Crashs du 737 MAX

23 avril 2019 17:09; Act: 23.04.2019 17:09 Print

«C'est un moment charnière pour Boeing»

Plongé dans une crise sans précédent, l'avionneur américain a l'opportunité cette semaine de rassurer sur la qualité et la fiabilité de ses avions.

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Boeing doit publier ses résultats du premier trimestre ce mercredi et tient son assemblée générale cinq jours plus tard à Chicago. L'avionneur américain devrait annoncer la date de soumission au régulateur aérien américain (FAA), pour certification, du correctif du 737 MAX tant attendu, dans l'espoir de voir lever l'interdiction de vol frappant depuis mi-mars cet avion après deux drames rapprochés ayant fait au total 346 morts, indique à l'AFP une source industrielle.

Le PDG Dennis Muilenburg pourrait faire cette annonce lors de la conférence téléphonique avec les analystes financiers mercredi, a dit cette source sous couvert d'anonymat. Ce sera la première fois que le grand patron répondra aux questions depuis le crash le 10 mars près d'Addis Abeba d'un 737 MAX 8 d'Ethiopian Airlines (157 morts).

Le système anti-décrochage de l'avion, le MCAS, a été mis en cause dans cet accident, comme dans celui le 29 octobre d'un 737 MAX 8 de Lion Air (189 morts). Contacté par l'AFP, Boeing répète qu'il soumettra les modifications dans les «prochaines semaines».

Questions en suspens

Outre l'immobilisation au sol de la flotte de 737 MAX -- plus de deux tiers du carnet de commandes de Boeing -- les livraisons ont été suspendues et la production a été réduite de 20%. Les compagnies aériennes américaines ont, elles, annulé des vols prévus jusqu'en août.

«Dans un marché dominé par le duopole Airbus-Boeing, Boeing va résister à la tempête provoquée par le 737 MAX», estime Stephen Foreman. Pour cet expert d'Oxford Economics, l'A320 Neo, l'avion rival, a un carnet de commandes de près de 6.000 unités, ce qui nécessite plusieurs années de production. Et toute augmentation de production serait mal vécue par les sous-traitants, argue-t-il.

Les résultats financiers seront ainsi relégués en arrière-plan, les marchés se focalisant sur les déclarations portant sur l'avenir du 737 MAX. Ils auront à coeur d'avoir des réponses aux questions suivantes: quand Boeing espère-t-il voir le 737 MAX voler à nouveau? Comment compte-t-il indemniser les compagnies aériennes affectées? A-t-il reçu des annulations de commandes? Où en sont l'enquête du ministère américain de la Justice et l'audit du ministère des Transports sur la certification? Quel sera l'impact financier pour les prochains mois?

La réputation de Boeing est en jeu, d'autant que le New York Times affirme que l'avionneur a par ailleurs privilégié le marketing et les bénéfices sur la qualité et la sécurité dans la production du 787 Dreamliner. Des débris ont été retrouvés dans les 787 livrés aux compagnies aériennes, rapporte le journal, des affirmations jugées «inexactes» par Boeing. «La qualité est le socle de ce que nous sommes», défend Brad Zaback, le responsable du programme 787.

Pression des actionnaires

Il n'est pas certain que cette réponse satisfasse les actionnaires car, outre le 787, des débris ont également été trouvés dans l'avion ravitailleur KC-46, contraignant le Pentagone à en refuser une livraison.

«Tout ceci soulève la question de savoir s'il n'y a pas une dégradation de la qualité et un problème systémique chez Boeing», s'interroge Scott Hamilton, expert chez Leeham. Des actionnaires demandent à Boeing de révéler ses actions de lobbying, de retenir des stock-options des dirigeants et de nommer un président du conseil d'administration indépendant, dissociant ainsi de facto les fonctions de président et de directeur général.

«Il est difficile de ne pas reconnaître les défis graves auxquels l'entreprise est confrontée pour regagner la confiance des régulateurs, des compagnies aériennes, des pilotes et des passagers à travers le monde», a déjà prévenu le cabinet de conseils ISS, qui soutient les requêtes des actionnaires.

«Mépris» dénoncé

«C'est un moment charnière aussi bien pour Boeing que pour les actionnaires», enchérit Robert Wotypka, de l'ordre des frères capucins de Détroit (nord), actionnaire de l'avionneur.
Boeing doit en outre répondre à la révolte des «petites» compagnies, dont Lion Air, qui dénoncent le «mépris» de l'entreprise américaine.

