Ecosse

22 juillet 2018 10:18; Act: 22.07.2018 14:08 Print

«La violence peut être une langue poétique»

Loki est un artiste qui monte. Il rappe sur les grandes injustices et violences sociales qui font rage en Écosse dans le monde des laissés-pour-compte ravagés par l'alcool et la violence.

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Le musicien Loki, alias Darren McGarvey, porte-parole des classes prolétaires écossaises. Il est en photo avec un animateur de la radio Sunny G à Glasgow. (DR)

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Loki, de son vrai nom Darren McGarvey, a grandi à Glasgow dans un quartier prolétaire. Il est devenu un observateur de la société écossaise des laissés-pour-compte, dans toute sa violence, avec toutes ces familles victimes d'alcoolisme, de malnutrition et des problèmes consécutifs à un environnement social dysfonctionnel que les gouvernements ne peuvent (ne veulent?) pas réparer.

Dans un portrait du New York Times, le rappeur de 34 ans raconte que «la violence est comme une langue, elle peut être offensive, vulgaire et menaçante. Mais elle peut aussi être une langue poétique, et même de temps en temps sublime.» Il ne provoque pas en disant ça, non, il raconte simplement ce qu'il a vécu en tant qu'enfant et jeune adulte jusqu'à ce que les solutions arrivent via le rap et l'écriture.

L'homme a appris de ses démons, de l'alcoolisme, de la drogue, de la colère que ces fléaux génèrent, de la frustration et de la mort de sa mère quand il avait 17 ans. Elle avait seulement 19 ans de plus que lui. Celle qui lui a donné la vie était alcoolique et a vécu les pires déboires dans sa vie personnelle, subissant la violence sexuelle, l'exclusion, la dépression... Elle est morte d'une cirrhose. Après avoir pansé ses douleurs d'une disparition violente, après avoir vaincu ses propres addictions, Loki va se lancer dans la musique pour devenir l'un des rappeurs majeurs de la scène écossaise, une des plumes les plus fines pour décrire le monde des pauvres et des dépravées à Glasgow et ailleurs en Écosse.

Il sera très vite le porte-parole des classes défavorisées qui se battent pour dire ce qui est. Il racontera la réalité émotionnelle de la pauvreté qui est rarement captée par les statistiques. Le portrait du New York Times rapporte que le rappeur comprend parfaitement ce qui a pu amener les classes sociales défavorisées à voter pour UKIP, la parti ultranationaliste de Nigel Farrage, ou pour le Brexit.

Dans son livre-manifeste «Poverty Safari», Loki raconte que les enfants de son milieu apprennent à devenir des manipulateurs émotionnels doués pour le mal, capables de devenir des personnes qui harcèlent et abusent leurs prochains. Le discours est cru et peu reluisant pour les hommes et les femmes venant de milieux dits «à problèmes».

Le stress quotidien dû au manque d'argent et son corollaire rappelle les premiers rap de Eminem ou Mike Skinner du groupe The Streets, deux rappeurs blancs des classes populaires américaine et britannique, vivant un moment dans leur vie d'excès d'alcool ou de médicaments, pour le premier, de bière pas chère, de junk food et de petits larcins pour le second. Des artistes, qui par la musique, ont réussi à transformer en rap des observations de leur quotidien souvent choquantes, mais aussi drôles et émouvantes. Tout ce que Loki réussit aussi en apportant une profondeur d'analyse et quelques appels du pied aux autorités, encore trop détachées des problématiques des milieux populaires.

(dgl/nxp)