Tessin

10 février 2019 07:22; Act: 10.02.2019 11:12 Print

Affaire Argo 1: le gouvernement a failli

Une Commission d'enquête parlementaire épingle le gouvernement tessinois concernant sa gestion d'un centre de requérants.

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La société de sécurité Argo 1 avait été engagée par le canton du Tessin sans une mise au concours régulière. (Photo: Keystone)

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Le gouvernement tessinois a failli à ses responsabilités dans l'affaire Argo 1, du nom de la société chargée de la gestion d'un centre de requérants d'asile. Telle est la principale conclusion du rapport que vient de publier la Commission d'enquête parlementaire et qui sera débattu lors de la prochaine session du Grand Conseil qui s'ouvre dans une semaine.

La Commission d?enquête parlementaire (CEP) avait été instaurée par le Grand Conseil tessinois, en novembre 2017, six mois après l?arrestation d?un employé de cette société de surveillance d?un centre de requérants d?asile. L'homme, un double national turco-suisse, a depuis été condamné par le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone pour recrutement de membres destinés à rejoindre les organisations islamistes.

Le directeur d'Argo 1 était arrêté le même jour. Celui-ci était accusé de violation de la loi sur le travail, usure, séquestration et actes de violence contre un requérant d?asile du centre de Camorino, celui-là même que surveillait sa société.

Or Argo 1 avait été engagée par le canton sans une mise au concours régulière. Après la double arrestation menée dans le cadre d'une vaste rafle antiterrorisme effectuée par le Ministère public de la Confédération et celui du Tessin, la société Argo 1 a été immédiatement relevée de son mandat.

Accusations pénales abandonnées

Dans son rapport de 131 pages, la CEP met le doigt sur les «manquements» du Conseil d?Etat tessinois. «Le gouvernement tessinois n?a pas joué son rôle», estime la CEP. Il partage la responsabilité dans le scandale Argo 1 avec Paolo Beltraminelli, le directeur du Département cantonal de la santé publique dont dépend la gestion des centres de requérants d'asile au Tessin.

La Commission d'enquête parlementaire reconnaît certes qu'en 2016-2017 la gestion des centres de requérants d'asile au Tessin se trouvait en «situation d?urgence». Tel était l'argument alors avancé par l'Etat pour justifier le choix, sans mise au concours, d'Argo 1.

La société avait été choisie pour ses tarifs concurrentiels, constate la CEP. Or «le gouvernement aurait dû être conscient de ce qui se passait et n'aurait pas dû laisser cette gestion au seul Département de la santé publique».

Et la CEP d'ajouter que son directeur, Paolo Beltraminelli, «a sous-évalué le problème tout en surévaluant ses collaborateurs. Sa passivité leur a permis de gérer le cas sans suivre les règles».

Au Parlement bientôt

Le rapport de la CEP sera soumis à l'approbation du Grand Conseil tessinois lors de la prochaine session qui s'ouvrira le 18 février. Cette étape mettra un terme à cette affaire dont le volet pénal s'est clos en novembre dernier. Les accusations de corruption active et passive contre le responsable d?Argo 1 et un fonctionnaire du Département de la santé publique ont en effet été abandonnées par le procureur chargé de l'enquête.

Ce rapport était tellement attendu qu'il a fait l'objet de fuites dans la presse avant sa présentation officielle. La CEP a porté plainte pour violation du secret de fonction.

(nxp/ats)