Bolivie

13 novembre 2019 00:29; Act: 13.11.2019 05:47 Print

Añez présidente par intérim, Morales proteste

La sénatrice Jeanine Añez s'est proclamée mardi présidente par intérim de la Bolivie. Une annonce qualifiée de «coup d'Etat» par l'ex-président Evo Morales.

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Jeanine Añez, 52 ans, deuxième vice-présidente du Sénat, s'est proclamée mardi à la tête de la Bolivie malgré l'absence de quorum au Parlement, arguant de «la nécessité de créer un climat de paix sociale» dans le pays secoué par une grave crise politique depuis l'élection présidentielle fin octobre.

«Nous souhaitons convoquer des élections au plus vite», a ajouté la sénatrice de droite qui revendiquait la présidence par intérim face à la vacance du pouvoir provoquée par les démissions en cascade du président Morales et de ses successeurs prévus par la Constitution, à savoir le vice-président, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés.

Jeanine Añez s'est immédiatement rendue au siège du gouvernement où elle a prêté serment, tandis que le Tribunal constitutionnel a validé cette élection. Elle s'est ensuite réunie avec les chefs de l'armée et de la police.

Evo Morales a promis de poursuivre «la lutte»

«Le coup d'Etat le plus astucieux et le plus odieux de l'histoire a eu lieu», a aussitôt réagi sur Twitter l'ex-chef de l'État socialiste depuis son exil au Mexique, dénonçant la proclamation de Jeanine Añez, «entourée d'un groupe de complices et dirigée par l'armée et la police qui répriment le peuple».

Depuis Mexico, où il est arrivé dans l'après-midi en avion militaire après un périple rocambolesque de seize heures au gré des ordres et contrordres des pays latino-américains survolés, Evo Morales a promis de poursuivre «la lutte», affirmant qu'il ne cesserait pas de «faire de la politique». «Tous les peuples ont le droit de se libérer», a dit celui qui a longtemps incarné un symbole d'émancipation pour les populations indigènes de son pays.

Il a aussi remercié le Mexique de lui avoir «sauvé la vie». Il était notamment accompagné de l'ancien vice-président Alvaro Garcia Linera et de l'ex-ministre de la Santé, Gabriela Montaño. «Ça me fait mal d'abandonner le pays pour des raisons politiques, mais (...) je reviendrai bientôt avec plus de force et d'énergie», avait tweeté lundi soir Evo Morales, qui a démissionné dimanche après avoir été lâché par l'armée.

Le chef de l'État s'était retrouvé de plus en plus isolé tandis que la crise politique s'accélérait soudainement dans le pays, où une grève générale et les manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours.

Sept personnes sont mortes, dont quatre tuées par balle, dans les violences post-électorales, a annoncé mardi le procureur général. Deux personnes sont mortes à La Paz (ouest), deux à Santa Cruz (est) et trois dans des affrontements à Cochabamba (centre), a précisé Juan Lanchipa qui a annoncé des enquêtes sur chacun de ces cas.

«Sans gouvernement»

«Je félicite la nouvelle présidente constitutionnelle de Bolivie Jeanine Añez», a réagi sur Twitter le candidat centriste Carlos Mesa, qui contestait les résultats de la présidentielle du 20 octobre et réclamait un second tour.

Le leader de la contestation populaire, Luis Fernando Camacho, a également reconnu la sénatrice d'opposition comme présidente par intérim et appelé à une «suspension des manifestations», notamment dans son fief de Santa Cruz (est).

À son arrivée au Parlement, où n'ont pas siégé les parlementaires du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti de Evo Morales, Jeanine Añez avait déclaré à la presse: «Nous ne pouvons pas rester sans gouvernement». Selon la Constitution, une élection présidentielle doit être convoquée dans les 90 jours suivant la démission du chef de l'État.

Police déployées dans La Paz

Après trois semaines de contestation dans les rues, un tel climat de violence s'est installé que la police, s'estimant «dépassée» par la situation, a demandé lundi l'aide de l'armée. Les forces de l'ordre ont été déployées dans La Paz, tandis que des partisans d'Evo Morales se concentraient sur la place San Francisco, non loin du Parlement.

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, un allié d'Evo Morales, a demandé à l'armée bolivienne de rétablir au pouvoir l'ex-chef de l'État, considérant que le pays courait un risque de «guerre civile». «Votre commandant en chef, par ordre constitutionnel et vote du peuple, s'appelle Evo Morales Ayma et vous devez le restaurer au pouvoir », a déclaré Nicolas Maduro.

(nxp/afp)