Meurtre à Onex (GE)

25 mars 2019 18:35; Act: 25.03.2019 18:37 Print

L'accusé, une machine à explications chancelantes

par Jérôme Faas - Le Tribunal criminel juge un homme accusé d'avoir tué sa voisine en 2015 pour lui voler 40'000 euros. Il plaide l'accident avec énergie et confusion.

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Le Tribunal criminel juge depuis lundi 25 mars un homme suspecté d'avoir tué sa voisine septuagénaire pour la voler, à Onex, en février 2015.

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Pour retrouver le corps de la victime et faire cracher le morceau à J., un an et demi et un agent infiltré à la prison de Champ-Dollon ont été nécessaires. «Nous avons tout fait, tout essayé, nous n’avions pas le choix», a expliqué le procureur Endri Gega, à qui la défense reproche cette manière de faire peu commune – un faux codétenu que l’accusé finira par considérer comme son ami. Jugé depuis lundi par le Tribunal Criminel pour avoir éliminé et dépouillé sa voisine septuagénaire, il dit vouloir assumer mais conteste en réalité tout avec force explications tortueuses – la marque de fabrique de ce volubile Portugais né en 1966.

Le 5 février 2015, cet homme notamment prévenu d’assassinat a tué sa voisine, une septuagénaire dont il était très proche («c’était ma mère, mais en bien»). Il est accusé de l’avoir fait pour lui voler 40'000 euros (soit 80% de ses économies) retirés de la banque le matin même pour une raison indéterminée. Il a ensuite emmené le corps en France, où il l’a abandonné dans un bois, avant d’y mettre le feu une semaine plus tard. Par la suite, il a longtemps tenté de faire croire que la victime était encore en vie, effectuant régulièrement de gros retraits avec ses cartes bancaire et lui passant des coups de fil.

Enregistrement macabre

Dans un enregistrement macabre diffusé à la Cour, effectué sur un téléphone que le Parquet a mis deux ans à «craquer», on l’entend, très calme, dire à la vieille femme. «Si tu me dis la vérité, ça peut s’arranger entre nous.» Il l’entrave, avec un pull dira-t-il. «Je viens, je m’approche, ça sert à rien de résister.» Puis il s’absente, pour aller chercher le sac de la victime. La bande s’arrête là, quelques minutes ou heures avant la vie de la victime.

Argent caché dans un tabouret

J., lui, assure qu’il s’agit d’un accident, d’une dispute qui a mal tourné – il l’aurait poussée, elle aurait chuté contre le lit. Il ne dit jamais qu’elle est morte mais qu’elle est «partie». Il pleure. Se remémorer cette perte est «un choc», sanglote-t-il. Il assure n’avoir jamais parlé d’argent avec cette femme qu’il considérait comme sa seconde maman. Il affirme qu’il ignorait totalement le retrait du matin du drame. Les 45'000 euros retrouvés cachés dans un tabouret au Portugal? «C’était mon argent, je l’avais retiré de la banque en janvier, je l’ai envoyé là-bas. Plus tard, j’ai demandé à mon beau-frère de le cacher jusqu’à ma libération.» Un document bancaire appartenant à la victime, attestant de sa fortune, retrouvé chez lui? «Je l’ai trouvé dans son sac» après coup.

Gros risque de récidive

J. est paradoxal. Alors que la description des faits laisse imaginer un monstre de froideur, il apparaît capable d’une certaine sensibilité, racontant son enfance passée sous le joug d’une mère violente avec une émotion certaine. Il fait montre d’une forme d’introspection, mais réfute fermement être malade, ce que les experts affirment, recommandant l’internement et évaluant le risque de récidive à 50% - autrement dit un score très élevé.

Il se bat pied à pied, poli, calme, prolixe. Il conteste tout avec des explications chancelantes, changeantes, voire abracadabrantes (la carte bancaire de la victime? Il l’a trouvée dans sa boîte aux lettres avec un post-it «servez-vous», etc.), mais avec aplomb et une apparente sincérité. Croit-il à son discours ? Les experts-psychiatres ont en tout cas souligné le déni dans lequel se trouvait le prévenu. A la présidente qui lui demande si, sur l’enregistrement produit, la voix de l’aînée était bizarre à cause de la peur, il répond par la négative. «Je ne vois pas de quoi elle aurait pu avoir peur.»