Naufrage en Grèce

13 novembre 2019 14:17; Act: 13.11.2019 15:13 Print

«Asseyez-vous! Ne bougez pas! Restez calmes!»

Une cinquantaine de migrants entassés sur un canot pneumatique, en pleine mer Egée, ont été sauvés par des garde-côtes grecs.

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Parmi les 48 migrants secourus au large de l'île de Samos, figurent des hommes, des femmes et une dizaine d'enfants, dont des nourrissons. (Photo: AFP)

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Des garde-côtes grecs se sont précipités pour sauver la vie de près de 50 migrants, les extirpant de leur canot pneumatique flottant dans la nuit sur la mer Egée au large de l'île de Samos.

La mer est calme et la pleine lune donne une bonne visibilité. Le canot a été repéré par le puissant radar d'un vaisseau des garde-côtes stationné au loin.

A bord du patrouilleur de 18 mètres, l'équipage observe le canot de migrants pendant 90 longues minutes.

A la radio, on entend un message inlassablement répété à l'adresse des garde-côtes turcs. «Réagissez s'il vous plaît», exhortent les Grecs, appelant les Turcs à intercepter la frêle embarcation.

Silence radio côté turc, les Grecs vont intervenir.

Une dizaine d'enfants, dont des nourrissons

Le temps d'atteindre le canot pneumatique, celui-ci est entré dans les eaux territoriales grecques. Une vedette est déjà sur place. Dépêchée par le vaisseau des garde-côtes, elle transporte des hommes armés qui commencent à dispenser leurs instructions aux migrants.

De loin, le canot semble presque vide. Mais plus le patrouilleur s'approche, plus on distingue des clandestins serrés les uns contre les autres.

Parmi les 48 migrants à bord, des hommes, des femmes et une dizaine d'enfants, dont certains nourrissons.

La plupart semblent étourdis par la joie de sortir sains et saufs de cette traversée périlleuse de la mer Egée, où des centaines de migrants ont laissé leur vie ces dernières années.

Ils ne savent pas encore qu'ils vont échouer dans le camp surpeuplé de Samos et sans doute y passer plusieurs mois dans des conditions misérables, en attendant que leur demande d'asile soit instruite. Ils ne savent pas encore que certains d'entre eux risquent d'être renvoyés en Turquie.

Sur le patrouilleur, les quatre membres d'équipage se précipitent pour extirper en vitesse les migrants de leur fragile embarcation.

Le canot ballote sur les vagues «Curieusement, le vent se lève toujours quand nous sommes sur le point de faire un sauvetage», rapporte Evangelos, l'ingénieur de bord, qui fume une dizaine de cigarettes pendant la mission.

Le canot ballote déjà sur les vagues. Si trop de passagers sortent en même temps, il chavirera.

«Sit down! Don't move! Be quiet!» («Asseyez-vous! Ne bougez pas! Restez calmes!»), ordonnent en anglais les membres d'équipage.

Aucun des migrants ne parle bien l'anglais pour expliquer d'où ils viennent, mais la plupart sont apparemment Syriens et Irakiens.

Les plus jeunes sautent pratiquement de joie. Ils ne réalisent pas qu'ils risquent de tomber à l'eau s'ils n'écoutent pas les instructions des garde-côtes.

Beaucoup sont faibles ou ont le mal de mer. Certaines femmes épuisées peuvent à peine tenir debout. Un garçon vomit avant de s'endormir de fatigue sur le pont.

Dans certains cas, «les migrants commencent à prendre des selfies pendant le sauvetage, ou bien ils mangent ou ils boivent», se rappelle Despina, capitaine du patrouilleur, une des rares femmes aux commandes.

6000 personnes dans un camp

Autre difficulté, d'ailleurs, pour venir en aide aux migrants: nombre de femmes musulmanes se sentent mal à l'aise d'être secourues par des hommes inconnus.

«Certaines femmes pourront être en danger de tomber à l'eau mais refuseront quand même qu'on les touche», explique Savvas, un autre membre d'équipage.

Le patrouilleur rentre au port de Samos à faible allure. Après identification, les migrants secourus cette nuit-là rejoindront le camp de Vathy, où 6000 personnes s'entassent déjà pour une capacité de 650.

A Samos, comme sur les autres îles grecques proches de la Turquie, le flux migratoire ne tarit pas. Près de 200 demandeurs d'asile ont été ainsi secourus dans la même nuit de mardi à mercredi en mer Egée.

«A tout moment, les Turcs peuvent nous envoyer un autre millier de personnes en une seule journée», estime Evangelos, avant de réembarquer. Le ballet des patrouilleurs peut reprendre à la recherche d'autres migrants à secourir.

(nxp/afp)