Russie

10 décembre 2011 08:39; Act: 10.12.2011 19:15 Print

60'000 Russes contestent les élections

L'opposition russe a organisé une manifestation à Moscou pour protester contre les élections législatives qui ont vu la victoire du parti de Poutine.

Sur ce sujet
Une faute?

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté en Russie samedi pour réclamer la fin du régime de Vladimir Poutine et la tenue de nouvelles élections législatives après le scrutin controversé du 4 décembre. Une telle mobilisation était sans précédent depuis son élection au pouvoir en 2000.

Agitant des pancartes «Les rats doivent partir» et «Voleurs, escrocs, rendez-nous nos voix», plusieurs milliers de manifestants ont défilé dans les rues de dizaines de villes, de Vladivostok, sur l'océan Pacifique, jusqu'à Kaliningrad, 7.400 km plus à l'ouest sur la mer Baltique. Fort de ce succès, les opposants ont prévu un nouveau rassemblement le 24 décembre.

A Moscou, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées place Bolotnaya, située de l'autre côté de la rivière Moskova, face au Kremlin.

«Début de la fin pour les voleurs au pouvoir»

«Aujourd'hui, 60.000, peut-être 100.000 personnes étaient présentes au rassemblement», a déclaré l'ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov, dont le parti n'a pas été autorisé à participer aux élections. «Aujourd'hui signe le début de la fin pour ces voleurs au pouvoir», a-t-il ajouté dans un discours prononcé devant la foule massée sur la place.

Même la chaîne télévisée sous contrôle de l'Etat, NTV, a fait état de «dizaines de milliers» de manifestants «qui ne veulent pas de révolution, mais des élections justes, qui sont le meilleur remède contre les révolutions».

Mobilisée en force, la police de Moscou, citée par l'agence de presse Ria Novosti, a de son côté évalué le nombre des manifestants dans la capitale à 25.000.

Nouveau scrutin exigé

A la tribune se sont succédé des représentants de l'opposition, un mélange disparate allant de l'extrême gauche aux libéraux en passant par le mouvement nationaliste «Les Russes». «Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev ont fait une découverte très désagréable pour eux aujourd'hui. La Russie a un peuple», a déclaré Sergueï Mitrokhine, chef du parti libéral d'opposition Iabloko.

«Les dizaines de milliers de personnes qui se rassemblent aujourd'hui ne se laissent pas faire quand Poutine et (le chef de la commission électorale Vladimir) Tchourov leur volent 12 millions de voix», a renchéri l'un des dirigeants de l'opposition libérale, l'ancien ministre Boris Memtsov.

Il a précisé que l'opposition exigeait la libération des personnes emprisonnées depuis les premières manifestations le 5 décembre (1.600 interpellations à Moscou et à Saint-Pétersbourg), la fin de la «censure», et l'organisation de nouvelles élections.

Sans précédent

Cette journée de manifestations s'annonce d'ores et déjà comme la plus forte mobilisation contre le pouvoir depuis que Vladimir Poutine a été élu à la présidence en 2000, fonction qu'il a abandonnée en 2008 pour devenir le Premier ministre de son dauphin Dmitri Medvedev.

Vladimir Poutine devrait, selon toute vraisemblance, retrouver son siège au Kremlin lors de la présidentielle de mars 2012.

Tricherie

Les manifestants jugent que seules des fraudes ont pu épargner une déroute électorale à Russie unie, parti de Vladimir Poutine, aux législatives. Le scrutin a été remporté par cette formation, qui a toutefois fortement reculé avec 49,32% des suffrages exprimés, selon les résultats officiels publiés samedi, contre 64,3% aux législatives de 2007, et obtient 238 mandats sur 450 à la Douma (chambre basse du parlement).

Les dirigeants de Russie unie ont de leur côté démenti toute tricherie et Vladimir Poutine a accusé les Etats-Unis d'encourager et financer les opposants.

Manifestants arrêtés

A Saint-Pétersbourg, ce sont 10.000 personnes, selon la police, qui ont manifesté dans le centre-ville, scandant «La Russie sera libre !» ou «Poutine - voleur !». Plusieurs milliers de personnes ont aussi manifesté dans l'Oural et en Sibérie, notamment à Ekaterinbourg et Novossibirsk.

Selon l'agence Interfax, 130 personnes ont été interpellées à travers le pays

(ats)