France

31 décembre 2015 20:52; Act: 01.01.2016 12:22 Print

«La vérité, c'est que la menace est toujours là»

L'année 2016 sera marquée par la menace terroriste et la lutte contre le chômage, a déclaré ce jeudi François Hollande.

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François Hollande lors de l'allocution télévisée ce 31 décembre 2015. (Photo: AFP)

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Dans une France traumatisée par les attentats de Paris, François Hollande aborde la dernière année pleine de sa présidence en jouant à fond la carte sécuritaire. Avec l'espoir secret qu'elle préserve ses chances de réélection en 2017.

«La France n'en a pas terminé avec le terrorisme», a mis en garde jeudi soir le chef de l'Etat dans ses voeux aux Français, estimant que «la menace était toujours là» et «restait même à son plus haut niveau».

Pour se prémunir d'une attaque le soir du réveillon, 100'000 policiers et gendarmes ont été mobilisés en France, dont 11'000 pour la capitale et sa banlieue. Endossant à nouveau l'habit protecteur de «père de la Nation», François Hollande s'est rendu au centre opérationnel du dispositif en début de soirée.

«Année terrible»

Des attentats de janvier (17 morts) à ceux de novembre (130 morts), «nous venons de vivre une année terrible», «une année de souffrance» mais aussi de «résistance», a-t-il estimé, en réaffirmant ses choix pour «protéger» les Français.

«A la racine du mal», la France continuera ses frappes contre l'Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie. «Les coups portent, les jihadistes reculent», a-t-il dit.

Réforme de la Constitution

Sur le plan intérieur, le président socialiste a appelé le Parlement à «prendre ses responsabilités» en adoptant la réforme de la Constitution qu'il a proposée pour «donner un fondement incontestable» à l'état d'urgence et pour pouvoir déchoir de leur nationalité française tous les binationaux condamnés pour terrorisme.

Cette dernière mesure suscite d'importants remous dans les rangs de la majorité de gauche. «Le débat est légitime. Je le respecte», mais «quand il s'agit de votre protection, la France ne doit pas se désunir», a rétorqué François Hollande.

«Il est déterminé à aller jusqu'au bout parce qu'il a l'opinion publique derrière lui», analyse le politologue Jérôme Fourquet, de l'institut de sondages Ifop. Symbolique, l'extension de la déchéance de nationalité, réclamée par l'extrême droite et la majeure partie de l'opposition de droite, est soutenue par près de neuf Français sur dix, selon deux sondages publiés cette semaine.

Un remède «exceptionnel»

Après un tournant en 2014, déjà contesté dans son camp, pour réorienter en faveur des entreprises sa politique économique, les détracteurs de François Hollande voient dans son virage sécuritaire de 2015 un calcul politicien.

«Si cette idée peut être prêtée à François Hollande, l'intention première était de montrer à la société française qu'il avait pris conscience de la gravité de la menace et qu'il était déterminé à y répondre de la manière la plus ferme: à situation exceptionnelle, remède exceptionnel», estime toutefois Jérôme Fourquet.

La posture d'homme d'Etat protecteur a valu au président français une remontée spectaculaire dans les sondages depuis les attaques de novembre, comme après celles de janvier contre le journal Charlie Hebdo, des policiers et l'Hyper Casher.

Bilan peu flamboyant

Dans la perspective de 2017, «c'est le principal atout dont il dispose dans sa manche, le principal levier sur lequel il peut s'appuyer pour redorer son blason et masquer un bilan qui n'est pas flamboyant», juge M. Fourquet.

Près de quatre ans après son arrivée au pouvoir, l'incapacité de François Hollande à endiguer un chômage campé à plus de 10% - priorité des Français - reste le point noir de sa présidence. Et l'obstacle numéro un à sa candidature à un second mandat.

C'est aussi l'un des principaux ressort du vote pour l'extrême droite qui ne cesse de progresser dans les urnes. En décembre, le Front national a remporté 28% des suffrages aux élections régionales et sa chef Marine Le Pen est, selon tous les sondages, certaine d'être qualifiée pour le second tour de la présidentielle en 2017.

«En 2016, nous lutterons contre le terrorisme. Oui sûrement, intensément. Mais aussi contre tout ce qui fracture notre société et qui nourrit autant le repli que l'exclusion», a donc promis François Hollande, en évoquant «un état d'urgence économique et social».

(nxp/ats/afp)