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20 février 2019 08:17; Act: 20.02.2019 13:29 Print

Affaire Benalla: l'heure de vérité au Sénat

Le Sénat doit prendre connaissance mercredi du rapport d'enquête sur l'affaire Benalla. L'ex-chargé de mission de l'Elysée a passé la nuit en prison.

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L'ancien chargé de mission de l'Élysée, Alexandre Benalla, a obtenu un passeport de service qu'il avait sollicité par «une note dactylographiée à en-tête du chef de cabinet» de l'Elysée non signée, a affirmé devant le Sénat le directeur de cabinet de la présidence de la République, Patrick Strzoda (photo). 16 janvier 2019 Alexandre Benalla a rendu ses passeports diplomatiques ce mercredi 9 janvier 2019. L'Elysée a sommé Alexandre Benalla de s'expliquer sur «d'éventuelles missions personnelles et privées» qu'il aurait menées pendant ses fonctions à l'Elysée. (27 décembre 2018) Le président français, Emmanuel Macron, voit se profiler un sujet embarrassant avec le voyage au Tchad d'un de ses anciens collaborateurs: Alexandre Benalla. L'homme refait parler de lui après avoir été à l'origine d'une retentissante affaire au début de l'été. (Mercredi 26 décembre 2018) C'est cette fois pour des violences commises en marge du défilé du 1er mai à Paris, au Jardin des Plantes, quelques heures avant l'épisode de la Contrescarpe, que l'ancien collaborateur de l'Elysée est mis en examen depuis le 29 novembre, a appris dimanche l'AFP de source proche du dossier. (Dimanche 16 décembre 2018) Le couple molesté par Benalla sera jugé pour violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique. (Mardi 2 octobre 2018) Alexandre Benalla a déclaré à la commission des lois du Sénat avoir «l'impression» d'être «instrumentalisé à des fins politiques». (Mercredi 19 septembre 2018) Alexandre Benalla jure de dire «toute la vérité et rien que la vérité». Avec plusieurs minutes de retard, Alexandre Benalla arrive à la salle Clémenceau, où les sénateurs l'attendent pour l'auditionner. La presse aussi. (Mercredi 19 septembre 2018) Alexandre Benalla est auditionné au Sénat. Ses fonctions à l'Elysée sont au coeur des auditions de la commission d'enquête sénatoriale qui tente de comprendre son rôle dans la sécurité d'Emmanuel Macron. (Mercredi 19 septembre 2018) Menacé de sanctions, l'ex-chargé de mission de l'Elysée va finalement répondre aux questions des sénateurs français. (Mardi 11 septembre 2018) A gauche, une vidéo qui montre Alexandre Benalla en pleine action contre un manifestant et à droite l'ex-collaborateur s'expliquait sur le plateau de TF1. L'ancien collaborateur de Macron souhaite être entendu par le Sénat. (30 juillet 2018) Perquisition du bureau de Benalla à l'Elysée. Ici on peut observer sur la photo Emmanuel Macron avec son ex-collaborateur. (25 juillet 2018) «Ça n'est pas la République des fusibles, la République de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps. S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français», a déclaré le chef de l'Etat français devant les députés de la majorité, ce 24 juillet 2018. Edouard Philippe à l'Assemblée nationale: «Une dérive individuelle de la part de ce chargé de mission ne fait pas une affaire d'Etat.» (Mardi 23 juillet 2018) Le patron des députés Les Républicains Christian Jacob a annoncé mardi que son groupe allait déposer une motion de censure. (Mardi 24 juillet 2018) Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a estimé que c'était aux services d'Emmanuel Macron, et non à lui, de tirer les conséquences de la vidéo polémique. (23 juillet 2018) Audrey Gadot, l'avocate d'Alexandre Benalla, arrive au Palais de Justice. (22 juillet 2018) Alexandre Benalla, habillé en policier, frappe un manifestant durant les manifestations du 1er mai à Paris. (1er mai 2018) Alexandre Benalla (à droite) moleste une femme en marge des manifestations du 1er mai. (1er mai 2018) Alexandre Benalla au milieu de manifestants. (1er mai 2018) Alexandre Benalla (à droite) frappe un manifestant lors des manifestations du 1er Mai. (1er mai 2018) Alexandre Benalla et Emmanuel Macron arrivent à l'école de primaire de Berd'huis, où le président est attendu pour une interview télévisée. (12 avril 2018) Alexandre Benalla et Emmanuel Macron devant l'usine Whirlpool, avant l'élection présidentielle. (26 avril 2017) Alexandre Benalla assure la sécurité du candidat d'En Marche! lors de la campagne présidentielle. (13 décembre 2016) Alexandre Benalla et Emmanuel Macron se baladent à vélo lors des vacances présidentielles. (17 juin 2017)

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Invraisemblances, incohérences, contradictions, mensonges: la commission des Lois du Sénat dévoile mercredi son rapport d'enquête sur l'affaire Benalla, du nom de l'ex-chargé de mission de l'Elysée soupçonné d'avoir menti sous serment, ce qui pourrait l'exposer à de nouvelles poursuites judiciaires.

