Bangladesh

21 octobre 2019 10:30; Act: 21.10.2019 13:13 Print

«Ma famille dit que j'ai l'air plus jeune et plus beau»

La nouvelle tendance pour les hommes au Bangladesh est de se teindre les cheveux et la barbe en orange. Témoignages.

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Lorsque la barbe d'Abul Mia a commencé à blanchir il y a deux ans, ce porteur d'un marché de légumes de Dacca a suivi l'air du temps: il s'est mis à la teindre en orange, au henné.

«J'adore. Ma famille dit que j'ai l'air plus jeune et plus beau», confie à l'AFP ce travailleur du Bangladesh de 60 ans, à la pilosité désormais flamboyante.

Même enthousiasme du côté de Mahbubul Bashar, un Bangladais quinquagénaire, dont le sourire trahit le plaisir que lui procure son nouveau look: «Je l'utilise depuis deux mois dans mes cheveux. J'aime beaucoup».

Couleur mandarine, safran ou pamplemousse... Il est désormais presque impossible de marcher dans une rue de la capitale bangladaise sans rencontrer des hommes âgés avec la barbe teinte au henné, concoction traditionnelle en Asie du Sud. Un phénomène entre mode et signe religieux.

«Se mettre du henné sur les barbes et les cheveux est devenu une tendance de mode ces dernières années pour les hommes âgés», note Didarul Dipu, chef du département mode au magazine Canvas. «La poudre se trouve facilement dans les épiceries de quartier et s'applique facilement, par rapport à la teinture traditionnelle au henné».

Le henné est utilisé de longue date dans les mariages du sous-continent indien. Sa pâte sert à dessiner des motifs complexes sur les bras et mains des mariés ainsi que de leurs invités.

Les communautés musulmanes d'Asie et du Moyen-Orient connaissent aussi depuis longtemps son usage pour les barbes. Mais le Bangladesh, nation de 160 millions d'habitants très majoritairement musulmane, est devenu leader en la matière.

Autrefois, la concoction s'obtenait en broyant des feuilles de henné, un arbuste épineux.

Mais le procédé était chronophage et la préparation parfois hasardeuse. Aujourd'hui, avec l'omniprésence de petits sachets bon marché de poudre prête à l'emploi, la donne a changé.

Très peu cher

Barbier dans le quartier de Shaheenbagh à Dacca, Shuvo Das a vu ses revenus croître grâce à ce nouvel engouement. «Avant, presque personne ne venait pour ça. Mais maintenant nous avons des clients qui viennent chaque semaine pour se faire teindre la barbe».

Un vendredi, premier jour du week-end au Bangladesh, Shuvo Das verse de la poudre importée d'Inde dans une coupelle d'eau pour préparer la teinture. À l'aide d'une brosse à dents, il applique soigneusement la mixture à la barbe de son client pour qu'elle s'y imprègne.

«Il faut environ 40 minutes pour rendre la barbe rougeâtre et brillante. C'est très peu cher aussi. Un sachet ne coûte que 15 takas», soit 19 centimes d'euro, explique-t-il.

Mais la cure de jouvence n'est pas la seule raison derrière ce phénomène qui fait que les coiffeurs de Dacca sont de plus en plus nombreux à proposer des colorations au henné dans la palette de leurs services.

D'éminents imams recourent également à cette teinte afin, d'après les experts, d'affirmer leur piété. Selon certains textes religieux musulmans, le prophète Mahomet se teignait au henné.

«C'est moche»

«J'ai entendu les religieux dire que le prophète Mahomet utilisait du henné pour sa barbe. Je ne fais que suivre», raconte Abu Taher, un habitant de Dacca.

Le henné fait partie de son look depuis plus de vingt ans, et il est persuadé qu'il donne à sa barbe une vitalité renforcée: «Regardez cette croissance. Est-ce que ce n'est pas vigoureux ?»

Selon Monirul Islam Khan, professeur de sociologie à l'université de Dacca, la multiplication des barbes au henné «est un signe de la ferveur musulmane dans la société bangladaise».

Mais, ajoute-t-il, même des hommes qui ne sont pas particulièrement pratiquants s'y convertissent car «ils veulent avoir l'air plus jeunes. Même les femmes s'y mettent car cela fait briller leur chevelure».

Cependant les barbes orange font voir rouge à certains.

«Je ne sais pas comment cette mode est arrivée au Bangladesh mais c'est moche», lâche un banquier du quartier de Karwan Bazar, qui n'a pas souhaité donner son nom.

(nxp/afp)