Bangladesh

03 octobre 2011 08:10; Act: 03.10.2011 10:02 Print

1ère inculpation pour atrocités pendant la guerre

Un tribunal spécial, chargé de juger des personnes accusées d'avoir commis des crimes de guerre pendant la lutte de libération contre le Pakistan en 1971, a inculpé un premier suspect.

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Delawar Hossain Sayedee, 71 ans, membre du plus grand parti islamiste du pays, le Jamaat-e-Islami, a été inculpé de génocide, incendie criminel, viol et persécution religieuse.

Le juge Nizamul Haq a lu à voix haute les vingt charges pesant contre M. Sayedee dans la salle d'audience bondée en présence de l'accusé.

Cette figure politique sera jugée devant le «tribunal international des crimes au Bangladesh», créé il y a un an et baptisé ainsi en dépit de l'absence de toute implication ou supervision des Nations unies. S'il est déclaré coupable, il est passible de la peine de mort par pendaison.

Le Premier ministre, Mme Cheikh Hasina Wajed, élue triomphalement fin 2008, s'était engagée à monter ces tribunaux spéciaux dès que possible, afin de traduire en justice ceux qui sont accusés de viols et de meurtres pendant la guerre d'indépendance de l'ex-Pakistan oriental entre mars et décembre 1971.

Dernier volet de la décolonisation indo-pakistanaise

La naissance du Bangladesh constitue le dernier volet de la Partition de l'Empire britannique des Indes, amorcée les 14 et 15 août 1947 par la naissance du nouveau Pakistan et de l'Inde indépendante.

Le Pakistan est alors coupé en deux: un Pakistan occidental à l'ouest de l'Inde et un Pakistan oriental enclavé dans l'est du sous-continent indien.

Au terme d'une lutte de plusieurs mois, d'une troisième guerre entre l'Inde et le Pakistan et d'une intervention de l'armée indienne aux côtés d'indépendantistes bangladais, le Pakistan oriental devient indépendant le 16 décembre 1971 et se rebaptise Bangladesh.

3 millions de morts

Le gouvernement actuel de Mme Hasina estime que trois millions de personnes ont perdu la vie dans ce conflit.

Un groupe d'enquête privé a identifié 1.175 personnes -- parmi lesquelles des généraux pakistanais et des islamistes alliés d'Islamabad à l'époque -- soupçonnées d'avoir commis divers crimes.

«Des centaines de milliers de personnes ont été tuées pendant notre guerre d'indépendance et nous voyons enfin la justice arriver. C'est un jour mémorable pour notre pays», a commenté l'un des avocats de l'accusation, Syed Haider Ali.

L'accusé nie en bloc

Delawar Hossain Sayedee a rejeté tous les chefs d'accusation: «Chaque mot, chaque phrase et chaque ligne des 4.500 pages d'accusations ne sont que mensonges. Je n'étais pas un collaborateur, je n'ai commis aucun crime», a-t-il dit.

Quatre autres membres de son parti et deux membres du parti d'opposition, le Bangladesh National Party (BNP), ont également été accusés et sont en attente de procès.

Les deux partis rejettent la légitimité de ce tribunal, jugeant que les charges pesant contre leurs responsables ne répondent qu'à des fins politiques.

Le groupe de défense de droits de l'homme, Human Rights Watch, a pour sa part estimé que les conditions dans lesquelles les suspects étaient poursuivis en justice ne répondaient pas aux normes internationales.

(afp)