Alexandre Benalla a été placé mardi soir en garde à vue pour ne pas avoir respecté son contrôle judiciaire dans l'enquête sur les violences du 1er mai 2018 à Paris qui lui a valu d'être mise en examen.

Au Sénat, à majorité d'opposition, la commission des Lois s'est réunie un peu après 08H00 à huis clos, sous la présidence de Philippe Bas (LR), pour prendre connaissance du rapport de Jean-Pierre Sueur (PS) et Muriel Jourda (LR).

Les conclusions doivent être soumises à ses membres en fin de réunion. Elles seront ensuite rendues publiques au cours d'une conférence de presse, prévue à 11H00, ont indiqué à l'AFP des sources proches de la commission.

Selon ces sources, Philippe Bas et les rapporteurs devraient également soumettre à ses membres une lettre adressée au président du Sénat Gérard Larcher, tirant «les conséquences éventuelles» en termes judiciaires.

Les déclarations antérieures du président Bas comme des rapporteurs ne laissent cependant guère place au doute. Le rapport ne pourra qu'être «sévère» sur les dysfonctionnements des services de l'Etat dans cette affaire.

«Le mensonge est caractérisé pénalement»

Les personnes auditionnées par la commission d'enquête depuis fin juillet - plus d'une vingtaine - ont en effet prêté serment et sont donc passibles de cinq ans de prison et 75'000 euros d'amende en cas de faux témoignage.

La décision finale de saisir ou non la justice reviendra au Bureau du Sénat. Le premier visé est Alexandre Benalla lui-même. Sans attendre les conclusions de la commission d'enquête, plusieurs sénateurs ont en effet déjà estimé que l'ancien chargé de mission de l'Elysée, avait menti lors de ses auditions.

«On a vu qu'il avait menti devant cette commission d'enquête (...), c'est un avis quand même assez largement partagé au sein de la commission», a assuré mercredi le sénateur LR François-Noël Buffet, vice-président des Lois, sur FranceInfo.

Selon lui, Benalla n'est pas le seul à avoir menti. «M. Crase par exemple a pu éventuellement dire des mensonges, peut-être d'autres par omission», a-t-il avancé. François Grosdidier, autre sénateur LR membre de la commission des Lois, avait estimé mardi auprès de l'AFP que «le mensonge est caractérisé pénalement» pour M. Benalla.

Dernier volet, le rapport devrait formuler «13 propositions» pour permettre «l'amélioration des conditions» de la protection des chefs de l'Etat et hautes personnalités.

Affaire d'Etat ?

Dans la majorité présidentielle, les premières critiques ont commencé à fuser. Aurore Bergé, porte-parole de La République en marche, a estimé que la commission d'enquête a «voulu faire de la politique» et crée un «précédent dangereux».

La commission des Lois du Sénat s'était vu attribuer les prérogatives de commission d'enquête pour six mois le 23 juillet après la diffusion d'images montrant Alexandre Benalla en train de molester un manifestant en marge des défilés du 1er mai à Paris. Dans le même temps, une commission d'enquête analogue faisait long feu à l'Assemblée nationale, dominée par la majorité présidentielle, au grand dam des oppositions.

Les sénateurs se sont d'abord interrogés sur la présence de ce proche collaborateur d'Emmanuel Macron parmi les policiers ce jour-là, officiellement comme simple «observateur».

Très vite ils se sont attachés à déterminer quelle était sa fonction exacte et s'il avait un rôle actif dans la protection du chef de l'Etat, qui relève par principe de services spécialisés. Ils se sont en parallèle interrogés sur les sanctions prises ou non à son égard après les faits du 1er mai.

Ils ont été très vite confrontés à des «incohérences» sur des questions très précises, comme le permis de port d'arme dont il disposait.

L'affaire des passeports diplomatiques

La commission d'enquête a entendu des ministres, des responsables de la police et de la gendarmerie, mais aussi des personnalités du cercle restreint de l'Elysée: Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président, Alexis Kohler, secrétaire général de l'Élysée, François-Xavier Lauch, chef de cabinet, ou le général Éric Bio Farina, commandant militaire de la présidence.

Après l'audition retentissante d'Alexandre Benalla en septembre, on pensait le dossier quasiment clos. C'était sans compter sur la «2e affaire Benalla», concernant cette fois l'utilisation de ses passeports diplomatiques après son licenciement.

Nouvelle série d'auditions au Sénat et nouvelle série de questions aussi sur la réalité des sanctions prises à l'égard d'Alexandre Benalla et sur les activités qu'il aurait pu avoir en marge de ses fonctions, en particulier en lien avec un oligarque russe.

(nxp/ats)