Affaire Ramadan

16 février 2018 20:21; Act: 16.02.2018 20:31 Print

Une accusatrice se plaint d'«un lavage de cerveau»

Les procès-verbaux des auditions des deux accusatrices de l'islamologue suisse ont fuité dans la presse.

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Le 15/11/18, la Cour d'appel de Paris accepte de remettre en liberté Tariq Ramadan qui déposera son passeport suisse, donnera quelque 340'000 francs de caution et se soumettra à un contrôle judiciaire hebdomadaire. Entre autres, il ne pourra approcher les deux plaignantes. (jeudi 15 novembre 2018). Tariq Ramadan a effectué une quatrième demande de remise en liberté, qui a été refusée. (Jeudi 8 novembre 2018) La troisième demande de remise en liberté de Tariq Ramadan a été rejetée en raison de nouveaux éléments. (Mercredi 26 septembre 2018) Tariq Ramadan a été confronté durant 10 heures à l'une de ses accusatrices françaises, une quadragénaire convertie à l'islam du nom de Christelle. (Mardi 18 septembre 2018) A Genève, le Ministère public a ouvert, début septembre, une instruction contre de l'islamologue Tariq Ramadan pour viol et contrainte sexuelle. Il fait suite au dépôt d'une plainte d'une Suissesse le 13 avril dernier. (Dimanche 16 septembre 2018) Tariq Ramadan est arrivé au tribunal de Paris pour son premier interrogatoire depuis son incarcération pour viols en février. (Mardi 5 juin 2018) Tariq Ramadan sera entendu par les juges d'instruction. Sa fille Maryam a réitéré sa confiance en lui. (Mardi 5 juin 2018) Mardi, les avocats de Tariq Ramadan ont décidé de demander une nouvelle mise en liberté, selon une information de RTL. (Jeudi 26 avril 2018) L'intellectuel musulman Tariq Ramadan a passé en 2015 un accord avec une Belge d'origine marocaine pour qu'elle cesse ses révélations, en échange de 27'000 euros. (Mercredi 4 avril 2018) Dans l'impossibilité juridique d'ouvrir une enquête administrative sur Tariq Ramadan, la conseillère d'Etat genevoise Anne Emery-Torracinta veut lancer une enquête externe. L'objectif est de faire la lumière sur ce qui s'est passé autour de l'ex-enseignant et au collège de Saussure. (14 mars 2018) A la demande du DIP, dirigée par Anne Emery-Torracinta, le Conseil d'Etat genevois ouvre une analyse indépendante pour faire la lumière sur ce qui s'est passé autour de l'ex-enseignant Tariq Ramadan. (Mercredi 21 mars 2018) L'avocat de Tariq Ramadan a saisi jeudi le Parquet de Paris pour qu'il «rectifie» les «fausses informations» circulant selon lui sur son client, en particulier dans la presse. (Jeudi 15 mars 2018) Une quatrième plainte aux Etats-Unis accable Tariq Ramadan. (8 mars 2018) Une troisième femme a porté plainte pour viols contre Tariq Ramadan. (Mercredi 7 mars 2018) Une nouvelle expertise médicale a été demandée par le juge d'instruction pour vérifier la compatibilité de son état de santé avec sa détention. (Mercredi 28 février 2018) Un mouvement de solidarité en faveur de Tariq Ramadan s'est développé. Des voix s'élèvent estimant que la présomption d'innocence de l'intellectuel suisse est bafouée et son état de santé ignoré. (24 février 2018) L'avocat de Tariq Ramadan Yassine Bouzrou (au centre), arrive au tribunal. Il a déposé un pourvoi en cassation contre la décision