France

13 décembre 2019 16:20; Act: 13.12.2019 17:53 Print

«Une réforme historique pour le pays»

Emmanuel Macron a défendu vendredi son projet de réforme des retraites en assurant que son ambition n'était pas «avant toute chose budgétaire».

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L'exécutif s'est montré déterminé vendredi à poursuivre sa réforme des retraites, «historique» selon Emmanuel Macron, tout en ménageant une ouverture vers les syndicats les plus modérés, au neuvième jour de grève dans les transports.

«C'est une réforme de refondation avant toute chose», a déclaré le président de la République, évoquant un projet «historique pour le pays», en réponse à des questions insistantes lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Le chef de l'Etat était resté très discret depuis le début du mouvement le 5 décembre.

Réponse cinglante d'un des leaders de la contestation, Yves Veyrier, numéro un de FO, sur BFMTV: «Le président a tendance à faire l'Histoire avant qu'elle ne se soit déroulée. Moi je pense qu'il faut éviter une erreur historique».

Manifestation mardi prochain

Lors de sa brève prise de parole, Emmanuel Macron a assuré ne pas mener une réforme «avant tout budgétaire». C'est pourtant là que le bât blesse. Depuis l'annonce par le Premier ministre Edouard Philippe d'un «âge d'équilibre» fixé à 64 ans, en dessous duquel on ne touchera pas sa retraite pleine, le premier syndicat français, la CFDT, mais aussi la CFTC et l'Unsa, sont furieux.

Ils ont appelé à manifester mardi prochain en même temps que l'intersyndicale CGT/FO/CFE-CGC/Solidaires/FSU et quatre organisations de jeunesse, qui réclament le retrait pur et simple du projet.

Tard jeudi soir, Matignon a par ailleurs annoncé qu'Edouard Philippe conviait CFDT, CFTC, Unsa et les étudiants de la Fage, favorables au principe d'un système de retraite universel par points, «le plus tôt possible la semaine prochaine». «Améliorer le projet»

Le chef du gouvernement se dit prêt à «continuer à améliorer le projet porté par le gouvernement», en évoquant «la mise en place du minimum de pension, la pénibilité, la retraite progressive et l'accompagnement des transitions vers le système universel», presque mot pour mot les revendications exprimées par les syndicats réformistes. Mais les partenaires sociaux sont priés de faire des propositions sur la question de l'équilibre financier du système.

Jean-Paul Delevoye, le «Monsieur retraites» du gouvernement, prendra-t-il part à cette énième concertation? Fragilisé par les accusations de conflit d'intérêts avec le monde des assurances et un cumul de fonctions interdit par la Constitution, le haut-commissaire n'a pas exclu de démissionner pour préserver la réforme.

«Le projet est plus important que la personne», a-t-il fait valoir dans un entretien à Libération vendredi.

Enseignants entendus

Les syndicats enseignants ont en outre été reçus par le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, qui doit participer dans la soirée à Nancy avec Édouard Philippe à un débat sur les retraites avec des profs.

«C'était une réunion dense et franche, comme nous aurions dû en avoir depuis des mois, avec des enjeux précis posés sur la table» mais «il nous manque encore des précisions et nous maintenons notre appel à la mobilisation mardi», a expliqué à l'AFP Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa, à la sortie du ministère.

Les enseignants craignent de perdre une grosse partie de leur pension de retraite avec la réforme.

«Avancées» pour les policiers

Les syndicats policiers, eux, peuvent saluer des «avancées»: le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a confirmé vendredi que les policiers pourraient partir plus tôt à la retraite grâce à la prise en compte de «la dangerosité» de leur métier.

Pendant ce temps, les difficultés continuent pour les usagers franciliens, avec toujours neuf lignes du métro parisien fermées. Du côté de la SNCF, un quart des TGV, des Intercités et des Transilien circulent. Quatre TER sur 10 sont assurés, essentiellement par bus.

«C'est très compliqué», avec «les trains qui sont bondés», témoigne gare de Lyon Elsa, 23 ans, auxiliaire de puériculture venue de Bourgogne. «C'est épuisant mais je n'ai pas d'autre possibilité, on ne peut pas tous faire du télétravail...», rappelle-t-elle.

Signes de ralentissement

Le trafic SNCF restera très perturbé tout le week-end. Et la perspective de voir les trains circuler normalement pour les congés de Noël s'éloigne de plus en plus, les syndicats de cheminots restant déterminés dans leur refus de la réforme. «La question n'est pas de savoir s'il y aura des trains à Noël, mais combien», indique à l'AFP un responsable au siège de la SNCF. Le mouvement montrait cependant des signes de ralentissement vendredi, avec un taux de grévistes à la SNCF de 13,3% (55,6% le 5 décembre), et deux tiers des conducteurs en grève (85,7% au premier jour du conflit), selon la direction.

(nxp/afp)