Allemagne

09 novembre 2019 13:12; Act: 09.11.2019 13:28 Print

30 ans après le Mur: contraste Est-Ouest persistant

Trente ans après la chute du Mur de Berlin, le contraste s'estompe entre l'Est et l'Ouest de l'Allemagne. Mais il reste, dans tous les domaines, bel et bien réel.

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Trente ans après la chute du Mur de Berlin, le contraste s'estompe entre l'Est et l'Ouest de l'Allemagne. Mais il reste, dans tous les domaines, bel et bien réel.

«La situation à l'Est est bien meilleure que sa réputation», s'est réjoui fin septembre le gouvernement d'Angela Merkel lors de la présentation du rapport annuel sur l'unité allemande. Il n'empêche: le PIB par habitant des cinq Länder d'ex-RDA ne représentait encore que 74,7% du niveau ouest-allemand en 2018.

Depuis 2010, cet écart s'est réduit de 3,1 points, porté par un tissu d'environ 3000 petites et moyennes entreprises et le dynamisme de Berlin, Leipzig ou Dresde. Et l'ex-RDA partait en 1990 de très loin, avec une saignée de son secteur industriel hérité du collectivisme communiste.

Salaires inférieurs

L'amélioration ne compense pas l'absence de grandes entreprises telles que Volkswagen, Siemens ou Bayer, dont les sièges sont tous à l'ouest et qui emploient des dizaines de milliers de personnes. Aucune entreprise du Dax, l'indice-phare de la Bourse de Francfort, n'a son siège à l'Est.

Les régions d'ex-RDA restent aussi à la remorque de celles de l'ouest en terme de salaire moyen: en 2018, un salarié de l'Ouest gagnait en moyenne 3339 euros brut par mois, contre environ 2600 euros à l'Est, selon l'Agence fédérale pour l'emploi. La productivité y est également moindre, atteignant à l'Est 82% de celle de l'Ouest.

Emploi: fossé en passe d'être comblé

Habitués au plein-emploi étatique en ex-RDA, les Allemands de l'Est ont vécu dans les années 90 et 2000 le choc du chômage, avec des taux dépassant dans certaines villes les 30%.

Mais après avoir atteint des sommets en 2005, le chômage a depuis nettement reflué, du fait en partie du déclin démographique et d'une multiplication des emplois à temps partiels (30,5% à l'Est, contre 27,6% à l'Ouest).

En août dernier, le taux de chômage atteignait 4,8% à l'Ouest, contre 6,4% à l'Est. Et les villes au taux le plus élevé se trouvent désormais en ex-RFA, à Gelsenkirchen (13,8% en avril), Bremerhaven ou Duisburg (12%). L'ex-RDA se caractérise en outre par un taux d'emploi des femmes un peu plus important qu'à l'ouest (73,9% contre 71,6%). Déclin démographique inquiétant

Pays vieillissant

Dans une Allemagne globalement vieillissante, où l'âge moyen est passé de 40 ans en 1990 à 45 ans en 2018, la situation démographique en ex-RDA reste problématique. Depuis 1991, la population des nouveaux Länder est passée de 14,6 à 12,6 millions d'habitants, tandis qu'à l'Ouest (Berlin compris), elle a bondi de 65,3 à 69,6 millions.

Le dynamisme de villes comme Dresde, Iena ou Leipzig ne parvient pas à masquer l'exode et le vieillissement qui frappent ces régions. Les centres-villes offrent le triste spectacle de magasins et immeubles à vendre.

Emigration massive

Dans certaines villes, comme Suhl (Thuringe) ou Francfort-sur-l'Oder (Brandebourg), la population a chuté de plus de 30% en 30 ans, avec des répercussions sur services publics et infrastructures.

L'émigration massive vers l'ouest ou l'étranger de jeunes adultes au début des années 90 a fait chuter la natalité à l'Est, un phénomène qui aura des répercussions durant plusieurs décennies, selon les démographes.

L'accueil de centaines de milliers de réfugiés en Allemagne depuis 2015 n'a pas suffi à inverser la tendance, d'autant que la plupart d'entre eux ont choisi l'Ouest.

L'Est, fief de l'extrême droite

Créée en 2013, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD, extrême droite) réalise ses scores les plus importants à l'Est. Il y recueille désormais entre 20 à 30% des suffrages, contre autour de 10% en moyenne à l'Ouest. En juin, il a fallu un front uni de toutes les formations pour l'empêcher de conquérir à Görlitz sa première ville d'importance.

L'Est, où les partis traditionnels et l'ex-gauche communiste sont en perte de vitesse, est aussi le berceau du mouvement islamophobe Pegida, qui a rassemblé ces dernières années des milliers de manifestants chaque lundi à Dresde.

Cette situation est liée au fait, selon les politologues, que nombre d'Allemands de l'Est ont encore le sentiment d'être des «citoyens de seconde zone». Selon un récent sondage, 74% d'entre eux estiment ainsi que de «très grandes différences» perdurent entre les deux parties du pays.

(nxp/ats)