Avortement aux Etats-Unis

15 mai 2019 18:02; Act: 15.05.2019 18:02 Print

«Jeune fille, tu n'as pas à être une meurtrière»

Une vidéo montrant une femme souhaitant avorter se faire escorter jusqu'à la clinique par des bénévoles qui la protègent des manifestants anti-IVG est devenue virale. Une volontaire raconte.

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Cachée sous un habit et escortée par cinq personnes en gilet orange, une femme tente péniblement d'atteindre les portes d'une clinique. Avant d'y parvenir, elle essuie les huées et les insultes de militants anti-avortement qui l'exhortent à «garder son bébé». «Jeune fille, tu n'as pas à être une meurtrière, ce matin!», lui crie quelqu'un. Tournées à Louisville devant le dernier établissement du Kentucky à pratiquer l'IVG, ces images ont été publiées la semaine dernière sur Twitter par la féministe française Caroline De Haas. La vidéo a été vue plus de 7 millions de fois.

À l'origine, cet enregistrement avait été publié le 14 avril par un militant anti-avortement sur Facebook. Son objectif assumé était d'humilier cette personne qui souhaitait se rendre dans la clinique pour y subir une IVG. Pour soutenir les femmes prises pour cible par des manifestants souvent agressifs, des volontaires revêtent un gilet fluo et les aident à se frayer un chemin parmi les insultes et les gestes menaçants.

«Inquiète d'être vue»

Meg Sasse Stern, qui était présente le jour où cette fameuse vidéo a été tournée, fait partie depuis 20 ans de ces «clinic escort volunteers». À chaque opération, ce groupe né dans les années 1980 suit avec précaution un protocole d'accueil défini: «On s'identifie clairement (...) et on leur demande si elles souhaitent qu'on marche avec elles. On fait très attention à leur demander leur consentement avant de faire quoi que ce soit», explique Meg à Franceinfo. Le jour où ont été filmées ces images, l'Américaine n'a pas escorté la patiente, mais elle l'a aidée à organiser son arrivée à proximité de la clinique. «Elle nous a fait part de son inquiétude d'être vue», raconte l'Américaine.

L'une des politiques les plus restrictives

Des scènes comme celles-ci, Meg en voit chaque semaine devant cet établissement de Louisville. «Il y a toujours plus de manifestants le samedi, mais il y a aussi plus de patients le samedi car les gens peuvent prendre du temps en dehors de leur travail», explique-t-elle.

Le Kentucky a une des politiques les plus sévères en matière d'avortement. Mardi, le Sénat de l'Etat de l'Alabama a adopté le projet de loi le plus restrictif des Etats-Unis sur l'avortement, avec une interdiction quasi totale, même dans des cas de viol ou d'inceste. Il prévoit des peines allant jusqu'à l'emprisonnement à vie pour les médecins pratiquant des interruptions volontaires de grossesse. Des textes similaires adoptés dans le Kentucky et le Mississippi ont été bloqués par des tribunaux et il est probable que la loi de Géorgie connaisse le même sort. Des mesures comparables sont en passe d'être adoptées dans l'Ohio, le Missouri et le Tennessee.


(joc)