Liban

22 janvier 2020 00:01; Act: 22.01.2020 06:38 Print

20 ministres pour le nouveau gouvernement

Le Premier ministre Hassan Diab va devoir répondre aux revendications du mouvement de contestation qui agite le pays depuis le 17 octobre.

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La rue libanaise réclame une refonte du système politique et la démission d'une classe politique accusée d'incompétence et de corruption. (Mardi 21 janvier 2020) Le nouveau Premier ministre libanais, Hassan Diab, est un universitaire de 61 ans. (Photo d'archives) L'ex-ministre et universitaire libanais soutenu par le puissant mouvement chiite Hezbollah, Hassan Diab, a été désigné premier ministre jeudi, après une journée de consultations parlementaires. (Jeudi 19 décembre 2019) Des dizaines de jeunes partisans du Hezbollah et d'Amal, les deux partis chiites du pays, ont attaqué vers minuit des camps de manifestants antigouvernementaux dans le centre la capitale. (17 décembre 2019) Ces affrontements ont fait au mois 23 blessés, qui ont été hospitalisés, selon la défense civile. (17 décembre) Des consultations parlementaires lundi au Liban pour permettre d'avancer vers la formation d'un gouvernement ont de nouveau été repoussées, provoquant une nouvelle soirée d'affrontements. (16 décembre 2019) Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre les manifestants samedi soir à Beyrouth. (Liban, 15 décembre 2019) Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc contre les manifestants samedi soir à Beyrouth. (Liban, 15 décembre 2019) Des dizaines de jeunes hostiles au mouvement de contestation au Liban ont lancé samedi des pierres et des pétards sur la police anti-émeute à Beyrouth. (Samedi 14 décembre 2019) Les banques et les écoles sont fermées au Liban, alors que les manifestations contre le pouvoir se poursuivent. (Mardi 12 novembre 2019) La Banque mondiale a appelé mercredi le Liban à former un nouveau gouvernement dans les plus brefs délais. Un mouvement de contestation inédit contre la classe politique en est à son 21e jour. (6 novembre 2019) Les protestations anti-gouvernement ont rassemblé des milliers de personnes dimanche dans plusieurs villes du Liban, comme ici dans la capitale Beyrouth. (Dimanche 3 novembre 2019) Des milliers de manifestants se sont rassemblés samedi soir à Tripoli, grande ville du nord du Liban, pour une mobilisation sous le signe de l'union. (Samedi 2 octobre 2019) Au 13e jour de la révolte, le Premier ministre libanais Saad Hariri et son gouvernement ont démissionné, déclenchant des scènes de liesse. (Mardi 29 octobre 2019) Le Premier ministre libanais Saad Hariri annonce qu'il va démissionner. Sa décision fait suite au soulèvement populaire sans précédent qui touche le pays depuis deux semaines. (29 octobre 2019) Le Premier ministre libanais Saad Hariri a été reçu mercredi par le roi Salmane d'Arabie Saoudite lors de sa première visite à Ryad depuis la crise en novembre déclenchée par l'annonce dans le royaume de sa démission sur laquelle il était ensuite revenu. (Mercredi 28 février 2018) Le premier ministre libanais Saad Hariri, représentant le camp sunnite soutenu par l'Arabie saoudite, a réussi à former un gouvernement avec le Hezbollah pro-iranien, suite à un compromis en 2016. Le président libanais Michel Aoun (ici au centre) venait alors d'être élu grâce au soutien massif du puissant Hezbollah, allié de l'Iran chiite, grand rival régional de l'Arabie saoudite. Or, le premier ministre libanais, qui a les passeport libanais et saoudien, est connu pour ses accointances avec Riyad où il est né et où il a des intérêts économiques. Ici, un poster de l'homme fort du royaume saoudien, le jeune prince Mohammed ben Salmane en pleine rue libanaise, à Tripoli. Saad Hariri (ici avec le roi saoudien Salmane) n'est pas revenu de son voyage en Arabie saoudite depuis deux semaines. Beyrouth estime que son premier ministre y est retenu contre son gré. Il faut dire que le premier ministre libanais a créé la surprise en annonçant le 4 novembre, depuis Riyad, sa démission qui a pris de court tout le monde et fait craindre une escalade des tensions entre les rivaux saoudien et iranien dans la région. Dès le lendemain, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, accuse l'Arabie saoudite d'avoir contraint Saad Hariri à la démission dont l'annonce coïncide avec l'arrestation de dizaines de princes, de ministres et d'hommes d'affaires dans une purge «anti-corruption» sans précédent en Arabie saoudite. Devant l'émotion suscitée dans le pays par la démission brutale de son premier ministre, Saad Hariri réagit: «Je suis libre ici, si je veux voyager demain, je voyage». Pour tenter de résoudre la crise, le président français Emmanuel Macron annonce avoir «invité» Saad Hariri à venir «avec sa famille» en France. L'Elysée précise que celui-ci devrait arriver à Paris «dans les prochains jours». Dépêché en Arabie saoudite, le chef de la diplomatie française annonce le lendemain que Saad Hariri a «accepté l'invitation» de la France.

