Révoltes populaires

07 février 2011 08:08; Act: 07.02.2011 08:31 Print

«Al-Qaida aura du mal à rebondir»

Les soulèvements populaires dans le monde arabe sont déjà des revers et pourraient être des catastrophes pour Al-Qaida et les mouvements jihadistes.

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Ce qui se passe en Egypte «dément toute la théorie du recours à la violence», selon une experte. (Photo: Keystone/AP)

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Les soulèvements populaires actuels dans le monde arabe contredisent le credo d'Al-Qaida selon lequel seuls la violence, le jihad et la lutte armée peuvent venir à bout de ce qu'ils considèrent comme des régimes impies, soutenus par l'Occident et oppresseurs de leurs peuples.

Ce qui se passe en Egypte «dément toute la théorie du recours à la violence» assure, depuis la place Tahrir au Caire où elle est venue observer la situation, Maha Azzam, du programme «Moyen-Orient» de centre de réflexion londonien Chatham House.

«Tous les groupes en Egypte, y compris les Frères Musulmans, réclament une transition démocratique du pouvoir. Ils condamnent tous la violence politique. S'ils y parviennent et si la transition est pacifique, si cela aboutit à un système politique incluant tout le monde, cela se fera au détriment des groupes radicaux», affirme-t-elle.

Pour Dominique Thomas, spécialiste de l'islamisme radical à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHHESS), «les groupes jihadistes sont à la croisée des chemins: si les événements font boule de neige, suscitent des vocations démocratiques dans la région et que les peuples parviennent à renverser des dictatures sous la seule pression de la rue, ce sera une réfutation cinglante de leurs thèses».

Un silence embarrassé

«Si c'est par le peuple que les régimes tombent, Al-Qaida et les groupes jihadistes auront du mal à rebondir et à adapter leur discours», ajoute-t-il. «D'ailleurs, face à l'effervescence actuelle, il faut remarquer qu'ils sont étrangement silencieux. Ils sont sans doute embarrassés. Il va falloir que Ben Laden ou mieux l'Egyptien Al-Zawahiri s'expriment rapidement, faute de quoi leur discours perdra toute substance».

Un silence que remarque également Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris et à l'Université Columbia: «Al-Qaïda a été complètement prise de court par la contestation populaire dans le monde arabe».

«Elle est d'ailleurs pratiquement silencieuse sur ce sujet, car incapable de proférer le moindre commentaire d'actualité, tant cette nouvelle donne la dépasse», dit-il.

Personne ne réclame un califat

Il faut remarquer que «les manifestants ne prennent pas des risques physiques incontestables pour demander 'l'Etat islamique' ou l'établissement d'un 'califat', mais pour exiger la démocratie, les élections et la transparence du pouvoir, tous concepts absents de la vision d'Al-Qaïda», ajoute M. Filiu.

Le danger d'une coupure avec les peuples de la région et d'une marginalisation a été senti par un cyber-prédicateur radical, Abou Moundhir al-Shanqiti, qui écrivait le 31 janvier sur un forum jihadiste: «Ce serait une dangereuse erreur pour les jihadistes de s'éloigner des peuples».

«Nous devrions leur pardonner, nous rapprocher d'eux et les supplier de nous écouter, car séparer le mouvement jihadiste du mouvement musulman populaire signerait notre fin», écrivait-il, dans une contribution traduite par l'institut américain de surveillance des sites islamistes SITE.

En revanche, soulignent les trois experts, un échec du mouvement démocratique, une répression aveugle ou des coups d'Etat militaires seraient une aubaine et une validation de leurs thèses pour les partisans de l'islamisme radical.

(ats)