Crash d'Ethiopian

04 avril 2019 21:44; Act: 05.04.2019 05:24 Print

Les pilotes dédouanés, Boeing en prend acte

Le rapport sur l'accident d'avion d'Ethiopian Airlines, survenu le 10 mars, met le doigt sur le système de contrôle de l'appareil. Boeing reste confiant.

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Le 10 mars, un Boeing 737 MAX s'est écrasé et a fait 157 morts. (Photo: Keystone)

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Boeing a pris acte jeudi de la défaillance du système de contrôle de son moyen-courrier 737 MAX qui a contribué à l'accident d'Ethiopian Airlines dont les pilotes ont été dédouanés dans un rapport préliminaire publié par les autorités éthiopiennes.

Le responsable de la division aviation commerciale du constructeur américain Kevin McAllister a promis que «toutes les mesures supplémentaires nécessaires pour renforcer la sécurité» seraient prises alors que les enquêteurs éthiopiens recommandent aux autorités de l'aviation de vérifier que le système de contrôle de vol soit correctement modifié avant d'autoriser ces avions à revoler.

Toute la flotte 737 MAX est clouée au sol depuis mi-mars en raison des similitudes entre la tragédie du vol Addis Abeba-Nairobi le 10 mars qui a fait 157 morts et celle de Lion Air, survenue le 29 octobre, tuant 189 personnes.

Rapport très attendu

Ce rapport était très attendu alors que le temps presse pour Boeing de faire revoler son MAX, entré en service il y a moins de deux ans mais essentiel pour le groupe. «Le rapport préliminaire contient des informations fournies par l'enregistreur des données de vol (boîte noire, NDLR), selon lesquelles les données d'angle d'attaque transmises à l'avion par la sonde d'incidence (AOA) étaient erronées, provoquant l'activation du système de contrôle automatisé de l'assiette de l'avion, MCAS, pendant le vol, comme ce fut le cas pendant le vol Lion Air 610», a reconnu Boeing dans un communiqué.

Le MCAS («Maneuvering Characteristics Augmentation System») a été spécialement conçu pour le 737 MAX afin de corriger une anomalie aérodynamique liée à une motorisation plus lourde et à protéger l'avion du risque de décrochage.

«Quand le MAX reprendra les airs avec les modifications des fonctions du MCAS, il sera l'avion le plus sûr qui ait jamais volé», a promis le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg. Dans le cadre des tests de la mise à jour du MCAS, Boeing a identifié «un aspect du logiciel -sans lien avec le MCAS- qui doit être corrigé», a par ailleurs indiqué un porte-parole de Boeing, qualifiant le problème de «mineur» et soulignant que le constructeur avait «déjà la solution». M. Muilenberg avait auparavant dit sa confiance «dans la sécurité intrinsèque du 737 MAX».

Procédures d'urgence appliquées

Les raisons de la défaillance de la sonde qui, dans les deux tragédies, a continué à transmettre des données erronées au MCAS, n'ont pas encore été déterminées à ce stade. Les enquêteurs éthiopiens ont en revanche révélé que le commandant de bord et son copilote, quoique jeunes (29 et 25 ans) et pour le copilote peu expérimenté (361 heures de vol), avaient appliqué toutes les procédures d'urgence.

«L'équipage a effectué à plusieurs reprises toutes les procédures fournies par le constructeur mais il n'a pas été en mesure de reprendre le contrôle de l'avion», a déclaré Dagmawit Moges, ministre éthiopienne des Transports.

Dans une consigne adressée aux équipages le 6 novembre, après l'accident de Lion Air, Boeing expliquait qu'une erreur de la sonde AOA pouvait conduire le MCAS à mettre brutalement l'avion en «piqué» (nez vers le sol). Pour y remédier, il recommandait aux pilotes de désactiver le système en «déconnectant les compensateurs électriques» et, ce, «jusqu'à la fin du vol». «Peu après le décollage, les valeurs mesurées par le capteur d'angle d'attaque sont devenues erronées», selon le rapport préliminaire.

Le pilote automatique a été, à un moment, désactivé et les pilotes ont à plusieurs reprises tenté de redresser manuellement l'avion qui partait en piqué, ont constaté les enquêteurs. L'équipage a ensuite demandé aux contrôleurs aériens la permission de faire demi-tour, ce qui leur a été accordé mais l'avion s'est finalement écrasé dans un champs à une vitesse approximative de 1000 km/h.

«Impossible de survivre»

«Nous allons examiner attentivement le rapport préliminaire», a souligné Kevin McAllister. Selon ce rapport, l'impact a été tel que les moteurs de l'avion ont été retrouvés à dix mètres de profondeur et des morceaux de la carlingue disséminés sur une surface de 300 mètres de longueur pour une largeur de 200 mètres. «Il était impossible de survivre à cet accident».

«Pour que l'activation involontaire du système MCAS ne se reproduise plus, Boeing a mis au point et prévoit de mettre en oeuvre une mise à jour du logiciel MCAS, ainsi qu'un programme d'instruction complet assorti d'une formation supplémentaire à l'attention des pilotes du 737 MAX», a ajouté Boeing.

Après avoir retoqué lundi les premières modifications proposées, jugées insuffisantes, l'agence fédérale de l'aviation (FAA) a annoncé mercredi la création d'un groupe d'action commune (JATR) comprenant la Nasa et les autorités de l'aviation civile internationale pour évaluer le 737 MAX modifié.

Le directeur du Bureau éthiopien d'enquête, Amdiye Ayalew, a indiqué que la rédaction du rapport complet devrait prendre entre six mois et un an mais il a souligné que l'enquête préliminaire n'avait montré aucun signe de «dégât causé par un objet extérieur» alors que des informations de presse avaient évoqué mercredi soir un oiseau ayant percuté une sonde AOA.

Le PDG d'Ethiopian Airlines Tewolde GebreMariam s'est dit «très fier de l'attitude de nos pilotes, qui ont suivi les procédures d'urgence, et de leur haut degré de professionnalisme dans une situation aussi difficile».

(nxp/afp)