Soudan

10 avril 2019 16:11; Act: 10.04.2019 16:11 Print

«Cette image figurera dans les livres d'histoire»

Une photo montrant une Soudanaise haranguer les manifestants est devenue virale. Beaucoup d'internautes y voient le symbole du rôle des femmes dans le mouvement contestataire.

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Debout sur le toit d'une voiture, l'index levé vers le ciel, elle chante et danse la détresse de son pays. Autour d'elle, une foule majoritairement composée de femmes l'écoute avec ferveur, et plusieurs téléphones portables immortalisent ce grand moment. Cette image a été prise lundi soir à Khartoum par la photographe Lana Haroun, lors d'une manifestation visant à obtenir la démission du président Omar el-Béchir. Largement partagé sur les réseaux sociaux, ce cliché est devenu un symbole du rôle prépondérant des femmes dans ce mouvement contestataire. Certains internautes ont d'ailleurs estimé que cette photo «figurera dans les livres d'histoire».





La jeune femme haranguant les manifestants s'appelle Alaa Salah, 22 ans. Selon BuzzFeed, elle est étudiante en ingénierie et architecture à l'Université internationale du Soudan, à Khartoum. Hind Makki, éducatrice interreligieuse et blogueuse, a relevé sur Twitter que les vêtements portés ce jour-là par la Soudanaise accentuaient davantage la force symbolique de ces images. Selon la spécialiste, l'habit blanc et les boucles d'oreille dorées en forme de lune rendaient hommage aux femmes qui travaillent. Sa robe rappelait d'ailleurs les vêtements que portaient les Soudanaises de générations précédentes, qui elles aussi, ont lutté pour leurs droits.


Ahmed Awad, un ami et camarade de classe d'Alaa, a posté sur Twitter des vidéos de la jeune femme encore en train de chanter, tard dans la nuit. Avant la manifestation, l'étudiante lui avait confié vouloir manifester «pour renverser le régime, parce que la situation est insupportable pour le peuple soudanais». Interrogé par le média américain, Ahmed s'est dit très fier de sa camarade: «Ma meilleure amie est forte», a-t-il confié.

Des soldats se mêlent à la foule

Le président soudanais est confronté à une pression populaire de plus en plus forte pour obtenir son départ. Depuis samedi, des milliers de Soudanais campent devant le quartier général de l'armée à Khartoum pour appeler les militaires à rejoindre leur mouvement, qui exige depuis quatre mois le départ de M. Béchir. Cette mobilisation est considérée comme le plus grand défi auquel est confronté le président, au pouvoir depuis trois décennies après un coup d'Etat en 1989. A 75 ans, Béchir, l'un des plus anciens dirigeants d'Afrique, refuse de démissionner.

Si l'armée soudanaise a pris soin de ne pas intervenir depuis le début de cette crise, des soldats se sont mêlés mardi à la foule réunie devant le QG des militaires, dansant et chantant. Certains soldats ont été portés par les manifestants, tandis que d'autres ont tiré en l'air lorsque le puissant service de renseignements NISS a tenté de disperser les contestataires. «Il s'agit là d'un soutien évident (de l'armée), qui est perçu comme une cooptation du mouvement de contestation», estime Magdi al-Gizouli, analyste du Rift Valley Institute, un groupe de réflexion qui se concentre sur l'Afrique de l'Est et centrale.

(joc/afp)