Agressions anti-asiatiques

13 décembre 2019 21:36; Act: 13.12.2019 21:36 Print

«Ils sont faibles et ont toujours du cash sur eux»

Des Français d'origine asiatique sont régulièrement la cible d'agressions violentes.Un mal enraciné qui reste «négligé» par les autorités, selon les associations.

Des milliers de membres de la communauté chinoise ont manifesté à Paris après l'agression mortelle d'un père de famille, Chaolin Zhang, à Aubervilliers en août 2016.
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Parce qu'ils ont «toujours du cash sur eux» ou parce que «se faire un Chinois» constitue un rite de passage pour intégrer une bande: près de Paris, des Français d'origine asiatique sont régulièrement la cible d'agressions violentes. Un mal enraciné qui reste «négligé »par les autorités estiment les associations de soutien.

Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n'existe pas de données officielles sur ces agressions. Mais selon une synthèse de la Préfecture de police de Paris, consultée par l'AFP, entre mai 2018 et mai 2019, 114 agressions ont été recensées principalement dans le Val-de-Marne. L'équivalent d'une agression tous les trois jours. A l'échelle de la région île-de-France, c'est une agression tous les deux jours, affirment les associations.

«Pourquoi cette violence?»

Deux fractures, 21 jours d’arrêt et un choc post-traumatique: c'est le bilan de l'agression qu’a vécue Ming*, 41 ans, il y a quelques mois, en banlieue parisienne. Alors qu'elle descendait du bus en pleine journée, un homme, visage masqué, a tenté de lui arracher son sac à main. Elle a résisté, mais son agresseur l’a projetée au sol et rouée de coups jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. L’homme s’est ensuite enfui avec son sac qui contenait quelques dizaines d'euros et ses papiers d'identité. Colère, impuissance ... Ming n'arrive pas à tourner la page: «Pourquoi moi? Je n'avais pas d'argent, pas de bijoux, rien. Pourquoi cette violence?»

«Pour eux, c’est un jeu, un pari»

Le modus operandi est souvent le même: la victime, généralement une femme ou une personne âgée, est «repérée» dans la rue, suivie jusqu'à une rue peu fréquentée et attaquée.

«On a des jeunes gonflés à bloc car ils sont convaincus que les Asiatiques ont toujours beaucoup d'argent sur eux», explique une source policière. Une autre hypothèse est avancée pour expliquer ces agressions: celle d'un rite de passage. La consigne serait simple: «se faire un Chinois» garantirait son ticket d'entrée dans une bande. «Pour eux, c'est un jeu, un pari. D'où le niveau de violence souvent extrême», ajoute la source policière.

Dans les deux cas, «les victimes sont ciblées parce qu'elles sont asiatiques», martèle Sun-Lay Tanporte-parole de Sécurité pour Tous, pour lequel le caractère raciste de ces agressions «ne fait aucun doute». « Ils sont faibles , Ils ont toujours du cash sur eux , ils ne savent pas se défendre... Ce sont ces préjugés qui sont derrière ces attaques», résume-t-il.

L’ampleur du problème sous-estimée

En 2016, l'agression mortelle, au nord de Paris, de Zhang Chaolin, un couturier chinois de 49 ans, avait révélé au grand jour ce fléau anti-Asiatiques. «On a pris conscience du problème avec la mort de Chaolin mais pas de son ampleur», assure Sun-Lay Tan.

Sollicitées, la préfecture du Val-de-Marne, les mairies et la police affirment suivre le sujet avec attention. Le parquet de Créteil (Val-de-Marne) explique prendre en compte «autant que possible» la circonstance aggravante de racisme, qui a ainsi été retenue dans 19 des 22 agressions élucidées en mai. Mais au moment de la condamnation, le caractère raciste n'est presque jamais retenu, selon les associations.

Sensibiliser les jeunes

Un projet pilote, pensé avec l'association SOS Racisme, de déconstruction de ces préjugés va voir le jour prochainement dans des établissements scolaires de la région parisienne afin faire de la prévention chez les adolescents. La plupart des agresseurs sont en effet mineurs, selon plusieurs sources proches du dossier.

*nom connu de la rédaction

(20 minutes/afp)