«Nous sommes fiers d'avoir soutenu Lion Air dans ses débuts et tout au long de son incroyable croissance lors des dernières années», a répondu par courriel à l'AFP Dennis Muilenburg, refusant de polémiquer. Scott Hamilton estime que Boeing doit être transparent et lancer une vaste campagne de pub, selon lui «nécessaire pour rassurer les passagers».

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Make America Great Again le 23.04.2019 17:29 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Born in the US

    Quand on sait que la certification de la FAA est déléguée à des employés de Boeing ça laisse songeur, le conflit d intérêt est énorme. En gros boeing se certifie lui même, et non... ce ne sont pas des conneries.

  • Andreas california le 23.04.2019 17:28 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Monsieur

    Le centrage et l'aérodynamique du Max 8 n'est pas conforme aux normes.Le fuselage et beaucoup d'éléments sont vétustes.Une Jeep avec un moteur bi-turbo.Je ne prendrai jamais place dans Max 8.

  • Duvent le 23.04.2019 17:19 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pas peur pour Boeing !

    Jusqu'au 737 MAX 8 on peut dire que Boeing avait des avions très fiables.

Les derniers commentaires

  • Hotair Delesse le 24.04.2019 12:27 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Garde les moteurs et jette le reste.

    Boeing voulait tuer le " single aisle market" en squattant les nouveaux moteurs avec l'aide de Trump et du discounting de malade, très content de voir les planeurs s'accumuler à Toulouse et pour le coup, c'est raté,,, la casserole ne vole pas, Max 8 veut dire maximum 8 minutes de vol.... même les Russes et Chinois ont compris qu'il fallait un avion moderne contre l'A320 Neo, des softwares et du marketing de naze de ceux qui payent leur diplômes n'y changeront rien, c'est cuit.

  • Philippe le 24.04.2019 09:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le 737 MAX est mort

    Quand les ingénieurs de Boeing ont constaté que le 737 MAX, dont les ailes avaient été modifiées et les moteurs alourdis, souffrait d'une anomalie aérodynamique causant un risque de décrochage, pressés par le temps, ils n'ont pas revu la conception de l'aéronef mais créé par l'informatique le système MCAS sensé y parer, avec les conséquences que l'on connaît. Quelque correction pourra être apportée à son informatique embarquée, il ne deviendra jamais un bon avion. Dans son concept actuel, le 737 MAX est mort.

  • @tod le 23.04.2019 22:01 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    I'm not going...

    Dans l'aéronautique, comme partout ailleurs, tout est question d'une pesée d'intérêts entre coût et risque. Le trop fameux "risk managment". Ainsi Boeing sort un nouveau système de protection de vol et n'entraîne pas les pilotes comme il se doit avec une séance de simulateur ad hoc (coût). Résultat: 2 crashs parfaitement évitables en quelques mois (risque). Catastrophique pour les familles concernées. Mais Boeing s'en sortira très bien car il est au USA ce qu'est Airbus pour la France: un mastodonte financier et donc parfaitement intouchable. Cynique mais tellement vrai...

    • Pierre le 24.04.2019 08:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @@tod

      Si Boeing est effectivement une pure entreprise américaine, Airbus, lui, est un consortium européen (France-Allemagne-GB-Espagne). La France est un des membres fondateurs (né de la reprise de Sud-Aviation qui produisait la Caravelle dans les années '60). Si la France a effectivement un rôle « premier », c'est dans l'assemblage final des avions à Toulouse. Bien qu'aujourd'hui d'autres chaînes existent aux USA et en Chine.

    • Theskytrotter le 24.04.2019 18:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Pierre

      Avec le Brexit pas sûr que GB en fasse encore partie longtemps avec les taxes douanières qui vont revenir cela coûterait plus cher ! ;o)

  • Go Europe le 23.04.2019 21:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Achetons européens

    Vw a pris bien plus cher pour les Moteurs truqués et la rien?

    • David P le 24.04.2019 07:26 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Go Europe

      Ben si ils le paient au quotidien indirectement. Les avions sont cloués au sol, donc soit les compagnies ne peuvent utiliser ceux déjà livrés soit ils subissent des retards de livraison et à l'approche des vacances d'été le potentiel de bombes à retardement est énorme. Imaginez que les compagnies aériennes aient compté sur ces appareils pour la planification des vols en juillet et août, avec des réservations déjà placées par les clients.

  • chi chun kong le 23.04.2019 20:12 Report dénoncer ce commentaire

    mase in china

    usa is dead