Présidentielle française

06 mai 2012 19:51; Act: 06.05.2012 20:32 Print

«Je ferai autre chose. Mais quoi, je ne sais pas»

La défaite essuyée par Nicolas Sarkozy dimanche marque un coup d'arrêt brutal dans sa carrière politique, jusqu'ici marquée par de nombreux succès.

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Nicolas Sarkozy y a cru jusqu'au bout. (Photo: Reuters)

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Tempérament de cogneur, énergie débordante mais parfois désordonnée, Nicolas Sarkozy a essuyé dimanche le plus terrible revers de ses 30 ans de carrière, au point d'envisager de dire adieu à la passion de toute une vie.
Président hyperactif, impopulaire comme jamais aucun autre avant lui, Nicolas Sarkozy avait mis dans la balance son bilan, qu'il juge satisfaisant à l'aune des crises à répétition.

Il avait aussi prévenu les Français qu'en cas de défaite, il quitterait la politique. «Je ferai autre chose. Mais quoi, je ne sais pas». Coup de poker ou réaction affective par anticipation, il n'en a pas dit plus.

Il est devenu ce dimanche soir le premier président français à ne pas obtenir un second mandat, depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1981.

Echec d'une stratégie

Sa défaite signe l'échec d'une stratégie de droitisation endossée avant même le 1er tour et le score historique (17,9%) réalisé par la candidate du Front national (FN, extrême droite) Marine Le Pen.

Nicolas Sarkozy a fait campagne sur l'héritage chrétien de la France, la lutte contre l'immigration et la sécurité, après avoir suscité pendant son mandat un débat controversé sur l'islam et l'identité nationale.

«Nous avons trop d'étrangers sur notre territoire», disait-il avant l'élection. La rhétorique, que certains disent «populiste», s'est encore durcie entre les deux tours. «Une course ventre à terre derrière les thèses du Front national», s'est indigné le leader centriste François Bayrou.

Grande ambition en 2007
 
Lorsqu'il s'installe à l'Elysée en mai 2007, c'est avec l'ambition de transformer le pays en profondeur. Il voulait régénérer la politique française, réformer à tout va un pays englué dans ses lourdeurs. Permettre de «travailler plus pour gagner plus», réduire de moitié le chômage. Il n'y est pas parvenu.

Son activisme effréné et son style de gouvernement ont troublé les Français. Mais il laisse derrière lui des réformes importantes et difficiles, dont celle du système des retraites, l'autonomie des universités, le service minimum en cas de grève dans les transports.

Sarkozy, 57 ans, n'a pas le profil classique de l'homme politique français. Pas de scolarité dans la fameuse Ecole nationale d'administration (ENA), mais un diplôme d'avocat et une ambition politique précoce et inoxydable.

«Je suis de sang mêlé»

Sarkozy n'est pas non plus issu de la bourgeoisie française. Fils d'un immigré hongrois, il a été élevé par sa mère et son grand-père, un Grec de Salonique. «Je suis de sang mêlé (...), je viens d'ailleurs», revendique-t-il.

Méthodiquement, il a franchi les obstacles: engagé dans le gaullisme à 19 ans, il est élu maire de la riche banlieue de Neuilly-sur-Seine à 28 ans, député à 34, ministre pour la première fois à 38, porté triomphalement à la présidence en 2007 contre la socialiste Ségolène Royal.

Un homme «ne doutant de rien et surtout pas de lui-même», a dit Jacques Chirac, qui fut son premier mentor. La rupture fut conflictuelle avec l'ancien président, qui ne lui a jamais pardonné de l'avoir trahi en soutenant un autre candidat de droite, Edouard Balladur, à l'élection de 1995.

Mais Nicolas Sarkozy s'est rendu incontournable à la droite. Ministre de l'Intérieur au début des années 2000, brièvement ministre de l'Economie, il construit sa conquête présidentielle et devient l'un des personnages clés de la scène politique.

Fin d'une époque?

Sa défaite pourrait signaler la fin d'une époque. «Depuis 2002, Nicolas Sarkozy était l'astre de la vie politique française», note Frédéric Dabi, de l'institut de sondages Ifop.

Son image est celle du premier flic de France, ses idées sont franchement atlantistes en diplomatie, son inclinaison plutôt libérale en économie. Mais son mandat restera celui de la crise, qui l'obligera à composer, à s'adapter.

Il est convaincu d'avoir pris les bonnes décisions pour protéger les Français, d'abord pour sauver les banques en 2008 puis au moment de la faillite grecque en 2011, au prix de concessions à son alliée, la chancelière allemande Angela Merkel. Elle l'a soutenu pour sa réélection. Les sommets européens d'urgence ont soudé leur «couple», malgré des caractères aux antipodes l'un de l'autre.

Nicolas Sarkozy pense aussi avoir fait le bon choix en faisant intervenir l'armée française en Côte d'Ivoire, puis en Libye pour soutenir un printemps arabe dont il avait au départ sous-estimé l'importance. Bref, un «président de crise» jamais aussi à l'aise que dans l'action, disent ses partisans.

Mais avec ses discours décomplexés sur l'immigration, le mandat de Nicolas Sarkozy s'est achevé dans la controverse, comme il avait commencé.

