Manipulation du climat

02 décembre 2013 07:43; Act: 02.12.2013 07:56 Print

«Urgent» d'encadrer la recherche

La manipulation artificielle du climat pour combattre le réchauffement n'est plus un sujet tabou en dépit d'incertitudes, regrette le philosophe du climat Clive Hamilton.

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Clive Hamilton, chercheur australien, estime «urgent» d'encadrer la recherche en la matière. «Le génie est sorti de la bouteille et il n'y a aucune possibilité de l'y renvoyer», souligne dans un entretien à l'AFP l'auteur du livre «Les apprentis sorciers du climat», paru dans la nouvelle collection Anthropocène au Seuil. Un livre où Clive Hamilton détaille les technologies imaginées depuis quelques années pour tenter de réduire les effets du réchauffement climatique. Certaines propositions, comme envoyer dans l'espace des miroirs géants pour renvoyer les rayons solaires ou agrandir l'orbite terrestre pour éloigner notre planète du Soleil, restent du domaine de la science-fiction. D'autres, moins fantaisistes, sont examinées de près par quelques scientifiques. Certains proposent par exemple de disperser des particules dans la haute atmosphère pour refléter vers l'espace davantage de rayons solaires et donc refroidir la planète en empêchant une partie de chaleur solaire de parvenir jusqu'à nous. D'autres imaginent «fertiliser» les océans avec du fer pour doper le développement d'algues et accroître l'absorption du dioxyde de carbone (CO2).

Financée par des milliardaires

Si aucune n'est mise en œuvre à grande échelle, la recherche en géo-ingénierie est aujourd'hui croissante. Elle est financée par des milliardaires comme Bill Gates, défendue par des think tanks influents aux États-Unis et guettée par des grandes entreprises, explique Clive Hamilton, professeur en éthique publique à Canberra. C'est le chimiste néerlandais Paul Crutzen, prix Nobel en 1995 pour ses travaux sur la couche d'ozone, qui a «ouvert les vannes» en 2006 en plaidant pour un sujet jusqu'alors «tabou», rappelle-t-il. «En dépit des objections de beaucoup de ses collègues, il a écrit cet article car il a ressenti fortement la nécessité d'un plan B sachant que le plan A, celui de réduire les émissions, ne fonctionnait pas». Un pas supplémentaire a été franchi en septembre dernier avec, pour la première fois, l'évaluation de certaines techniques dans le nouveau rapport de référence sur le climat des experts du Giec. Un pas prudent mais un pas de trop, selon Clive Hamilton: «Le Giec a fait une erreur.»

«Efficace en quelques mois»

«Le Giec a été politiquement naïf (...) cela va autoriser des responsables politiques à commencer à en parler publiquement (de géo-ingénierie) alors que, pour le moment, aucun gouvernement n'en parle car il serait alors sévèrement critiqué pour essayer d'échapper à ses responsabilités de réduire les émissions», regrette le philosophe australien. D'autant que, sur le papier, peu d'obstacles empêchent la mise en oeuvre d'une technologie comme la dispersion d'aérosols soufrés dans la haute atmosphère, revenant à «imiter» artificiellement l'effet d'une éruption volcanique. En théorie, «cela pourrait être fait rapidement, à faible coût et pourrait être efficace en quelques mois», redoute Clive Hamilton. Le chercheur met quant à lui en avant les nombreuses inconnues et les risques potentiels liés à une telle dispersion de particules. Si elle permettrait, toujours en théorie, de contenir la hausse du thermomètre, elle n'aurait aucune influence sur d'autres dimensions comme l'acidification croissante des océans due au CO2.

Sujet confidentiel

En septembre, le Giec a également souligné qu'une telle technologie pourrait avoir des effets secondaires, comme amplifier dans certaines régions les modifications des précipitations. «La question urgente est donc de savoir comment gouverner et réguler la recherche, car il n'existe aujourd'hui aucune loi pour empêcher un gouvernement ou même un milliardaire de commencer à manipuler le climat mondial», souligne Clive Hamilton. D'après lui, si le sujet reste confidentiel aujourd'hui, il sera connu «d'au moins 50% des gens d'ici 2020».

(ats)