«Gilets jaunes» à Paris

09 décembre 2018 20:01; Act: 09.12.2018 22:56 Print

«Si on perd cette bataille-là, tout peut s'effondrer»

Un policier mobilisé samedi à Paris a dévoilé l'envers du décor pour les forces de l'ordre. Et les consignes reçues avant la manifestation laissaient prévoir la gravité de la situation.

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Des dizaines de policiers ont été blessés lors des manifestations du 1er décembre, qui ont donné lieu à Paris à de rares scènes de guérilla urbaine. (Photo: AFP/Zakaria Abdelkafi)

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«J'ai été prévenu en milieu de semaine que je serais engagé», raconte cet homme d'une quarantaine d'années, sous couvert d'anonymat et avec un prénom d'emprunt. Il n'est pas CRS (policier anti-émeute), mais travaille dans un commissariat et fait partie des 8.000 agents qui ont été déployés dans la capitale samedi pour la quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes, cette fronde sociale de Français modestes dont les manifestations ont plusieurs fois dégénéré.

«Je me dis que ça va être chaud. J'ai déjà fait du MO (maintien de l'ordre, NDLR), mais ce n'est pas mon boulot principal», se rappelle-t-il, alors que des dizaines de policiers ont été blessés lors des manifestations du 1er décembre, qui ont donné lieu à Paris à de rares scènes de guérilla urbaine. Parmi ses compagnons, tous n'ont pas de tenue de maintien de l'ordre. Lui en emprunte une à un collègue qui n'était pas déployé. D'autres s'en bricolent une à partir de leur tenue réglementaire.

«Vous partez en chasse»

Après la violence des émeutes du samedi précédent, où le dispositif sécuritaire n'était pas adapté, les autorités savent qu'elles n'ont pas droit à l'erreur. «Lors des briefings, le message était d'une extrême gravité, ils nous disent que si on perd cette bataille-là, ça peut s'effondrer. Ils nous rappellent l'importance de notre métier pour la démocratie et la République», se souvient-il.

«Samedi matin, je me lève vers 04h00, la boule au ventre. On se retrouve. On forme un groupe d'une trentaine d'effectifs, répartis à quatre par véhicules. Nous avons trois lanceurs de balles de défense (LBD), des grenades de désencerclement à main et des grenades lacrymogènes à main», explique-t-il. Pour préserver son anonymat, les lieux parisiens où il a été déployé ne sont pas identifiés.

A 06h30, le travail commence. «La consigne c'est vous partez en chasse, vous contrôlez tous les groupes à risque », leur explique l'officier qui les encadre. Le procureur de Paris avait adressé des réquisitions permettant de contrôler très largement les gens, et de procéder à de très nombreuses interpellations préventives.

Très vite, «on commence à interpeller. Les deux premiers sont des provinciaux, avec des protections complètes, équipement de motard, protège-tibias, casque, coquille. Plus une matraque télescopique, et une gazeuse. Immédiatement après, ce sont deux jeunes de banlieue avec des gros pétards», se souvient Pierre. A chaque fois, c'est la même chose, les policiers confisquent le matériel prohibé et les interpellés attendent, assis et entravés, qu'un véhicule vienne les récupérer. Au total, les forces de l'ordre procèderont à un nombre record de 1.082 interpellations samedi à Paris.

«On charge, on frappe, on interpelle»

«Tout se passe de manière à peu près propre, même si certains commencent à être alcoolisés et en ont marre d'être fouillés», rapporte le policier. Les incidents commencent à éclater en divers points de Paris en fin de matinée.

«On est alors envoyés en soutien d'autres unités prises à partie et à l'assaut des barricades. Là, on arrête de contrôler et on passe en mode MO. On coopère avec les CRS, les gendarmes. On charge, on frappe, on interpelle. On tire aussi au LBD car nous sommes la cible de projectiles», explique Pierre, qui n'a pas été blessé pendant la journée.

«Et après, les pillages ont commencé, et là, ça a été très chaud. A ce moment, on n'avait plus la notion du temps. On n'avait pas été nourris autrement que par nous-mêmes ou ce que nous donnaient les riverains, qui nous encourageaient», se remémore-t-il.

«Mon père m'a dit: ce sont des gens comme moi»

«Quand on arrive sur les pillages, il y a souvent des barricades de gilets jaunes et on passe plus de temps à libérer la rue et soutenir les pompiers que courir après les pilleurs», déplore-t-il.

