Bolivie

21 septembre 2019 21:47; Act: 21.09.2019 22:03 Print

«Tu es une femme de ménage!»

Les femmes indigènes continuent d'être méprisées par une partie de la société bolivienne. Les tensions se cristallisent dans le port de la jupe traditionnelle amérindienne.

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Lorsque la mère de famille indigène Glenda Yanez se rend à l'école avec ses enfants, un établissement de l'élite bolivienne, elle ne porte pas la jupe traditionnelle amérindienne. Craignant les conséquences que sa tenue pourrait avoir, la jeune femme préfère y aller «habillée», un euphémisme pour dire qu'elle arbore des vêtements à l'occidentale. «Les mères de famille qui me parlaient ne me parlent plus», raconte-t-elle, supposant que ces dernières ont su qu'elle revêtait quotidiennement la «pollera», une lourde et ample jupe confectionnée avec parfois jusqu'à six mètres de tissu.

«Ça me répugne que tu sois ici»

Bien que les Amérindiens représentent la moitié de la population du pays, une partie de la société bolivienne continue de mépriser les «cholas», terme familier qui désigne les femmes indigènes.

«Ça me répugne que tu sois ici», lui a-t-on lancé à plus d'une occasion lorsqu'elle portait la jupe, la couverture et le chapeau traditionnels. «C'est une confrontation politique», explique Glenda à l'AFP.

S’intégrer ou revendiquer sa différence, l’équilibre n’est pas toujours facile à trouver. Mariée à un haut fonctionnaire indigène, cette créatrice de mode appartient à une nouvelle bourgeoisie qui revendique la jupe traditionnelle, un «symbole de rébellion et de revendication pour les jeunes», dans une société en pleine transformation. Le pays a connu une prospérité économique inédite sous le gouvernement du président socialiste Evo Morales, le premier Amérindien à accéder à la fonction suprême en Bolivie, qui brigue le 20 octobre un quatrième mandat.

La «pollera» est un thème de discussion récurrent chez Glenda, surtout depuis que sa fille de neuf ans a décidé de la porter pour aller à l'école, provoquant un petit séisme parmi ses camarades. «Femme de ménage, tu es une femme de ménage!», lui a lancé l'un d'entre eux.

Jupes autrefois interdites

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales en 2006, les jupes traditionnelles sont de plus en plus visibles dans les espaces publics et les milieux professionnels, où elles étaient autrefois interdites.

La Constitution bolivienne de 2009 reconnaît l'existence de 36 langues indigènes officielles et une loi approuvée en 2010 sanctionne le racisme et la discrimination. Avant cette date, une femme pouvait être expulsée d'un lieu public par le simple fait de porter la jupe amérindienne.

«La jupe est un symbole qui permet d'assumer sa différence, malgré la discrimination qu'elle peut susciter. Et c'est la femme qui tient ce rôle, car les hommes - les cholos - n'ont pas d'habits typiques», explique à l'AFP la sociologue Ximena Soruco.

Depuis la fin du XIXe siècle, la «chola», personnage populaire de la littérature bolivienne, est considérée comme un groupe social à part: une femme qui travaille hors de chez elle et fait figure de pilier de la famille.

A quelques semaines du scrutin présidentiel, pour lequel Evo Morales est candidat, le port de la tenue traditionnelle fait l'objet de débats.


(lhu/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Hugo Guérin le 21.09.2019 22:56 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Beauté

    Qu'elle est belle dans son vêtement traditionnel.

  • Oui Oui le 21.09.2019 22:38 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Oui

    Cet article reflète bien La réalité en Bolivie. j confirme j ai été choqué en constatant le mépris pour les indigène en bolivie on peut dire que c était du racisme.

  • Shyra le 21.09.2019 23:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est aussi cela la Liberté

    Bravo, je trouve courageux que des femmes trouvent le courage d'affirmer (si cela n'est pas imposer) leurs racines et de laisser leurs enfants choisir. C'est coloré, c'est beau.

Les derniers commentaires

  • Paranga le 23.09.2019 07:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mme

    Toujours mieux qu aux US; au moins là ils sont encore 50 0/0 de la population. Aux US vous en croisez beaucoup des Amérindiens ?

  • Sylvia le 22.09.2019 23:34 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Bolivie en couleurs

    Il n'y a jamais eu de discrimination sur la « pollera » bien avant Evo Morales. C'est le symbole de la femme indigène qui est fière de le porter. Arrêtons cette ignorance. Les blancs aiment tout autant ce qui fait partie de leur patrie. Tout le monde aime les cholitas et leur pollerad collorées confectionnées par elles-mêmes.

  • jo le 22.09.2019 08:31 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    respect

    respect pour les femmes de menage... je pense et ca se vois que le respect il ya plus..

  • Et non le 22.09.2019 04:15 Report dénoncer ce commentaire

    Et oui

    Chez nous aussi on ne porte pas d'habits traditionnels sauf à la FEVI. Donc pareil chez elles. Ils n'y a donc pas de problème.

  • Shyra le 21.09.2019 23:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C'est aussi cela la Liberté

    Bravo, je trouve courageux que des femmes trouvent le courage d'affirmer (si cela n'est pas imposer) leurs racines et de laisser leurs enfants choisir. C'est coloré, c'est beau.