Vatican

21 février 2019 12:31; Act: 21.02.2019 13:27 Print

«L'Eglise est un refuge pour les homosexuels»

Un journaliste français a enquêté durant quatre ans sur l'Eglise catholique. Il met en avant l'orientation sexuelle de nombreux membres du clergé.

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Frédéric Martel a mené 1500 entretiens durant quatre ans pour rédiger son livre sur l'Eglise catholique. (Photo: Keystone)

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«Sodoma, enquête au coeur du Vatican» révèle la forte présence d'homosexuels parmi les ecclésiastiques. La sortie de son livre à la veille du sommet sur les abus sexuels dans l'Eglise est une coïncidence, affirme l'auteur, le journaliste et sociologue français Frédéric Martel.

Le Français a mené 1500 entretiens durant quatre ans d'enquête. «Les abus sexuels n'ont pas de lien particulier avec l'homosexualité», a-t-il insisté mercredi à Rome, tout en expliquant l'omerta autour des agressions sexuelles par une homosexualité réprimée. Un évêque secrètement homosexuel peut protéger un pédophile «parce qu'il a peur, il est terrifié qu'en cas de problème, de médiatisation, de procès, alors sa propre homosexualité pourra être révélée», avance Frédéric Martel. «Il y a un lien complexe, je suis triste de le dire en tant que gay».

Une grille de lecture

Le journaliste bat en brèche le fantasme d'un «lobby gay au sein de l'Eglise». «C'est l'inverse, ce sont d'innombrables individus isolés», décrit-il, ajoutant toutefois que l'homosexualité au Vatican est une grille de lecture clé expliquant bien des décisions.

S'il a offert quelques munitions aux traditionalistes catholiques, sa démarche reste aux antipodes de la leur lorsqu'il souligne que «l'homosexualité n'est plus un crime». Les traditionalistes citent une étude américaine non contestée selon laquelle 80% des abus sexuels commis par le clergé concernent des victimes masculines.

Refuge dans les années 50/60

Un amalgame dénoncé par le pape et les organisateurs de son sommet. Ils n'ont d'ailleurs aucune intention d'y aborder le thème. Dans une interview au Matin en ligne, Frédéric Martel souligne que, si l'homosexualité refoulée de prêtres peut expliquer l'omerta autour des abus sexuels, l'une des clés principales à ceux-ci est bien liée au célibat et à la chasteté. Et l'auteur de préciser dans cette interview jeudi comment il est arrivé à la conclusion de son livre.

«Historiquement, encore plus sous Paul VI et Jean-Paul II, l'Eglise est devenue un refuge pour les homosexuels. Avec des codes très précis, l'homosexualité est très bien tolérée à l'intérieur. Même si le discours extérieur est homophobe», dit-il.

Et d'ajouter que, «pour un jeune homophile, homosexuel ou qui est un peu perdu dans les années 1950 et 1960, le choix du sacerdoce est une solution. Cela permet de ne pas déshonorer la famille, de rendre maman heureuse, car elle a compris le problème, et surtout de faire de la victime potentielle un saint».

(nxp/ats)