Droits de l'Homme

21 février 2018 23:40; Act: 22.02.2018 06:06 Print

Amnesty dénonce les discours de haine

L'ONG Amnesty International a publié son rapport annuel sur les droits humains dans le monde et dénonce les discours de haine.

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Un village rohingya incendié dans l'Etat de Rakhine en 2017. (Photo: AFP)

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Le monde subit les conséquences effroyables de discours de haine qui menacent de normaliser la discrimination contre des groupes marginalisés, souligne Amnesty dans son rapport 2017/18 sur les droits humains dans le monde. L'ONG constate toutefois l'essor de mouvements oeuvrant pour la justice sociale.

Le rapport d'Amnesty International (AI) sur la situation des droits humains dans le monde couvre 159 pays, rappelle l'ONG dans un communiqué. «La décision prise en janvier par les Etats-Unis d'interdire son territoire aux personnes venant de plusieurs pays à majorité musulmane, action au caractère discriminatoire évident, a donné le ton à une année durant laquelle des dirigeants ont mené une politique de la haine aux conséquences néfastes», résume le secrétaire général d'AI, Salil Shetty, dans ce communiqué.

«Nous avons pu observer, avec la campagne de nettoyage ethnique menée contre les Rohingyas au Myanmar, ce qu'il arrive lorsqu'une société est encouragée à haïr et utiliser des minorités comme bouc émissaire», poursuit-il.

Hommes de pouvoir pointés du doigt

«Bien peu de gouvernements défendent les droits humains en ces temps de grande instabilité», note M. Shetty. Ainsi, «des dirigeants tels qu'Abdel Fattah al-Sissi, Rodrigo Duterte, Nicolás Maduro, Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping portent atteinte aux droits de millions de personnes», constate-t-il.

«La faiblesse des réactions face aux crimes (...) commis en Birmanie, en Irak, au Soudan du Sud, en Syrie ou au Yémen n'a fait que souligner le manque de volonté des Etats. Les gouvernements (...) reviennent sans vergogne sur des protections durement acquises», ajoute-t-il.

Droits des femmes menacés

Cette régression se manifeste par un certain nombre de signes dont certains sont cités dans le rapport, tels que la répression du droit de manifester en France ou les tentatives visant à effacer les avancées dans le domaine des droits des femmes aux Etats-Unis, en Russie ou encore en Pologne.

En lançant son rapport à Washington, AI a voulu mettre en garde contre le fait que le recul opéré par Donald Trump sur les droits humains représente un dangereux précédent pour les gouvernements qui suivront.

L'organisation constate toutefois l'essor de mouvements menant campagne en faveur de la justice sociale. La grande Marche des femmes aux Etats-Unis, qui a fait écho dans d'autres pays, témoigne de l'influence grandissante de ces nouveaux mouvements, comme le phénomène #MeToo et le mouvement «Ni Una Menos» en Amérique latine, qui dénoncent la violence à l'égard des femmes et des filles.

Liberté de parole essentielle

La volonté de dirigeants de premier plan de promouvoir de «fausses nouvelles» dans le but de manipuler l'opinion et les attaques contre les institutions qui jouent un rôle de garde-fou vis-à-vis du pouvoir montrent que la liberté de parole représentera cette année un enjeu essentiel.

Des centaines de militants ont été tués en 2017 parce que les autorités ont voulu les réduire au silence et museler les médias, souligne Amnesty. Le rapport cite la Turquie, l'Egypte et la Chine, qui ont emprisonné le plus grand nombre de journalistes. En Chine, le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo est mort après avoir été emprisonné pour avoir critiqué le gouvernement.

Des gouvernements s'en prennent aux militants des droits humains. AI a ainsi dû faire face en Hongrie à des manoeuvres menaçant son action et en Turquie à l'arrestation sans précédent de plusieurs de ses représentants.

Réfugiés et migrants diffamés

La diffamation des réfugiés et des migrants au plus haut niveau a atteint des niveaux sans précédent. Si les propos du gouvernement de Donald Trump à l'encontre des réfugiés ont fait les gros titres, il «n'est pas le seul à mener une politique xénophobe».

«Si l'on observe ce qui se passe en Australie ou en Hongrie, cela fait longtemps que des dirigeants considèrent les réfugiés et les migrants comme un problème dont il faut se débarrasser, et non comme des êtres humains qui ont des droits», relève Salil Shetty.

(nxp/ats)