Il y a cinq ans, c'est son rapport aux puissants et à l'argent qui avait été en cause quand il fêtait sa victoire au Fouquet's, un établissement huppé des Champs-Elysées. Sa famille «explosait», s'est-il justifié. Sa deuxième épouse, Cécilia, était en train de le quitter.

Premier président divorcé

Nicolas Sarkozy est le premier président français à avoir divorcé en cours de mandat. La premier aussi à s'être marié, en 2008 avec l'ex-top model Carla Bruni, et à avoir eu une fille, Giulia, son quatrième enfant après trois garçons.

Malgré les mea culpa, il a eu toutes les peines du monde à se défaire de cette image de «président des riches», accentuée par ses premières décisions fiscales.

Grâce à sa combativité, il pensait l'emporter encore il y a quelques jours. Petit, nerveux, affublé de tics et de mimiques, cet homme qui ne boit pas et fait du sport tous les jours, achevait tous ses meetings en nage, en lançant une ultime adresse à ses partisans. «Aidez-moi», leur disait-il.

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Stéphane Mauris le 06.05.2012 21:40 Report dénoncer ce commentaire

    Pauvre français

    Sarko est tombé en pleine crise. Il a fait de son mieux. Flanby va vraiment faire devenir la France un peuple mou, assisté et sans personnalité. Au moins y en a une qui a le sourire aux lèvres.. C'est Marine.... ;-)

  • REDZEDAR le 07.05.2012 09:15 Report dénoncer ce commentaire

    Mort de rire

    Bonjour, je trouve quand même incroyable la réaction du monde. C'est la ou on voit que les gens sont des moutons est qu'ils ne veulent pas seulement d'un berger mais un berger avec un batton, sans cela il n'est pas crédible. En résumé, je pense que Hollande ferra bien plus pour le commun des mortels que Sarkozy qui en a fait pour le peuple...riche .

  • Muli-mtx le 07.05.2012 05:36 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Très grosse facteur pour le futur

    Cool on va avoir des français qui vont volé le travail des autre en suisse et pour bien moi cher, c bizarre si vous aimez Sarkozy pour quoi avez quitter la France quant il étais présidant? Fini de profiter, il faut passer à la caisse maintenant hahahahaha

Les derniers commentaires

  • SAPPEY Elisabeth le 08.05.2012 19:52 Report dénoncer ce commentaire

    Les euros et les francs

    Dites je me prends les pieds ds le tapis entre les francs et les euros !!!!!! 78 516 correspondent à 94 000 fr et 6 543 = 7 800 fr Comment on compte ? Mais bon je suis une mamie alors.....

  • gy_ko le 07.05.2012 19:50 Report dénoncer ce commentaire

    Bla bla bla

    quelqu'un qui à le courage d'essayer de changer les mentalités, et tous ces commentaires... Messieurs, mesdames, vous qui semblez connaître toutes les solutions, dites moi pourquoi vous voulez persister dans un système qui à déjà montré ses limites ? Qu'avez vous à proposer ? Marre de tout ces commentaires de gens frustrés qui ne sont jamais fatigués de critiquer leur voisins. Holland n'a certainement pas de baguette magique, j'espère simplement qu'il aura le courage de ses convictions..

    • prenom le 08.05.2012 19:17 Report dénoncer ce commentaire

      Nomprénom

      Qu il tienne ses nombreuses promesses...déjà!

  • Gilles le 07.05.2012 19:13 Report dénoncer ce commentaire

    Oui mais...

    Ce qui est un peu ingrat c'est de prendre la place de président en sortie de crise et dire que de toute façon c'était nul. Je pose des questions : - Comment serait la France aujourd'hui si Hollande ou Royale avait présidé entre 2007 et 2012 - Comment juger un bon résultat d'un mauvais en période de reprise économique ? Etant double national j'espère juste que le pays ne va pas se noyer après avoir plongé dans la crise :-/

  • Jean Pat' le 07.05.2012 18:04 Report dénoncer ce commentaire

    Bande de glandeurs

    On est toujours le glandeur de quelqu'un..... Marrant de lire tous ces commentaires français = glandeur / assisté / raleur. Tiens, qu'est-ce qui y a en 1ère page de 20minutes? Ce sont les mêmes qui ont du gueulé contre nos amis les bourbines, les seuls VRAIS travailleurs de la Suisse.....c'est pas la Romandie qui fait de ce pays ce qu'il est.....traiter les français de glandeurs, quand on est romand......c'est presque l'hopital qui se fout de la charité.

    • Romand != francais !!! le 07.05.2012 19:45 Report dénoncer ce commentaire

      @Jean Pat

      Si ca peut vous faire plaisir de penser qu'en Romandie on est des glandeurs bah tant mieux. Pour me mettre à votre niveau on pourrait dis qu'avec la quantité impressionnante de frontalier qu'on peut trouver en suisse romande et surtout à Genève c'est sûr que ca va pas aider. Les suisses allemands eux ont des gens motivés qui viennent bosser...en tout cas bien plus que nos amis français qui adooooorent les grèves ;-).

  • ror olivier le 07.05.2012 18:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    salaire federaux

    c est rien par rapport au salaire honteux de nos conseiller federaux