»

Simon Brandt, président du PLR Ville de Genève:
«Lorsqu'on gagne 250'000 francs par an, on a largement de quoi financer ses déplacements privés, ses repas personnels ou encore ses loisirs sans faire appel à l'argent public. Ce n'est pas un problème Guillaume Barazzone, c'est un problème institutionnel. Lui semble être le seul à avoir pris la mesure du problème, d'autres n'ont pas l'air d'avoir compris. Pour moi, ils ont ouvert la boîte de Pandore. Je veux continuer à regarder et remonter aux dernières années. La question d'une enquête disciplinaire du Conseil d'Etat se pose, tout comme celle d'une enquête pénale.»

Albane Schlechten, cheffe du groupe socialiste au Conseil municipal:
«C’est normal d’avoir des frais, mais il faut qu’ils soient raisonnables. Malheureusement il semble que le bon sens et l’éthique ne fonctionnent pas avec certains élus, donc il faut une réglementation claire qui pose des limites. C’est aussi une demande de la population qui attend davantage de transparence. La bouteille de champagne, par exemple, c’est scandaleux, on n’est plus dans une interprétation de frais acceptables, ce n’est pas nécessaire au niveau professionnel, on est dans le dérapage.»

(dra/leo/mpo/jef)