de la chambre de l'instruction Tariq Ramadan, inculpé pour viols, reste en prison. La cour d'appel de Paris a rejeté son recours contre sa détention provisoire. (Jeudi 22 février 2018) Tariq Ramadan, qui devait être entendu jeudi par la justice, a refusé d'être extrait de sa cellule. On ignore les motifs de son refus. (Jeudi 22 février 2018) L'état de santé de Tariq Ramadan est compatible avec son maintien en détention, selon les conclusions de l'expertise médicale ordonnée par la justice. (Lundi 19 février 2018) Accusée de collusion avec les deux plaignantes par les avocats de Tariq Ramadan, l'essayiste Caroline Fourest va porter plainte contre l'islamologue genevois pour dénonciation calomnieuse. (Dimanche 18 février 2018) Tariq Ramadan a quitté la prison de Fleury-Mérogis vendredi soir pour être hospitalisé. «Son état de santé s'aggrave», a indiqué une personne de son entourage. (Samedi 17 février 2018) Les deux femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols ont décrit des scènes d'une très grande violence au cours d'investigations qui ont aussi révélé des connexions entre les plaignantes et des opposants au théologien musulman suisse, alimentant des soupçons de collusion pointés par la défense. (Vendredi 16 février 2018) Le théologien musulman suisse Tariq Ramadan a fait appel de sa détention provisoire. Son recours sera examiné jeudi par la cour d'appel de Paris. (9 février 2018) L'islamologue genevois Tariq Ramadan, inculpé de viols, est maintenu en détention. (6 février 2018) Tariq Ramadan a été inculpé vendredi pour viols et incarcéré à Paris au terme de deux jours de garde à vue. (2 février 2018) Tariq Ramadan a été déféré au parquet de Paris dans la nuit de jeudi à vendredi en vue d'une mise en examen. (2 février 2018) L'islamologue suisse Tariq Ramadan a vu sa garde à vue prolongée à Paris. Il est interrogé par les enquêteurs de la police judiciaire parisienne. (Jeudi 1er février 2018) Le petit-fils du fondateur des Frères musulmans, Hassan el-Banna, est visé par deux plaintes pour viol en France. Les faits remontent à 2009 et en 2012. (Jeudi 1er février 2018) Une des accusatrices est Henda Ayari, qui a raconté sur Facebook l'agression dont elle a été victime dans un hôtel en 2012. (Jeudi 1er février 2018) Tariq Ramadan, qui a été suspendu par l'Université d'Oxford et qui est désormais persona non grata au Qatar, dénonce une campagne de calomnie. (Jeudi 1er février 2018) Cette ex-salafiste a porté plainte le 16 novembre 2017, déclenchant une tempête tant Tariq Ramadan était révéré dans certains milieux musulmans. Elle fait depuis l'objet de fortes pressions de la communauté islamique pour la forcer à retirer sa plainte. L'identité de la seconde plaignante n'est pas connue. (Jeudi 1er février 2018) En Suisse, Tariq Ramadan a également été dénoncé par quatre anciennes élèves lorsqu'il était enseignant à Genève entre 1984 et 2004. Il aurait tenté de séduire une jeune fille de 14 ans et l'aurait harcelée. Il serait arrivé à ses fins avec trois autres âgées de 15 à 18 ans en ayant des relations sexuelles avec elles. (3 novembre 2017) Les faits décrits par ces ex-élèves genevoises sont prescrits. Aucune plainte n'a été déposée en Suisse pour l'instant. (3 novembre 2017)

