Crise en Haïti

22 janvier 2011 08:51; Act: 22.01.2011 09:12 Print

«Baby Doc» sort de son silence

Jean-Claude Duvalier a exprimé ses regrets aux victimes de son règne et a dit vouloir contribuer à la reconstruction de son pays après le séisme du 12 janvier.

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L'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier est sorti de son silence vendredi, après son retour inopiné dimanche dernier.

Jean-Claude Duvalier a pris la parole devant une centaine de journalistes de la presse internationale. L'air fatigué, l'ex- dictateur de 59 ans n'a plus le visage bonhomme des années où il exerçait sur Haïti son régime de fer. Sa voix est faible, hésitante, il faut tendre l'oreille pour l'écouter.

«Me voici revenu pour vous témoigner ma solidarité en cette période extrêmement difficile de la vie nationale où vous êtes encore des centaines de milliers à vivre à la belle étoile, au milieu des ruines», a-t-il dit en lisant une déclaration posée devant lui.

Comme Martin Luther King

Poursuivant sur un ton monocorde, il a évoqué la crise politique haïtienne dont il espère le «dénouement rapide». Puis il a abordé les années sombres de son régime. «Je saisis aussi cette occasion pour exprimer (...) ma profonde tristesse à l'endroit de mes compatriotes qui se reconnaissent, à juste titre, d'avoir été victimes sous mon gouvernement», a-t-il dit.

Mais il a aussi dénoncé les exactions dont ont été victimes ses partisans après son départ. «Des milliers d'entre eux ont été lâchement assassinés, brûlés, questionnés», a-t-il dit.

Jean-Claude Duvalier a conclu son discours en paraphrasant Martin Luther King, dont l'image est pourtant aux antipodes de celle de l'ancien dictateur.

«Quand vous ferez en sorte que la cloche de la réconciliation nationale puisse résonner dans tous les coeurs (..), nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants d'Haïti (...) puissent marcher la main dans la main sans exclusion et participer ensemble à la renaissance d'Haïti». Jean-Claude Duvalier s'en est allé refusant de répondre aux questions des journalistes.

Contraste frappant

La conférence de presse de M. Duvalier, alias «Baby Doc», était organisée dans une luxueuse résidence située dans le quartier chic de la Montagne noire, sur les hauteurs de Port-au-Prince, où il séjourne depuis jeudi.

La vaste demeure blanche, nichée dans la colline, est un ravissement: vue panoramique sur la capitale haïtienne, jardin exotique luxuriant, piscine: le contraste est frappant avec la misère et la destruction qui prévalent quelques kilomètres plus bas.

Une centaine de ses partisans était rassemblée devant sa maison, scandant, au rythme des tambours, «Duvalier, ce pays est tien, fais- en ce que tu veux».

Crimes contre l'humanité

«Baby Doc» a été inculpé cette semaine par la justice haïtienne pour corruption, vol, détournement de fonds et abus de pouvoir pendant ses années de règne, de 1971 à 1986. Il a été laissé en liberté, mais il lui est interdit de quitter le pays.

Quatre Haïtiens ont également déposé plainte pour crimes contre l'humanité, en raison des sévices dont ont été victimes des milliers d'opposants durant ses 11 années au pouvoir.

«Baby Doc» avait accédé au pouvoir à la mort de son père François Duvalier, alias «Papa Doc», en 1971, devenant à 19 ans le plus jeune chef d'Etat au monde. Proclamé «président à vie», il a dirigé le pays jusqu'à son départ en exil en France en février 1986, à la suite d'un soulèvement populaire.

(ats)