Charpente de Notre-Dame

16 avril 2019 21:42; Act: 16.04.2019 21:47 Print

«Comme si la Joconde était partie en fumée»

Ravagée par un incendie, la charpente de Notre-Dame de Paris était une structure «de légende» dont la complexité continue de fasciner aujourd'hui. Témoignage d'un maître charpentier suisse.

Sur ce sujet
Une faute?

Ravagée par un incendie, la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris, était une structure «de légende» dont la complexité a «stupéfié le Moyen-Age» et continuait de fasciner les artisans d'aujourd'hui, explique à l'AFP Thomas Büchi, maître charpentier suisse et président du groupe Charpente Concept.

Que représentait la charpente de Notre-Dame pour un maître charpentier comme vous?

Thomas Büchi: C'est peut-être un des plus grands chefs-d'œuvre des compagnons charpentiers du devoir. Pour un peintre, c'est un peu comme si la Joconde était partie en fumée. C'est cette fabuleuse charpente - que j'ai eu la chance de visiter dans les années 80 - qui a déclenché mon amour du bois et la passion que j'ai pour mon métier. Cette charpente c'est un mythe, c'est une légende pour plusieurs raisons. Elle était tellement complexe qu'elle a stupéfié tout le Moyen Age. D'abord, il a fallu 50 ans pour préparer le bois. On commence à couper les arbres - environ 1 500 - autour de l'an 1200.

On les coupe et on les couche pendant un an, la tête tournée vers le Nord pour qu'ils soient alignés avec les énergies de la terre. Puis on va les écorcer et les immerger dans un marécage pendant 25 ans. Cela préserve le bois des champignons et des insectes. En 1225, on va les ressortir de l'eau, puis scier les troncs en poutres et les laisser sécher pendant 25 ans.

Au vu de la durée de vie moyenne de l'époque, cela veut dire que ceux qui ont coupé les arbres n'ont pour la plupart jamais vu la charpente.

La flèche qui s'est effondrée lundi soir était plus récente. Qui l'a édifiée?

La Révolution française a laissé la cathédrale en ruine. Sous le patronage de Prosper Mérimée (à l'époque inspecteur des monuments historiques, NDLR), on décide de refaire la flèche au milieu du XIXe siècle. Aux côtés de l'architecte, Eugène Viollet-Le-Duc, il y a avait un personnage crucial qu'on a un peu oublié, Henri Georges, un compagnon charpentier du devoir. Il maîtrisait comme personne l'art de la géométrie opérative. Il avait un très beau nom de compagnon, «Angevin, l'Enfant du Génie». Hier, quand j'ai vu la flèche brûler et tomber, c'est à lui que j'ai pensé.

Quels seront les défis posés par la reconstruction?

On ne sait pas très bien où on en est, à quel point la pierre a souffert. Mais tout est debout, c'est miraculeux. Pour la charpente, soit on essaie de reconstruire à l'identique, soit on fait quelque chose de complètement différent. Il faudra décider. Mais ça va fédérer les métiers du bois de reconstruire ce chef d'œuvre. Je crois qu'il va y avoir une grande mobilisation.

De mon côté, je vais vraiment militer pour qu'on refasse une charpente en bois. Il ne faut pas faire comme pour la cathédrale de Chartres dont la charpente a brûlé au XIXe siècle et qu'on a remplacée par une charpente métallique.

En France, on a largement les chênes en suffisance. Le bois ne sera pas un problème. Au contraire, on pourra utiliser des arbres anciens et laisser plus d'espace aux plus jeunes pour pousser. Dans la forêt du Tronçais, la futaie Colbert comprend des chênes plusieurs fois centenaires.

On ne pourra jamais préparer le bois comme il a été préparé en 1200. Mais la technologie d'aujourd'hui permet d'aller plus vite. On peut imaginer commencer à recevoir les poutres d'ici deux ans, et parvenir à édifier une charpente dans les cinq prochaines années.

(afp)

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • JLP le 17.04.2019 01:18 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Merci

    Bravo Et merci au charpentier suisse pour ces enseignements techniques et historiques, c'est passionnant ! L'art et le talent n'ont pas de frontières pour une fois, c'est agréable !

  • Alan le 16.04.2019 23:59 Report dénoncer ce commentaire

    Contraste

    Le contraste est saisissant entre d'un côté des générations de compagnons et d'artisans oeuvrant à un immense monument dans l'anonymat le plus complet, et de l'autre des "artistes" contemporains signant 3 bouts de nappes qu'ils encadrent et appellent ça une "oeuvre d'art". Certains diront qu'il n'y a point d'océan sans bulles mais le XXIème écume dense ^^

  • Old§Archibald le 16.04.2019 22:06 Report dénoncer ce commentaire

    On tire au mince aujourd'hui

    Le problème (ce genre d'événement désastreux se produira certainement aussi en Suisse) est que les entreprises, malgré des cahiers des charges précis, se battent sur les prix et tirent au mince tout ce qu'elle peuvent tirer au détriment des détails et on aura de plus en plus de problèmes avec les marchés publics. On ne cherche plus les entreprises selon leurs compétences, leur expérience, leur réputation dans leur branche, çà doit être le moins cher possible avec le risque d'être aussi le plus casse-gueule possible

Les derniers commentaires

  • Theo le 17.04.2019 19:15 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    vieux cannassons et pouliches

    les femmes au gouvernement politique industrie italiennes sont des canon les francaies de vieux balais n'a rien a faire avec Notre Dame mais c'est saisissant

  • un coin de propre le 17.04.2019 19:00 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    il y a pire

    les voisins ont plus de vue,...c est pas plus mal comme ça..mdr

  • Multipass le 17.04.2019 18:55 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La courte échelle

    Faudrait peut être équiper les pompiers d'échelles un peu plus hautes, ça fait juste rigoler de les voir arroser n'importe où vu qu'ils ne pouvait rien y voir étant au moins 10 mètres plus bas que le bas du toit. Le plus simple c'était de laisser tout cramer vu le nombre de pigeons qui vont tout payer.

  • D. Goûté le 17.04.2019 18:42 Report dénoncer ce commentaire

    Polémique quadruplement ridicule

    Ceux qui s'offusquent des sommes récoltées pour restaurer ND de Paris oublient malheureusement QUATRE choses importantes: 1) Personne ne sait ce que les gens (riches ou pauvres) qui ont fait un don pour ND donnent pour d'autres causes; c'est peut-être bien plus! 2) Un milliard pour ND ça fait environ 12 euros par Français: il en faudrait plus pour changer la face du monde; 3) ND est un des monuments les plus célèbres DU MONDE et à ce titre suscite une émotion et un enthousiasme dont d'autres ne profiteraient pas; 4) l'argent sera bien géré et ne finira pas dans des poches douteuses.

  • Gerard le 17.04.2019 17:51 Report dénoncer ce commentaire

    Il pleut du pognon

    hein?? A oui c'est tout bon pour le toit de notre Dame, 800 milliions d'euros en moins de 12h.. Elle est belle l'humanité. Ca me fait gerber une telle indécence, tout comme pour les joueurs de foot et autres. Bon les vieux, bonnes conserves pour ce soir. a+