Puis vers 20H00, Pierre et ses collègues sont libérés. «On fait un débrief, on se réjouit de ne pas avoir de blessés (39 membres des forces de l'ordre seront blessées sur l'ensemble du territoire samedi, NDLR). On se sent fatigués. Certains travaillent dès le lendemain».

Tout au long de cette journée, il dit «ne pas avoir ressenti de haine anti-flic, mais de la haine contre les institutions et le gouvernement, oui. Des gilets jaunes nous interpellaient en nous disant de les rejoindre».

Interrogé sur ce qu'il pense du mouvement, il répond: «Mon père m'a dit: tape pas trop fort, ce sont des gens comme moi . Je comprends leur mouvement, mais je suis policier. On est beaucoup à penser comme moi, mais notre vocation, c'est de protéger les institutions»

(afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • valentin kalitzine le 09.12.2018 20:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le salaire de la peur

    Très intéressant à lire, ces policiers vivent dans une tension et une fatigue extrême après avoir déjà été fortement sollicités suite aux attentats. ne pourrait-on imaginer un accord tacite lorsque les casseurs sont en action ? les gilets jaunes devraient laisser le passage aux policiers intervenant contre les pillards, qui en retour pourraient assouplir un peu le dispositif direct face à ceux qui manifestent pacifiquement. il est urgent que le dialogue s'établisse de part et d'autres afin d'éviter que des personnes puissent être atteintes dans leur intégré physique, manifestants et policiers.

  • Democratie le 09.12.2018 20:13 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Merci

    Bravo à ceux qui maintiennent l'ordre et protègent notre démocratie

  • pass le 09.12.2018 20:11 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    jaun

    D'après ce que l'on entend ce n'est que partie remise ....

Les derniers commentaires

  • Josianele gales le 10.12.2018 16:44 Report dénoncer ce commentaire

    le salaire de la peur

    on passe plus de temps a liberer les rues et soutenir les pompiers que d'interpeller les pilleurs mais dites donc quel beau metier "force de LORDRE"

  • Guillaume le 10.12.2018 11:30 Report dénoncer ce commentaire

    Système pourrit par la finance

    Qui gagne toujours ? Les banques, car des faillites s'en suit des saisies et hop tout benef.... les banques vivent des dettes des gens tels des tiques et tous les partis sont complices de l'augmentation de la dette .

  • Melany le 10.12.2018 10:01 Report dénoncer ce commentaire

    Qui tire réellement les ficelles ?

    Je pense que des salaires bloqués à 8'000 euros mensuels pour le Président et tous les autres (députés entre autres) au prorata contre le bas serait déjà une bonne économie pour la France ! Mais il me semble que le vrai problème n'est pas vraiment là... Il est au-dessus ! Parce qu'en réalité, ces politiciens doivent "jongler" avec des "normes" qui engraissent avant tout les banques, leurs actionnaires et tous les autres lobbyistes (pharma, armement, matières premières etc.) Savoir ou va vraiment le fric est savoir qui tire les ficelles... Donc atteindre les bonnes personnes..

  • Sevy le 10.12.2018 09:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Solution pas chère

    Il faut supprimer le sénat et l'Assemblée pour économiser des milliards qui iront augmenter les retraites, puis voter en supprimant la proportionnelle pour élire une Assemblée de 100 députés qui feront les lois et faire passer ensuite celles-ci devant le peuple qui votera et ainsi il n'y aura plus de manifestations dans les rues contre un gouvernement qui ne veut rien changer!! C'est la seule solution viable mais cela fait plus de 40 ans que les élus ne veulent rien changer et les mesure ttes actuelles ne suffiront pas......

    • renato le 10.12.2018 09:51 Report dénoncer ce commentaire

      et moi et moi et moi

      et donc yaka . . . mais problème , ces gens là ne s'entendent déjà pas entrent eux alors 100 députés puis le ( peuple ) c'est pas demain la veille . . .

    • Pierre le 10.12.2018 10:57 Report dénoncer ce commentaire

      Qui ne veut rien changer?

      Ils me semple que les saccages sont justement pour s'opposer à des changements

    • Claude le 10.12.2018 13:44 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

      @Sevy

      Une constitution comme la nôtre, comme ça tout le monde est concerné.

  • Hdj80 le 10.12.2018 09:03 Report dénoncer ce commentaire

    On nous prend aussi pour des C...

    Et c'est là que nos élus Suisses n'ont compris:Le prix de l'essence et des billets d'avion pourrait augmenter en Suisse afin de lutter contre le réchauffement climatique. On nous prend pour des pives Bon-dioux. Gilets Jaunes tous suite....