Coronavirus en Italie

26 février 2020 20:57; Act: 26.02.2020 20:57 Print

«C'était mon père, pas seulement un numéro»

Adriano Trevisan fait partie des personnes ayant succombé au coronavirus en Italie. Sa fille, elle aussi infectée, livre un témoignage poignant.

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Il est la première victime du coronavirus en Italie. Adriano Trevisan s'est éteint vendredi dernier à l'hôpital de Schiavonia, dans la province de Padoue (nord-est). Il avait 77 ans. Placées en quarantaine à leur domicile pendant 14 jours, son épouse et sa fille pleurent le décès d'un homme «heureux, indépendant, passionné de musique classique». «Adriano Trevisan n'est pas un numéro. Il n'est pas un nom et un prénom dans le journal. C'est mon papa. J'aimerais qu'on se souvienne de comment il a vécu, et non pas de comment il est mort», confie Linda à «La Repubblica».

L'Italienne et sa mère ont toutes deux été testées positives au coronavirus. Depuis chez elle, la fille d'Adriano s'efforce d'accomplir les pénibles tâches administratives suivant le décès de son père. «Ce matin, ils m'ont demandé d'envoyer ses papiers d'identité. Je suis allée chercher dans son porte-monnaie et j'ai réalisé que mon papa n'était plus là», raconte Linda, qui en veut au monde entier. L'Italienne reproche surtout à la presse d'avoir réduit Adriano à un nom de plus sur une triste liste. «La victime numéro un du coronavirus. Puis, il y a en a eu deux, trois, quatre... puis ils ont dit qu'après tout, il était vieux», s'indigne-t-elle.

«Il prétendait qu'il s'agissait d'une banale grippe»

Linda est également déçue par le comportement de son médecin de famille. «C'est vrai, il était cardiaque et affaibli. Mais mon véritable regret, c'est que notre médecin généraliste a refusé de venir jusque chez nous quand mon père a commencé à se sentir mal. Il prétendait qu'il s'agissait d'une banale grippe», déplore l'Italienne, ancienne syndique de la commune de Vò. C'est le jeudi 13 février qu'Adriano a commencé à avoir de la fièvre et des problèmes respiratoires. Le médecin généraliste ne s'étant pas déplacé, la fille et la femme du septuagénaire l'ont emmené à l'hôpital de Schiavonia.

Vendredi dernier, la famille d'Adriano a appris qu'il souffrait du coronavirus. «J'ai tout lâché, je me suis rendue à Schiavonia et j'ai trouvé le département des urgences surchargé. Il est mort le soir-même», raconte Linda, qui rend hommage au travail acharné du personnel médical. «Ils ont été des anges. Quand mon papa a fait sa crise cardiaque, ils ont tenté de le réanimer pendant 40 minutes», explique-t-elle. En ce temps de deuil, Linda et sa maman ne cèdent pas face au virus. «Je n'ai ni fièvre, ni toux. Je reste avec ma mère, nous avons nos petits rites pour passer le temps, comme le thé de 16h», confie-t-elle.


(joc)