Une faute?

Le Liban s'est finalement doté mardi d'un nouveau gouvernement qui aura la lourde tâche de relancer une économie en chute libre et de convaincre des manifestants hostiles à la classe politique.

Près de trois mois après la démission de Saad Hariri et plus d'un mois après la nomination du nouveau Premier ministre Hassan Diab, soutenu par le mouvement chiite Hezbollah, un gouvernement composé de 20 ministres a été dévoilé au Palais présidentiel de Baabda.

Hassan Diab, un universitaire de 61 ans, a promis que son gouvernement ferait tout son possible pour répondre aux revendications du mouvement de contestation qui agite le pays depuis le 17 octobre, réclamant une refonte du système politique et la démission d'une classe politique accusée d'incompétence et de corruption.

A l'annonce du nouveau gouvernement, des manifestants ont incendié des pneus et coupé plusieurs routes à travers le pays, notamment dans les villes majoritairement sunnites de Tripoli (nord) et Saïda (sud), ou encore la petite ville côtière de Byblos, au nord de Beyrouth.

«L'indépendance de la justice»

Dans la capitale, quelques centaines de manifestants se sont rassemblés à l'entrée d'une avenue menant au Parlement, bloquée par un barrage de police. Ils ont tenté d'arracher les barbelés et lancé des pierres sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes et activé un canon à eau, selon un vidéaste de l'AFP.

«C'est un gouvernement qui exprime les aspirations des manifestants dans tout le pays» et «qui travaillera à répondre à leurs revendications», a plaidé M. Diab mardi soir, citant «l'indépendance de la justice», «la lutte contre l'enrichissement illégal» et «la lutte contre le chômage».

L'universitaire s'était engagé à nommer un gouvernement de «technocrates indépendants» répondant aux aspirations de la rue. «Tout les ministres dans ce gouvernement sont des technocrates, et donc loin de la politique et des partis», a insisté M. Diab, qui tiendra mercredi son premier Conseil des ministres.

«Se moquer du peuple»

«Nous voulons un nouveau Liban, un Liban sans corrompus», s'indignait déjà à Beyrouth le manifestant Charbel Kahi, avant l'annonce du nouveau gouvernement.

«Qu'ils ne viennent pas se moquer du peuple libanais, en formant un gouvernement. Ca fait deux mois qu'on attend, ils étaient en train de se partager les parts», lance cet agriculteur de 37 ans, contenant à peine sa colère.

La tension est montée d'un cran ces derniers jours, avec des affrontements durant le week-end entre contestataires et forces de l'ordre, qui ont fait plus de 500 blessés à Beyrouth.

Parmi les ministres figurent des noms inconnus du grand public, notamment des académiciens. Le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, honni des manifestants, a été remplacé.

L'équipe comprend un nombre record de femmes, six, dont pour la première fois le ministre de la Défense. La nouvelle équipe a été formée par un seul camp politique, celui du puissant Hezbollah pro-iranien et ses alliés, majoritaires au Parlement. Elle doit encore obtenir un vote de confiance du Parlement.

Pourtant, même entre ces alliés, il aura fallu d'intenses tractations pour répartir les portefeuilles. Au côté du Hezbollah, on compte notamment la formation chiite Amal, ainsi que le Courant patriotique libre (CPL), fondé par le président Michel Aoun.

Avant même l'annonce de mardi, le politologue Hilal Khashan estimait qu'un gouvernement «composé exclusivement de technocrates» était un «voeu pieux».

«Tâche herculéenne»

Pour la nouvelle équipe, les défis sont multiples, en particulier sur le plan économique, dans un pays qui croule sous une dette avoisinant les 90 milliards de dollars (81 milliards d'euros), soit plus de 150% de son Produit Intérieur Brut. Il faudra des réformes structurelles, attendues notamment pour débloquer des milliards de dollars d'aide promis par la communauté internationale.

Les contestataires fustigent des autorités incapables de fournir des services publics de base, alors que, 30 ans après la fin de la guerre civile (1975-90), les Libanais vivent au quotidien avec des coupures d'électricité, un réseau médiocre d'eau courante et une gestion calamiteuse des déchets.

La Banque mondiale a averti en novembre que la moitié de la population du Liban pourrait bientôt vivre sous le seuil de pauvreté, contre le tiers actuellement. Le gouvernement devra également se pencher sur la dépréciation de la livre libanaise, qui a perdu plus d'un tiers de sa valeur face au dollar dans les bureaux de change.

La tâche qui attend le gouvernement «durant cette grave période est herculéenne», confirme Karim Mufti, chercheur en Sciences politiques. «Au vu de la nature multidimensionnelle de la crise, il semble difficile d'envisager des solutions à court terme aux problèmes financiers, économiques et sociaux du pays», dit-il.

Plusieurs partis de premier plan ont refusé de prendre part à la formation du gouvernement, notamment le mouvement du Futur de M. Hariri, les Forces libanaises de Samir Geagea et la formation du chef druze Walid Jumblatt.

(nxp/afp)