«Gilets jaunes»

17 février 2019 09:24; Act: 17.02.2019 15:09 Print

«Barre-toi, sale sioniste de merde!»

Le philosophe Alain Finkielkraut a subi des insultes à caractères antisémites, samedi à Paris, venant de manifestants «gilets jaunes». La scène a provoqué un torrent de réactions.

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L'académicien Alain Finkielkraut a été injurié et sifflé ce samedi en marge de la manifestation des «gilets jaunes» dans le quartier de Montparnasse à Paris, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Des faits qui ont déclenché une vague d'indignation au sein de la classe politique. «Barre-toi, sale sioniste de merde», «grosse merde sioniste», «nous sommes le peuple», «la France elle est à nous», ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d'apercevoir l'académicien, d'après une vidéo diffusée par Yahoo! Actualités.

«J'ai ressenti une haine absolue, et malheureusement, ce n'est pas la première fois», a réagi Alain Finkielkraut auprès du Journal du dimanche. Sur une seconde vidéo tournée par un journaliste freelance, on peut voir la police s'interposer pour protéger le philosophe. «J'aurais eu peur s'il n'y avait pas eu les forces de l'ordre, heureusement qu'elles étaient là», a-t-il complété.

Tous les «gilets jaunes» ne se sont pas montrés agressifs envers lui, a aussi souligné l'homme de lettres. L'un d'eux lui a même proposé de revêtir un gilet et de rejoindre le cortège, tandis qu'un autre a salué son travail.

«la négation absolue de ce que nous sommes»

Cet incident a déclenché une vague de condamnations et de messages de soutien au philosophe. Beaucoup dénoncent le caractère antisémite de ces injures, jusqu'au chef de l'État.

«Fils d'émigrés polonais devenu académicien français, Alain Finkielkraut n'est pas seulement un homme de lettres éminent mais le symbole de ce que la République permet à chacun», a déclaré Emmanuel Macron sur Twitter. Et d'ajouter que «les injures antisémites dont il a fait l'objet sont la négation absolue de ce que nous sommes et de ce qui fait de nous une grande nation. Nous ne les tolérerons pas».

«Un déferlement de haine à l'état pur que seule l'intervention de la police a interrompu. Assister à une telle scène à Paris, en 2019, est tout simplement INTOLÉRABLE», a annoncé sur Twitter le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

«La bête immonde tapie dans l'anonymat d'une foule. Ceux qui insultent ont le visage découvert. J'espère qu'ils seront identifiés, poursuivis et lourdement condamnés», a renchéri le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

«Vous êtes la France de la haine»

Parmi les responsables de l'opposition, Laurent Wauquiez a dénoncé «d'abjects crétins... Révoltante confirmation de ce qu'Alain Finkielkraut a pointé lui-même : l'antisémitisme se drape dans les habits de l'antiracisme et se nourrit de la chasse aux prétendus islamophobes. Quand ouvrirons-nous les yeux ?»

«L'agression d'Alain Finkielkraut aujourd'hui est un acte détestable et choquant, qui illustre la tentative d'infiltration du mouvement des Gilets Jaunes par l'extrême-gauche antisémite», a estimé pour sa part Marine Le Pen, la dirigeante du RN.

«Non vous n'êtes pas le peuple, vous êtes la 'France' de la haine, celle qui nous fait honte. Ces manifestations doivent cesser!», a lancé le président du Sénat Gérard Larcher à l'attention des personnes qui ont insulté l'académicien.

L'ex-premier ministre Manuel Valls a jugé ces insultes "à vomir".

«Stop»

Ian Brossat, tête de liste PCF aux européennes, a estimé qu'«on peut détester les idées de Finkielkraut, mais que rien ne peut justifier qu'on s'attaque à lui en tant que juif».

«Je combats les idées réactionnaires et radicales d'Alain Finkielkraut. Mais je condamne sans aucune réserve ceux qui l'ont conspué, insulté et traité d'un 'sale sioniste' qui voulait dire 'sale juif'. Et laissez la Palestine en dehors de cette violence antisémite gratuite», a lancé Benoît Hamon, fondateur du parti Génération.s

«Gilets Jaunes je suis avec vous depuis le début. Là stop. Certains franchissent toutes les limites», a réagi Esther Benbassa, sénatrice EELV. «L'antisémitisme, c'est aussi simple, aussi simplement abject que ce "Rentre chez toi à Tel Aviv" visant un écrivain français juif», a lancé le cofondateur du mouvement de gauche Place Publique, Raphaël Glucksmann.

(ats)