Italie

22 mars 2019 19:22; Act: 22.03.2019 19:22 Print

«C'est fou, c'est absurde, c'est inacceptable»

Des politiciens exigent que l'auteur du détournement du bus scolaire incendié soit déchu de sa nationalité italienne.

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La colère montait jeudi en Italie au lendemain du carnage évité de justesse dans un bus scolaire près de Milan, de nombreuses voix réclamant que le chauffeur ayant menacé les enfants soit déchu de la nationalité italienne.

Evoquant les migrants morts en Méditerranée, ce chauffeur d'origine sénégalaise, Ousseynou Sy, a retenu une cinquantaine de collégiens pendant une heure et a aspergé le bus d'essence, avant d'y mettre le feu juste au moment où les carabiniers parvenaient à faire sortir les enfants.

«C'est fou, c'est absurde, c'est inacceptable. Quelqu'un devra payer et cher pour ça», a déclaré jeudi à l'AFP Filippo Razzini, père d'une élève de ce collège de Crema, près de Milan. Le chauffeur a été inculpé pour «prise d'otages, massacre et incendie» avec la circonstance aggravante de «terrorisme».

Conformément au décret-loi «immigration et sécurité» adopté à l'automne sous l'impulsion du ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), il pourrait être déchu de sa nationalité italienne en cas de condamnation pour ce dernier chef.

«Nous ferons notre possible pour que ce type infâme soit déchu de la nationalité italienne», a martelé M. Salvini, en campagne toute la journée avant des élections régionales dimanche en Basilicate (sud).

«Je pense que c'est un devoir de retirer immédiatement la citoyenneté à ce criminel», a renchéri son partenaire gouvernemental Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

Jeunes héros... étrangers

A gauche cependant, le nouveau secrétaire général du Parti démocrate, Nicola Zingaretti, a fustigé ce discours, relevant qu'il s'agissait de la première attaque «terroriste» depuis des années en Italie.

«Salvini chevauche les problèmes mais ne les résoud pas», a-t-il insisté, accusant le ministre d'attiser les tensions autour de l'immigration, un thème est ultra-sensible dans ce pays qui a vu débarquer plus de 700'000 migrants sur ses côtes depuis 2013, même si nombre d'entre eux ont depuis quitté l'Italie.

Parallèlement, les appels se sont multipliés pour réclamer la naturalisation immédiate de Ramy, Egyptien de 14 ans, et Adam, Marocain de 13 ans, les deux jeunes otages qui ont réussi à prévenir les secours. Tous deux sont nés en Italie, mais le droit du sol n'existe pas dans la péninsule.

Au-delà de la question migratoire, nombre d'Italiens se demandaient comment Ousseynou Sy, 47 ans, considéré comme un chauffeur sans histoires par la société qui l'employait depuis 2004, a pu rester au volant d'un bus scolaire malgré une succession de problèmes judiciaires.

«Harcèlement sexuel»

«C'est un épisode qui nous pousse à nous interroger sur les exigences minimales que l'on doit avoir envers un chauffeur», a déclaré depuis Bruxelles le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, en réclamant plus de contrôles et en promettant d'aller rapidement rencontrer les enfants.

Certes, le casier judiciaire de M. Sy était vierge lors de son embauche en 2004. Et il n'était pas tenu par la loi de signaler les éléments qui s'y sont ajoutés.

En 2007, il a vu son permis de conduire suspendu pour six mois pour conduite en état d'ivresse. Et en 2018, il a été condamné en première instance à un an de prison avec sursis en 2018 pour un «harcèlement sexuel» sur mineure à bord de son bus qu'il a toujours démenti.

Il avait été naturalisé en 2004 à la suite de son mariage avec une femme de cette région du nord de l'Italie avec laquelle il a eu deux fils, aujourd'hui adolescents, et dont il s'est séparé.

«J'ai risqué la mort»

C'est «un homme tranquille mais très seul», a raconté sa voisine au quotidien La Stampa. «La séparation est à l'origine de tous les problèmes d'Ousseynou», ont affirmé ses collègues chauffeurs.

Tiziana Magarini, la surveillante de 53 ans qui accompagnait les enfants dans le bus avec deux autres adultes, le connaissait aussi et le considérait comme «très bien élevé». Mais mercredi matin, à peine montés à bord pour retourner au collège après une sortie au gymnase, les enfants se sont retrouvés piégés.

«Il a barricadé toutes les portes de sortie avec des chaînes. Il m'a montré un couteau et m'a dit d'attacher tous les enfants», a raconté Mme Magarini jeudi, décrivant la panique des enfants mais aussi l'agitation du chauffeur.

«Il parlait beaucoup de l'aéroport de Linate. Mais il ne disait pas ce qu'il voulait faire. Il disait je ne veux pas vous faire de mal et puis il menaçait», a-t-elle expliqué.

Bloqué sur l'autoroute après l'intervention des carabiniers, il a été maîtrisé juste après avoir incendié son bus, mais les forces de l'ordre sont parvenues à faire sortir tous les enfants à temps. Mme Magarini a été la dernière tirée dehors par un carabinier, le bus déjà en flammes. «J'ai risqué la mort, à une seconde près», a-t-elle raconté.

(afp)