Affaire Laëtitia

10 février 2011 19:30; Act: 10.02.2011 19:40 Print

2'000 manifestants à Nantes

Indignés par les propos de Nicolas Sarkozy sur l'affaire Laëtitia, les magistrats ont participé jeudi à une journée de mobilisation pour réclamer davantage de moyens pour la justice.

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Des membres de la Sécurite Civile procèdent à la vidange de l'étang. L'étang dans lequel a été retrouvé le corps de Laetitia... ... après de nombreux jours de recherches. Une marche silencieuse en hommage à Laetitia s'est tenue le 29 janvier 2011 entre la Bernerie-en-Retz et Pornic. Les proches de Laetitia se rendent à la cérémonie d'enterrement. Le père (2eD) de la famille d'accueil chez qui vivait Laetitia Perrais parle avec des gendarmes. La façade de la maison où a été interpellé Tony Meilhon, le principal suspect dans la disparition de la jeune Laetitia. Reproduction d'une photo non datée de Tony Meilhon, mis en examen dans le cadre de la disparition de Laetitia Perrais. La mère (D) et la fille (C) de la famille d'accueil, chez qui vivait Laetitia Perrais, sont abbatues. Des personnes ont participé, le 24 janvier 2011 à Saint-Nazaire, à une marche silencieuse en l'honneur de Laetitia Perrais. OLe père biologique de Laetitia, Franck Perrais, a participé à la marche. Laëtitia Perrais, 18 ans, est portée disparue depuis le 19 janvier au matin. Son père a répondu aux journalistes quelques jours plus tard. Des inscriptions appelant à la justice, ont été écrites à l'endroit où a été retrouvé le scooter de Laëtitia Perrais. Le 20 janvier, les policiers menaient une enquête de voisinage dans les environs du drame. Le scooter de la jeune femme a été retrouvé abandonné à quelques dizaines de mètres de son domicile. Des vêtements ont été retrouvés devant la mairie de la Bernerie-en-Retz. Un suspect a été interpellé et placé en garde à vue.

Une faute?

La contestation a connu son moment fort à Nantes, épicentre du mouvement, qui a vu défiler près de 2.000 personnes.

Partie de Nantes (Loire-Atlantique) vendredi dernier après les déclarations du chef de l'Etat liant la mort de la jeune Laëtitia Perrais à un dysfonctionnement de la chaîne pénale, la contestation a gagné l'ensemble des tribunaux de France. Les syndicaux de magistrats USM et SM ont appelé à la poursuite du mouvement jusqu'à lundi, date à laquelle les organisations syndicales devraient être reçues par le garde des Sceaux Michel Mercier.

Sur la façade du tribunal de grande instance de Nantes, sorte de vaste paquebot moderne et noir, une longue banderole proclamait: «Nous sommes tous des juges nantais».

Dans la salle des Pas-perdus, les 155 tribunaux ayant renvoyé les affaires non urgentes étaient représentés sur une feuille A4 donnant l'impression d'une oeuvre conceptuelle. Presque déserte en fin de matinée, l'immense salle s'est gorgée de monde en début d'après-midi.

Magistrats, avocats, greffiers avaient revêtus leurs robes. Les travailleurs sociaux des services pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) portaient des badges ou des blousons fluorescents, les fonctionnaires de police étaient reconnaissables aux autocollants sur leurs vêtements.

Peu après 14h30, la foule s'est muée en cohorte, traversant le pont enjambant la Loire pour rejoindre la préfecture du département.

Décor de cinéma

«La justice ressemble de plus en plus à un décor de cinéma», regrette un juge, dénonçant à Nantes la pénurie de moyens. «On ne réclame pas plus de moyens pour nous, mais pour le justiciable», a renchéri Jérôme Dupré, qui s'exprime sous couvert de son appartenance l'Union syndicale des magistrats (USM).

Ce juge pour enfants au tribunal de Nantes précise que nombre des mesures éducatives sont appliquées avec un long décalage en raison du manque de moyens de leurs partenaires institutionnels.

Près de 3.300 dossiers de suivi extérieurs sont gérés au SPIP de Loire-Atlantique par 15 équivalent temps plein, a expliqué à l'AP un travailleur social de ce service, Bruno Fritel, syndiqué à la CGT. La présence de ses collègues de départements voisins et plus éloignés est signe que «le malaise (est) général», estime-t-il.

Les travailleurs sociaux préparent un détenu à sa sortie de prison ou suive une personne condamnée à une mesure alternative à l'incarcération. La question des moyens, dit-il est primordiale. «Quelle place veut-on nous donner»?

Peu avant que la manifestation ne s'ébranle vers la préfecture, Gilles Patron, le père adoptif de Laëtitia Perrais, a enjoint les magistrats à «ne pas remettre en liberté les criminels sexuels récidivistes» et à leur appliquer «la peine maximum». «Aujourd'hui, vous vous servez du drame que nous vivons pour votre manifestation. Aussi fondée qu'elle soit, c'est une aberration», a-t-il dit.

Propos du chef d'Etat

Une fois devant la préfecture, les responsables syndicaux des différentes organisations ont pris la parole pour dénoncer une fois de plus les propos du chef de l'Etat. «On peut ne peut qu'espérer qu'il pourra au moins ouvrir quelques perspectives», a dit le président de l'USM, Christophe Régnard, en évoquant l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy prévue jeudi soir sur TF1.

Les travailleurs sociaux du SPIP de Loire-Atlantique ont déposé sur les marches de la préfecture 850 boîtes cartonnées symbolisant les dossiers non prioritaire qui ne peuvent être suivis en raison du manque d'effectif.

Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs grandes villes, comme à Lyon, où quelque 300 magistrats, avocats, greffiers, policiers ou encore surveillants de prisons se sont rassemblés à la pause déjeuner devant le tribunal de grande instance. A Marseille, ils étaient aussi près de 300 rassemblés près du palais de justice mais un incendie qui s'est déclaré en début d'après-midi au rez-de-chaussée du Tribunal d'instance, a perturbé le mouvement. Ils étaient aussi 400 à Toulouse.

A Paris, un rassemblement a eu lieu au palais de justice. Les magistrats de la Cour de cassation, réunis jeudi en assemblée générale, ont quant à eux tenus à faire part de «leur très vive préoccupation» face aux «réactions et déclarations récentes» dans l'affaire Laëtitia, une allusion manifeste aux propos de Nicolas Sarkozy.

faute sanctionnée

Jeudi dernier, lors d'un déplacement à Orléans, Nicolas Sarkozy a promis que les fonctionnaires de police et de justice qui ont commis une «faute» dans cette affaire seraient «sanctionnés». «Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute», avait déclaré le chef de l'Etat.

Tony Meilhon, le principal suspect dans le meurtre de Laëtitia Perrais, tué le mois dernier près de Pornic, était sorti de prison depuis moins d'un an et comptait une dizaine de condamnations sur son casier.

(ap)