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Les deux femmes qui accusent Tariq Ramadan de viols ont décrit des scènes d'une très grande violence au cours d'investigations qui ont aussi révélé des connexions entre les plaignantes et des opposants au théologien musulman suisse, alimentant des soupçons de collusion pointés par la défense.

Les viols décrits par les plaignantes

Pendant leurs auditions dont l'AFP a eu connaissance, Henda Ayari et la seconde plaignante connue sous le pseudonyme Christelle ont raconté, de façon détaillée, les événements qui ont précédé leur rencontre avec Tariq Ramadan, inculpé depuis de viols et incarcéré en France.

D'abord, des contacts via internet de plus en plus fréquents avec celui en qui elles voient alors un guide spirituel. Puis la naissance de rapports de séduction, avant un rendez-vous à l'hôtel en marge d'une conférence donnée par l'intellectuel.

Christelle l'accuse d'avoir changé soudainement de comportement une fois dans la chambre, et de lui avoir imposé une relation sexuelle d'une grande brutalité, le 9 octobre 2009.

«Le diable»

«Lorsque je me suis retournée, j'ai vu que son visage avait changé. Un visage terrifiant comme si j'avais le diable face à moi», selon la plainte de Christelle.

Elle l'accuse ensuite de lui avoir donné de «larges claques au visage, aux oreilles, aux bras, aux jambes, sur les seins et des coups de poing au ventre» afin de la «mettre KO», ainsi que d'avoir recouru à des pratiques sexuelles qui l'ont blessée physiquement.

Henda Ayari a elle aussi raconté une relation à distance qui, lors de leur seul rendez-vous fin mars/début avril 2012, bascule dans la violence: «Il m'a étranglée très fort et giflée violemment car je résistais», a-t-elle dénoncé dans sa plainte.

Avant cet accès de violence, elle avait accepté de se mettre en sous-vêtements dans la chambre d'hôtel de M. Ramadan. Toutes deux se décrivent comme ayant été alors sous son «emprise», Christelle évoquant «un lavage de cerveau». Tariq Ramadan a toujours contesté tout rapport sexuel avec les accusatrices.

L'ombre d'une collusion dénoncée par la défense

Dans une contre-attaque, les avocats de M. Ramadan ont porté plainte pour subornation de témoins en visant nommément l'essayiste Caroline Fourest, adversaire de longue date de l'islamologue.

Dans leurs investigations, les enquêteurs ont mis au jour que les deux plaignantes ont partagé des contacts réguliers avec plusieurs détracteurs de l'intellectuel. Selon un procès-verbal dont l'AFP a eu connaissance, les relevés téléphoniques ne font apparaître aucun contact direct entre Henda Ayari et Christelle entre le 6 mai et le 6 novembre 2017.

En revanche, ils montrent des communications fréquentes de chacune avec la ligne de Fiammetta Venner, une intime de Mme Fourest (116 fois pour Christelle et 156 pour Mme Ayari), sur cette même période de six mois.

Alors que les plaignantes affirmaient ne pas se connaître, l'enquête a montré qu'elles s'étaient parlé plusieurs années auparavant. Elles ont invoqué une méprise car elles n'avaient alors eu que de brefs échanges téléphoniques parmi d'autres contacts avec de potentielles victimes. Le tout dans un climat, selon elles, de menaces de l'entourage de Tariq Ramadan.

Les plaignantes et d'autres personnes entendues ont évoqué devant les enquêteurs les liens noués, avant le premier dépôt de plainte, avec d'autres femmes disant avoir été agressées sexuellement par M. Ramadan, mais aussi avec des opposants à l'islamologue.

Des liens étroits

Parmi ces derniers, la femme du chercheur Gilles Kepel, spécialiste de l'islam et lui aussi adversaire du théologien, a raconté début décembre avoir rencontré «il y a huit ou neuf ans», à Paris, Christelle en compagnie d'une animatrice de la radio Beur FM, dans un procès-verbal dont l'AFP a eu connaissance.

Après cette entrevue, Christelle a été présentée à Caroline Fourest puis l'a accompagnée sur le plateau d'une émission de télévision, où elle débattait précisément avec Tariq Ramadan.

Le numéro de l'animatrice radio apparaît également dans le relevé téléphonique établi par les enquêteurs: elle a été en contact 151 fois avec Christelle et 57 fois avec Henda Ayari sur la période mai/novembre 2017.

Des éléments qui pourraient être utilisés par la défense de Tariq Ramadan pour discréditer les témoignages des plaignantes en les accusant de s'être concertées. Les plaignantes, elles, décrivent leur besoin de nouer des contacts pour faire front face à l'entourage de l'intellectuel.

(nxp/afp)