Genève

05 février 2019 14:33; Act: 05.02.2019 14:38 Print

Le procès de quatre policiers fait pschitt

Des inspecteurs de la task force drogue étaient jugés mardi pour des faits d'abus d'autorité et de lésions corporelles simples.

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Le procès s'est déroulé cinq ans après les faits. (Photo: Keystone)

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Le procureur général Olivier Jornot, qui d'habitude soutient toujours l'accusation lorsque des policiers sont mis en cause, ne s'est pas déplacé. Me Lorella Bertani, l'avocate très connue du plaignant, un ex-toxicomane qui accuse quatre inspecteurs de la police judiciaire de l'avoir violemment frappé est aussi absente: une de ses collaboratrices la représente. Quant aux quatre accusés, deux sont venus sans avocat. Bref, l'audience de mardi au Tribunal de police, alléchante sur le papier –ce n'est pas tous les jours que quatre policiers sont prévenus d'abus d'autorité et de lésions corporelles simples– avait tout du pétard mouillé. Il est carrément devenu trempé lorsque la juge a décidé de rendre son verdict ultérieurement, par courrier aux parties, privant cette histoire mal emmanchée de conclusion.

L'histoire, donc, commence à remonter: le 16 janvier 2014, vers l'avenue d'Aïre, un toxicomane agresse deux policiers en civil dans l'espoir de les détrousser. L'arrestation est houleuse. L'homme indique ensuite s'être fait sprayer, puis étrangler dans la voiture le ramenant au poste, où il se serait fait bastonner, notamment à coups de balai, par quatre agents durant deux heures.

Le temps allégué de torture ne résiste pas aux faits: l'homme n'a passé que 17 minutes en salle d'interrogatoire avec les prévenus, et seulement 49 secondes avec les quatre agents réunis. L'histoire du spray est jugée invraisemblable par la juge. Quant aux ecchymoses constatées, selon Me Kinzer, conseil d'un policier, l'expertise ne permet pas de trancher si elles proviennent de l'arrestation ou de l'interrogatoire. Me Ahrenbeck, qui représente le plaignant, parle d'un cauchemar, explique que son client a cru perdre la vie, et s'étonne de la présence d'un balai sur les bandes vidéo –«alors qu'il est notoire que les inspecteurs de la PJ ne nettoient pas les locaux». Et de s'offusquer que le Ministère public ait mis très peu d'empressement à instruire cette affaire, un argument à double tranchant. «Le dossier est aux soins palliatifs depuis le début», estime Me Lavergnat, avocat d'un autre policier.

(jef)