France

18 mai 2019 07:52; Act: 18.05.2019 14:54 Print

Affaire Lambert: un arrêt des soins dès lundi?

L'arrêt des soins de Vincent Lambert, ce patient français, tétraplégique en état végétatif, pourrait débuter lundi, après une longue bataille judiciaire.

Sur ce sujet
Une faute?

L'affaire Vincent Lambert, devenue le symbole du débat sur la fin de vie en France, pourrait connaître son épilogue à partir de lundi avec l'arrêt programmé des traitements de ce patient tétraplégique en état végétatif depuis plus de dix ans, combattu jusqu'au bout par ses parents.

Selon une source médicale, ce protocole de fin de vie pourrait durer de deux à quatre jours et comprendre, outre l'arrêt des machines à hydrater et alimenter, une sédation «contrôlée, profonde et continue» de cet homme aujourd'hui âgé de 42 ans, ainsi qu'une prise d'analgésique «par précaution».

Appel au rassemblement

Farouchement opposés à l'arrêt du traitement, les parents du patient appellent à un rassemblement devant l'hôpital Sébastopol dimanche dès 15 heures pour «supplier» les médecins «de continuer à nourrir et hydrater» leurs fils.

Cette famille est déchirée: d'un côté les parents, Viviane (73 ans) et Pierre (90 ans), fervents catholiques, ainsi qu'un frère et une soeur; de l'autre l'épouse de Vincent, Rachel, six frères et soeurs et son neveu François dénoncent un acharnement thérapeutique.

Le «droit du patient»

Depuis 2013 et un premier arrêt des soins, stoppé sur décision judiciaire, les parents ont multiplié les recours devant maintes juridictions. L'un des derniers en date, devant le Conseil d'Etat, s'est conclu en avril par un énième rejet, ouvrant la voie à un nouvel arrêt des soins... jusqu'à vendredi soir.

Les avocats des parents ont en effet brandi un document d'un organisme de l'ONU, le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH), demandant de nouveau à la France de ne pas suspendre les soins dans l'attente de l'examen du dossier sur le fond par ses soins. Mais la France répète que ces mesures conservatoires «sont dépourvues de caractère contraignant» et met en avant le «droit du patient à ne pas subir d'obstination déraisonnable».

S'enchaîner aux grilles

Aucune information ne filtre en tout cas sur le dispositif de sécurité pour protéger la mise en place de ce protocole toujours controversé. Sollicité par l'AFP, le préfet de la Marne Denis Conus a fait sobrement savoir : «La préfecture est informée de la situation et ne souhaite pas communiquer». Seule certitude échappée des silences officiels: aucune entrée ne sera autorisée sur le site de Sébastopol, déjà soumis à des conditions d'accès draconiennes depuis que l'affaire Lambert a pris cette dimension.

«Je ne vois pas pourquoi il y aurait des débordements» devant l'hôpital, estime cependant l'un des avocats des parents, Me Jean Paillot, alors que, du côté de la famille de Vincent Lambert favorable à l'arrêt des traitements, certains expriment la crainte de voir des gens s'enchaîner aux grilles de l'enceinte de l'hôpital ou, pire, tenter un enlèvement de Vincent Lambert.

La chose paraît cependant peu vraisemblable tant le service des soins palliatifs et de l'unité «cérébrolésés» que dirige le Dr Vincent Sanchez, qui a annoncé le 10 mai à la famille l'interruption des traitements, est en lui-même un bunker hermétique au sein du site Sébastopol.

«Rajouter du temps, c'est rajouter de la souffrance»

Dans son livre «Ma vérité sur l'affaire Lambert» paru en 2015, le Pr Éric Kariger, l'ancien médecin de Vincent Lambert de 2009 à 2014, décrit ainsi les conditions d'hospitalisation de son patient.

«Le CHU installe une caméra à l'entrée de sa chambre, équipe sa porte d'une serrure capable de tracer les entrées et les sorties, perce un hublot dans sa porte de façon à pouvoir l'observer sans l'ouvrir. Des rondes sont organisées. Les visiteurs sont obligés de passer nous voir. Nous vérifions leur identité, conservons leur carte d'identité le temps de la visite».

«Rajouter du temps, c'est rajouter de la souffrance à Vincent Lambert, à sa famille, à l'équipe soignante» confie à l'AFP le Dr Kariger, toujours favorable à l'arrêt des traitements. Chrétien revendiqué, il s'étonne par ailleurs de la position récente de l'archevêque de Reims.

«Les spécialistes semblaient s'accorder sur le fait que Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n'est pas en fin de vie. Tout en saluant l'engagement des équipes du CHU de Reims, on peut s'étonner que Vincent Lambert n'ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l'accompagnement des patients en état végétatif», écrivait l'homme d'Église dans un communiqué le 13 mai.

Une «Prière à Vincent Lambert» sera aussi proposée dimanche à la lecture dans toutes les églises du diocèse de Reims. Ces derniers mots: «Prions pour que notre société française ne s'engage pas sur la voie de l'euthanasie».

(nxp/afp)