Mali

18 mai 2012 20:10; Act: 18.05.2012 22:47 Print

Amnistie votée pour les auteurs du putsch

L'Assemblée nationale malienne a approuvé vendredi un projet de loi prévoyant l'amnistie des auteurs du coup d'Etat du 22 mars contre le régime d'Amadou Toumani Touré.

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Le texte, qui doit encore être validé par le président pour entrer en vigueur, a été adopté par les 122 députés présents. Cette amnistie est prévue par un accord-cadre signé le 6 avril entre les putschistes et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), pour un retour à l'ordre constitutionnel.

Selon un document de l'Assemblée dont l'AFP a obtenu copie, l'amnistie concerne les faits commis «entre la période allant du 21 mars, date du début de la mutinerie» de militaires ayant débouché, le 22 mars, sur le renversement des institution, jusqu'«au 12 avril 2012, date de la prestation de serment du Président de la République» par intérim.

Les infractions amnistiées sont notamment «mutinerie, atteinte à la sûreté intérieure de l'Etat, atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat, destructions d'édifices, opposition à l'autorité légitime, violences et voies de fait, homicide volontaire, involontaire, pillage, atteintes aux biens publics».

«Le projet de loi portant amnistie des faits survenus lors de la mutinerie ayant abouti à la démission du Président de la République» ATT non seulement les auteurs du coup d'Etat, mais aussi les «personnes (leur) ayant apporté un concours», selon un amendement adopté par les députés. Aucune indication n'était immédiatement disponible sur le nombre de personnes que cela représente.

Dans le texte initial, l'amnistie visait les «officiers, sous-officiers, hommes de rang et toutes autres personnes (...) ayant pris part à quelque titre que ce soit» à la mutinerie et au coup d'Etat. Aucune indication n'était immédiatement disponible sur le nombre de personnes susceptible d'être concernées par cette mesure.

Crise politique

Le putsch à Bamako a précipité la crise dans le nord du Mali, où divers groupes armés, rebelles touareg et islamistes notamment, menaient une offensive contre l'armée et plusieurs localités depuis mi-janvier.

Cette vaste zone en majorité désertique, regroupant trois régions administratives - Kidal (nord-est), Gao (nord-est) et Tombouctou (nord-ouest) - est tombée sous le contrôle des assaillants en trois jours, entre les 30 mars et 1er avril, au terme d'une progression-éclair qui a coupé le pays en deux.

L'amnistie votée par les députés est prévue par un accord-cadre signé le 6 avril par les putschistes et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour un retour à l'ordre constitutionnel au Mali.

Elle est un des «textes législatifs d'accompagnement du processus de transition» envisagés, avec une «loi portant indemnisation des victimes de la guerre» dans le Nord «et des victimes de la guerre et du mouvement insurrectionnel du 22 mars» (coup d'Etat), une loi portant prorogation du mandat des députés jusqu'à la fin de la transition et une loi portant création d'un Comité militaire pour suivre une réforme des forces de défense et de sécurité du pays.

Impasse totale

Ce vote se tient alors que l'impasse politique est totale au Mali: les putschistes gardent une forte influence à Bamako et, bien qu'ayant accepté de rendre le pouvoir à des civils, s'opposent au maintien du président par intérim Dioncounda Traoré au-delà de 40 jours, soit le 22 mai.

Cette semaine, le chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, a réclamé l'organisation urgente d'une «convention nationale» pour choisir le président de transition jusqu'à l'organisation prévue d'ici à un an d'un nouveau chef de l'Etat. Mercredi soir à Abidjan, Dioncounda Traoré a estimé que ce n'était «pas une solution» pour sortir de la crise.

Inquiétudes pour le patrimoine

L'Unesco a envoyé à Bamako une mission de protection du patrimoine, menacé par la rébellion dans le nord du pays, et espère faire de même en Syrie.

La situation est «très, très inquiétante» au Mali, notamment à Tombouctou (nord) où la profanation d'un des 16 mausolées de la ville début mai a «ouvert une nouvelle phase particulièrement préoccupante», a expliqué à la presse Francesco Bandarin, sous-directeur général chargé de la culture.

Une équipe de l'Unesco a entamé vendredi des discussions avec le gouvernement malien au sujet de la préservation des sites de Tombouctou et Gao.

L'Unesco n'a cependant pas de contact direct avec les rebelles qui contrôlent Tombouctou et ne peut pas s'y rendre. La situation sur place «a empiré à partir de la mi-avril», a expliqué M. Bandarin, qui déplore des pillages et des destructions de manuscrits «difficiles à quantifier pour l'instant».

L'Unesco a averti les pays voisins, tous signataires, avec le Mali, d'une convention de 1954 sur la protection du patrimoine. L'agence de l'ONU, qui coopère avec Interpol et les grandes maisons de commerce d'art, n'a pas constaté pour l'instant d'accroissement sensible du trafic en provenance de Syrie ou du Mali. Mais «cela prend généralement quelques mois», a noté M. Bandarin, précisant que le trafic des objets culturels était «une des principales industries criminelles», évaluée à six milliards de dollars par an.

Perle du désert

Tombouctou, grand centre intellectuel de l'islam, surnommée «la perle du désert», recèle trois grandes mosquées, mais surtout des dizaines de milliers de manuscrits, dont certains datent de l'ère pré-islamique.

Le Nord malien est depuis plusieurs semaines sous la coupe des rebelles touareg, des islamistes armés d'Ansar Dine et d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ainsi que de divers groupes criminels.

(afp)