Syrie

25 février 2019 10:26; Act: 25.02.2019 10:27 Print

«Mon mari tuait des gens comme ça, pour rien»

Réfugiées, comme des milliers de rescapés de la guerre, dans un camp du nord-est du pays, deux femmes jihadistes belges racontent ce qu'elles ont vécu.

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Quelque 5000 personnes – hommes, femmes et enfants – ont quitté depuis mercredi la dernière poche de l'EI, où des jihadistes sont terrés dans moins d'un demi-kilomètre carré à Baghouz, aux confins orientaux de la Syrie. Depuis décembre, quelque 46'000 personnes, des civils et des jihadistes, ont fui le secteur, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Les forces antijihadistes en Syrie ont exhorté dimanche les gouvernements étrangers à «assumer leurs responsabilités» face à l'afflux de milliers de leurs ressortissants évacués de l'ultime réduit du groupe Etat islamique (EI). «C'est le plus grand défi qui nous attend à moins que les gouvernements agissent et assument leurs responsabilités à l'égard de leurs citoyens», a écrit sur Twitter Moustafa Bali, porte-parole des combattants anti-EI des Forces démocratiques syriennes (FDS).

Une «vie normale», puis l'horreur

Les rescapés sont notamment envoyés vers le camp de déplacés d'Al-Hol, dans la province de Hassaké (nord-est), au terme de longs trajets dans des conditions très sommaires. Là-bas, ils sont des milliers à attendre de savoir si un retour dans le pays sera possible. Parmi eux, deux femmes jihadistes belges, que BFM TV a pu rencontrer dans un camp du nord-est du pays. Fatima était à peine majeure lorsqu'elle a quitté la Belgique pour rejoindre sa grande soeur à Raqqa. C'était en 2014. Dès son arrivée dans ce qui était alors la capitale auto-proclamée du groupe Etat islamique, la Belge a été placée dans une maison pour femmes, comme toutes nouvelles arrivantes.

«Vous ne pouvez pas en sortir si vous n'êtes pas mariée», raconte la jeune femme aujourd'hui âgée de 23 ans. Alors, Fatima épouse un jihadiste belge et a commencé à vivre «une vie normale». «Pour sortir, il fallait avoir une carte qui dit que vous êtes de Daech. Sinon, vous alliez en prison», confie-t-elle. La «vie normale» que menait Fatima a rapidement basculé dans l'horreur. Elle raconte que son mari «tuait des gens comme ça, pour rien, comme des animaux», et qu'il a fini par lui-même mordre la poussière «parce qu'il a parlé».

«Vous n'avez aucune liberté»

Sarah*, elle, avait décidé de rejoindre l'EI pour retrouver sa fille. Cette Belge âgée de 50 ans dit avoir vécu un véritable enfer. «Vous n'avez aucune liberté, et l’interdiction de partir sous peine d’être exécutée», raconte-t-elle. La Belge assure toutefois n'avoir jamais assisté à une exécution ou une décapitation. «Car déjà, il fallait sortir, il fallait se promener, il fallait y aller, c'était comme les gens du cirque», explique Sarah. Celle-ci attend de connaître son sort et partage son temps dans l'un des trois camps de la région. Elle y côtoie plusieurs épouses de jihadistes.

Depuis décembre, le nombre des personnes décédées lors de leur transfert ou peu après leur arrivée au camp d'Al-Hol est monté à 78, a indiqué Misty Buswell, de l'ONG Comité international de secours (IRC) pour le Moyen-Orient. Les deux tiers de ces décès sont ceux de bébés de moins d'un an, a-t-elle déploré. «L'afflux soudain» d'hommes, mais surtout de femmes et d'enfants fuyant Baghouz pose des «défis énormes», a averti vendredi le bureau des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) dans un tweet.

*Prénom d'emprunt

(joc/afp)