Autriche

09 septembre 2010 15:07; Act: 03.02.2012 16:05 Print

Natascha Kampusch critique la police

L'Autrichienne Natascha Kampusch, séquestrée pendant huit ans avant d'échapper à son ravisseur en août 2006, accuse la police de négligence.

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Natascha Kampusch a publié un livre intitulé «3096 Tage» (3096 Jours), soit la durée de sa détention. (Photo: Keystone/AP)

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«A quel point le ravisseur était près de se faire arrêter, si la chose avait été prise au sérieux, je ne l'ai appris qu'après ma captivité», raconte la jeune femme, aujourd'hui âgée de 22 ans, dans son livre intitulé «3096 Tage» (3096 Jours), soit la durée de sa détention.

Natascha Kampusch y évoque ses premiers jours dans le réduit de 5 m2 aménagé sous le pavillon de Strasshof, près de Vienne, où son ravisseur, Wolfgang Priklopil, l'a séquestrée après l'avoir enlevée sur le chemin de l'école.

Alors âgée de 10 ans et grande amatrice de séries policières, elle imaginait depuis son sous-sol comment la police tentait de la sauver, notamment en cherchant des traces ADN ou des morceaux de tissu de ses vêtements.

«Mais en surface, la réalité était bien différente: la police n'a rien fait de tout ça», assène-t-elle dans l'ouvrage paru mercredi en Autriche.

«Comme une criminelle»

Des agents se sont bien rendus chez Priklopil quelques jours après sa disparition, ils ont inspecté son domicile et son véhicule, celui-là même qui a servi à l'enlèvement. Priklopil n'avait pas d'alibi pour ce jour-là, mais la police n'a pas suivi cette piste.

A son évasion, Natascha n'a pas été mieux traitée: réfugiée dans le jardin d'une voisine à qui elle a demandé de prévenir la police, elle voit deux voitures arriver et un agent lui intimer l'ordre de ne pas bouger et de lever les mains en l'air.

«Avec les bras en l'air comme une criminelle, j'ai expliqué à la police qui j'étais», raconte-t-elle, en ajoutant: «ce n'est pas ainsi que j'avais imaginé mes premiers instants de liberté.»

Lors de la description de ses huit ans de calvaire et son évasion aux policiers, elle a ressenti une certaine hostilité du fait qu'elle se soit évadée seule: «Ils (les policiers) n'étaient dans ce cas pas les sauveurs, mais ceux qui avaient échoué pendant des années» à la délivrer.

Attitude ambigüe

Natascha Kampusch a raconté avoir pleuré quand elle a appris que Priklopil s'était suicidé en se jetant sous un train, le jour de son évasion.

«Avec ma fuite, je ne me suis pas seulement libérée de mon ravisseur, j'ai aussi perdu une personne avec laquelle j'avais été, par la force des choses, très proche», écrit-elle dans son autobiographie.

Cette attitude ambiguë a alimenté les spéculations, laissant entendre qu'elle aurait sympathisé avec son ravisseur et protègerait des complices.

Des coups et des sévices

Natascha, elle, dénonce également cette théorie du complot: «Il semblerait qu'il soit plus facile pour les autorités de croire à une conspiration autour de ce crime que d'admettre n'avoir pas trouvé pendant tout ce temps le criminel, qui était seul et avait l'air inoffensif».

Elle n'est pourtant pas tendre avec le ravisseur, souvent qualifié de «paranoïaque», en relatant dans le détail les violences physiques - «en date du 23.08.2005: au moins 60 coups dans le visage, avec son poing sur la tête à en provoquer des nausées, 70 coups de genou sur le coccyx...» - et privations: «je n'avais plus que la peau sur les os... et mon corps présentaient des taches comme celles trouvées sur les cadavres.»

Elle relate également ses tentatives de suicides, mais ne détaille à aucun moment dans son livre des sévices sexuels subis, arguant simplement: «Je veux me préserver un dernier coin de ma sphère de vie privée.»

(ats)